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Couverture du roman Ombre et Lumière

Ombre et Lumière

Deux décennies après le second conflit mondial, Bérangère mène une vie tranquille en Allemagne. Cependant, une tragédie familiale la force à confronter ses souvenirs de résistante en août 1944. Tandis que les forces alliées progressent en France, elle revit l'euphorie de la Libération mais aussi les dérives brutales de l'épuration. Au cœur de ce chaos historique, la jeune femme lutte pour protéger son intégrité et ses principes, souvent au péril de sa propre existence.
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Chapitre 3

Jeanne éclate de rire : « Maman arrête donc de taquiner Karl ! Tu as oublié qu’il perd tous ses moyens chaque fois qu’il se trouve en face de toi, et qu’il devient incapable d’articuler une phrase cohérente si tu le regardes ?

Allons laisse-le t’appeler comme il le souhaite et donne-lui le temps de gagner un peu d’assurance face à sa belle-mère.

— Pff j’ai lu quelque part que l’on devenait vieux quand on se permettait de tutoyer tout le monde, mais que plus personne n’osait te tutoyer, soupire Bérangère.

— Il est temps de partir si nous ne voulons être en retard » déclare Karl en ouvrant avec courtoisie la portière arrière de sa voiture à Bérangère.

— Merci, Karl, pour tes attentions ; elle s’assoit sur la banquette tandis que l’homme referme doucement la portière.

Puis il remonte dans la voiture et en démarre le moteur.

— Je crois que Frédéric nous réserve une surprise car il tenait absolument à nous voir avant le début de la présentation.

— Oui, renchérit Jeanne, c’est pour cela que nous devons partir rapidement. Nous avons rendez-vous avant midi au mess des officiers pour déjeuner, Frédéric nous présentera son chef d’escadrille et ses camarades de vol. ».

Bérangère lève un sourcil et ouvre la bouche pour parler mais se ravise et reste silencieuse.

« Quelque chose ne va pas Maman ? demande Jeanne. Tu parais subitement soucieuse.

— Rien de grave ma fille, je ne pensais pas rencontrer tant de monde, tu sais cela fait maintenant quelques mois que j’habite à Neuburg et je sors très peu ; me retrouver subitement plongée dans un univers mondain m’intimide un peu.

— Un univers mondain ? Comme tu y vas Maman, il s’agit de Frédéric et de ses camarades.

Elle se tourne vers sa mère et la regarde en riant puis poursuit : « Ce ne sont que des soldats après tout.

— Non, Jeanne. Ce ne sont pas que des soldats, ce sont des officiers et je crois connaître ce milieu-là bien mieux que toi ; enfin, je pense que cette sortie me fera du bien, et j’ai très envie de voir mon fils et ma fille réunis en ce jour de fête. »

Bérangère retrouve son sourire et un nouvel éclat brille dans ses yeux émeraude : « Comment me trouves-tu Jeanne ? Suis-je encore capable de faire honneur à mon fils auprès de ses supérieurs ? »

C’est Karl qui répond : « Vous êtes superbe Bérangère, personnellement je suis fier de vous conduire, et je partage l’avis de Jeanne à votre sujet quand elle dit que vous pourriez passer pour sa sœur aînée. Il se tait en rougissant.

— Je te remercie Karl, c’est très gentil de ta part et j’apprécie ton compliment à sa juste valeur. »

Jeanne monte à son tour dans la voiture et s’installe à côté de sa mère.

La voiture quitte rapidement le centre-ville ; au travers de la vitre arrière, Bérangère regarde le spectacle offert par les rues de Neuburg.

Neuburg est une ville typique de Bavière, située à environ cinquante kilomètres au nord-est d’Augsbourg, c’est la capitale du Duché du Palatinat Neuburg

Elle possède un passé historique et culturel particulièrement riche. Les successeurs des premiers souverains de Neuburg devinrent même par héritage Électeurs palatins puis furent élevés à la dignité royale par Napoléon Ier en 1805. C’était une ancienne place forte qui fut prise et reprise maintes fois.

Bérangère contemple le couvent de nonnes bénédictines de Bergen, puis l’église Saint Ulrich dont le clocher se reflète dans les eaux bleues du Danube.

Ses yeux se portent ensuite sur le château de Neuburg, château-fort à l’origine il possède maintenant après une transition par la Renaissance un style dominant de l’architecture baroque.

Devant les façades blanches, Bérangère revoit le château de la famille Von Matt où ses enfants ont grandi dans une douce quiétude, un peu plus loin dans le sud, pas loin de la petite ville de Schleching.

Ses yeux plongent maintenant dans les flots du Danube et une douce mélodie semble résonner à ses oreilles, une valse de Strauss, le beau Danube Bleu.

Bérangère ferme les yeux et se met à rêver. Quand elle les ouvre enfin, elle est dans la salle de bal du château des Von Matt, elle est vêtue d’une longue robe de soirée blanche, ses cheveux soigneusement coiffés encadrent son fin visage dans lequel ses deux yeux vert émeraude semblent pétiller. Ses mains sont gantées de blanc et la salle brille de mille feux.

Un homme se détache de la foule en face d’elle et s’approche doucement, il porte la tenue de cérémonie des officiers de la Wehrmacht et des galons de capitaine brillent sur sa tunique immaculée.

Il s’incline respectueusement devant la jeune femme et dépose un baiser sur sa main droite.

« Je vous présente mes hommages Fräulein, je suis le capitaine Von Matt et vous êtes ici chez moi ; me permettez-vous de vous inviter pour cette danse ? » Bérangère lève les yeux et son regard est un instant hypnotisé par le bleu des yeux de l’homme qui se tient face à elle.

Celui-ci sourit légèrement et s’incline une nouvelle fois avec grâce.

« Je vous en prie Fräulein, vous avez mis le feu à mon âme en pénétrant dans cette salle, ne me refusez pas cette danse. »

Sans attendre, il prend la main de Bérangère et côte à côte le jeune couple de danseurs se dirige vers le milieu de la salle de bal. L’orchestre entame sa partition et les premières notes d’une valse résonnent sous la voûte du château. La jeune femme commence alors à tournoyer dans les bras du beau et séduisant capitaine.

Bérangère se laisse conduire dans les pas de son partenaire, elle vole au-dessus du sol et tourne sans fin autour de la salle de bal. Ses yeux ne quittent pas ceux du capitaine, des yeux qui semblent lui dire : « Je t’aime Bérangère, je t’aimerai toujours et je veux que tu sois ma femme à jamais… Je t’aime… Je t’aime… »

« Maman tu vas bien ? Maman tu m’entends ? »

La voix de Jeanne résonne aux oreilles de Bérangère, effaçant peu à peu la musique de l’orchestre et l’image du capitaine disparaît dans le néant alors qu’elle recouvre ses esprits.

« Maman je crois que tu t’es assoupie, tu es sûre que ça va ?

— Excuse-moi ma fille, j’ai eu un moment d’absence, balbutie Bérangère en cherchant inconsciemment à recréer son rêve dans son esprit.

— Veux-tu que Karl s’arrête un moment afin que tu puisses te rafraîchir ?

— Non je te remercie cela va aller maintenant, j’ai hâte de voir ton frère.

— Comme tu veux ma petite Maman mais tu sais que tu m’inquiètes ? Tu devrais faire un peu plus attention à toi et surveiller ta santé.

— Ne t’inquiète pas Jeanne tout va bien, je te le promets, je suis juste un peu fatiguée en ce moment mais rien de grave. »

Jeanne jette un dernier regard à sa mère et croise le regard de son mari dans le rétroviseur intérieur, un regard qui semble lui dire : « Ne dis plus rien maintenant, nous en reparlerons plus tard. »

Bérangère ouvre son sac à main et en sort un petit poudrier de forme cylindrique, elle l’ouvre et se contemple dans le miroir que contient le couvercle, elle rectifie rapidement son maquillage mais ne peut rien faire pour les cernes sous ses yeux. Elle soupire et referme la boîte qu’elle replace au fond de son sac.

Elle tourne la tête et se laisse à nouveau absorber par le paysage.

La voiture a maintenant franchi les limites de la ville et roule dans la campagne. Le ciel est d’un bleu magnifique et un beau soleil illumine un paysage luxuriant et vert. Ce sont des champs prêts à être moissonnés, puis des bois d’un vert plus sombre et au loin vers le sud les premiers contreforts des montagnes bavaroises.

La conduite de Karl est sûre mais rapide on sent une totale maîtrise du puissant véhicule qui les transporte tous vers la base aérienne.

Il quitte la voie rapide sur laquelle il circulait depuis la périphérie de la ville, et tournant à droite enfile la petite route qui conduit vers le poste d’accès de la base aérienne.

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