
Obsédé par l'ex-femme qui m'a défié
Chapitre 2
Le réveil fut brutal. Camille s'assit brusquement dans le lit, le souffle court, la peau moite d'une sueur froide. L'odeur d'antiseptique et le bip rythmique des moniteurs cardiaques s'estompaient lentement, remplacés par le silence feutré de la chambre d'hôtel impersonnelle qu'elle avait louée la veille.
Ce n'était qu'un cauchemar. Le même qui la hantait depuis trois ans. L'hôpital. Le corps inerte de Jadon branché à des machines. Ses propres mains, rouges et gercées à force de tordre des linges humides pour lui rafraîchir le front. Et puis l'arrivée de Cordia. Cordia, fraîche comme une rose, bronzée par le soleil de la Côte d'Azur, qui s'était précipitée dans la chambre au moment exact où les paupières de Jadon avaient frémi.
Camille passa une main sur son visage. Ses doigts tremblaient encore légèrement. Elle regarda l'heure sur le réveil numérique : 07h00.
Elle se leva et alla vers le miroir de la salle de bain. Le reflet qui la fixait était pâle, les yeux cernés, mais il y avait quelque chose de nouveau au fond de ses pupilles. Une dureté. L'acier qui avait été forgé dans le feu de l'humiliation de la veille.
Elle prit une douche rapide, frottant sa peau comme pour effacer les traces invisibles des trois dernières années. En sortant, elle n'enfila pas les robes pastel informes que Jadon préférait. Elle ouvrit sa valise et en sortit un pantalon noir ajusté, un débardeur en soie sombre et une veste en cuir souple. C'était sa tenue de combat. Celle de "W". Celle de "Dr. C".
Elle avait accompli sa mission. Elle avait quitté la cage dorée, laissant derrière elle une bombe à retardement sous la forme d'un document légal. Maintenant, la vraie partie commençait.
Au Penthouse, Jadon Slater passa son pouce sur le lecteur biométrique. La porte s'ouvrit avec un sifflement doux. Il rentrait, une gueule de bois carabinée et l'odeur du parfum de Cordia imprégnée dans sa chemise.
- Camille ? appela-t-il, sa voix rauque trahissant sa fatigue et l'excès de whisky de la veille.
Pas de réponse. Pas de bruit de vaisselle dans la cuisine. Pas de radio en fond sonore. Juste un silence épais, pesant.
Il fronça les sourcils, desserrant sa cravate d'un geste agacé. Elle boudait. Parfait. Il n'avait pas la patience pour ses crises d'adolescente ce matin. Sa tête martelait, un écho sourd derrière ses yeux. Il s'attendait à la trouver recroquevillée dans leur chambre, attendant ses excuses.
Il se dirigea vers son bureau, l'endroit où il se sentait le plus en contrôle. Il poussa la porte en chêne massif.
La lumière du matin inondait la pièce, frappant directement le grand bureau en acajou. Et là, au centre de la surface immaculée, quelque chose brillait.
L'alliance.
Le cœur de Jadon rata un battement. Un réflexe purement physique, se dit-il. Il s'avança lentement, comme s'il approchait d'un animal dangereux. Sous la bague, il y avait un dossier bleu.
Il savait ce que c'était avant même de lire le titre.
Il prit le dossier. Demande de dissolution de mariage.
Il l'ouvrit. La signature de Camille était là, en bas de la page, une écriture fine, anguleuse, déterminée. Pas de ratures. Pas d'hésitation.
Une vague de chaleur monta le long de sa colonne vertébrale. Ce n'était pas de la peur. C'était de la colère. Une colère pure, incandescente. Comment osait-elle ? Après tout ce qu'il avait fait pour elle ? Il l'avait sortie de sa caravane pourrie, il lui avait donné un toit, un nom... Cette gratitude qu'il attendait en retour, elle la lui jetait au visage sous la forme d'un document légal. L'affront était total. Sa colère ne venait pas de la peur de la perdre, mais de l'humiliation d'être rejeté par quelqu'un qu'il considérait comme inférieur.
Il balaya la pièce du regard, s'attendant à la voir surgir d'un coin pour lui annoncer que ce n'était qu'une mauvaise blague. Mais l'appartement était vide. Vraiment vide. Il monta les escaliers quatre à quatre. Sa penderie était à moitié vide. Ses affaires de toilette avaient disparu de la salle de bain.
Elle était vraiment partie.
Il redescendit, le dossier froissé dans sa main. Une sensation étrange, glaciale, s'insinuait dans sa poitrine. Ce n'était pas seulement de la colère. C'était de la panique. Une panique irrationnelle qu'il refusa d'admettre.
Il fixa la porte close. Il se souvint de son regard la veille au soir, lorsqu'elle avait quitté la fête. Ce n'était pas le regard d'une femme blessée. C'était le regard d'une femme qui partait en guerre.
Qui était cette femme qu'il avait épousée ?
Et pourquoi avait-il soudain l'impression terrifiante de ne jamais l'avoir rencontrée avant cet instant précis ?
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