
Notre chambre froide
Chapitre 3
Parfois, ce n’est qu’en quittant la scène que l’on peut savoir quel rôle on a joué.
Jerzy Lec Stanislaw
***
Lorsque tu m’as quitté, j’ai ressenti comme l’effet d’un canon posé sur ma tempe, laissant traverser ta rupture telle une balle de part en part de ma tête. Je devenais léger comme le souffle du vent. J’étais léger comme les baisers que tu me donnais quand tu m’aimais, léger comme une étreinte lorsqu’elle fait mal, comme ta présence lorsque tu étais là, léger comme tout mon corps l’était en marchant à tes côtés. Je te voyais comme un cadeau qui n’avait pas de prix, un cadeau qui me pesait lourdement. L’amour que je t’ai porté, que je porte pour toi, m’est lourd. Tu étais mon cadeau qui modifiait les couleurs de mon ciel, de mes mondes invisibles à tes yeux. Tu étais un cadeau empoisonné qui a remis en question toute ma théorie sur l’amour.
Plus rien de tout cela demeure, plus rien de nous ne subsiste. Ma vie est de l’autre côté maintenant, dans ton absence, dans la douleur, la souffrance de t’avoir perdu.
Tu as prôné notre rupture comme exemple, tu as prôné l’abandon telle une victoire dans l’affranchissement de nos péchés. Comme si cela te permettait d’échapper à la culpabilité.
Depuis quelques jours déjà que tu m’as quitté, ce ne sont que des jours de peines et d’effroi. Des jours pas comme les autres. J’ai essayé de tout changer, j’ai changé de travail, de ville puisque tu m’as éjecté de l’appartement de Nantes.
J’ai changé quelques amis aussi.
Je pensais que changer de tout, et tout changer me ferait t’oublier, mais rien ne s’est produit comme je le souhaitais. Tu es toujours dans mon cœur. Tu obsèdes mes pensées.
***
Deux amants tranquilles, je vois nos cernes.
Nos cœurs vont renaître, ou disparaître.
J’accélère nos rythmes cardiaques.
Des médicaments aux effets secondaires, pharmaceutiques, psychotiques…
Le plafond de notre chambre, mensonge à lui-même…
***
J’ai voulu tout reprendre à zéro. En fait, c’est comme si j’avais tout repris à zéro, mais que le zéro n’est rien. Le néant !
Tout recommencer à zéro, impossible, en dessous du zéro trop de négatif. Mon corps, mon âme ne sont plus qu’une chambre froide négative à moins de quarante degrés Celsius qui n’arrivent plus à fonctionner en mode « dégivrage » et ainsi faire fondre la glace qui m’emprisonne.
Mon désir n’a maintenant ici plus la même forme que dans l’état amoureux, je ne jouis plus de ton corps désiré. Entre plaisir et déplaisir, j’essaye de m’apaiser, j’essaye d’accéder à cette nouvelle liberté, celle qui dépasse souffrance et solitude.
C’est notre relation que j’aimerais glisser dans l’écriture. Trouver par l’énergie des mots comment pénétrer secrètement, docilement ton âme, sans acte, sans discours, j’aurais voulu reposer en éternité au fond de ton corps.
***
Par ton glaive
Ainsi tu achèves
S’abat une vie
La mienne
…
***
Aujourd’hui, je m’aperçois que dans tous les livres que j’ai pu lire, il y a toujours des chapitres.
Des chapitres pour bien séparer les moments, pour montrer que le temps passe et que les situations évoluent. Des chapitres aux titres prometteurs, tels que : la rencontre, la passion, l’espoir, la rupture, la chute… C’est écrit comme des tableaux en expos dans une galerie. Mais je me suis aperçu que dans la vraie vie, il n’y a pas de chapitre, pas d’indication, pas de panneaux qui indiquent
« Attention danger », ou en encore « Risque d’éboulements », « Désillusions ». Pas de chapitre entre nous deux, juste un début et une fin. Je croyais qu’aimer quelqu’un, ça voulait dire tout partager, même ce qu’on ne peut pas comprendre de l’autre. Partager même le plus sombre de nos âmes.
Une rupture est le pire qui rejoint l’évidence d’un couple. Plus rien ne paraît possible, plus rien ne paraît tranquille, et dans mes insomnies, je découvre les faces devenues sombres et vides de mon imagination. Dans mes insomnies, je reconnais ces heures secrètes et noires, où on espère qu’au réveille, qu’une nouvelle journée effacerait ces mauvais souvenirs. Mais la nuit annonce et révèle la seule vérité, que les choses ne seront plus jamais ce qu’elles ont été !
Je suis sans doute dans l’entre-deux, incapable à me résoudre et incapable à me défaire de toi.
Je tangue navigue d’un bord à l’autre, je nage à contre-courant dans l’espoir de retrouver tes terres. Je suis en manque, de toi. Pire qu’un drogué. Et comment ça se domine le manque ? Comment je fais ? Comment je vais arriver à ne plus penser, chaque jour, chaque heure, à toi ?
Comment mes souvenirs vont-ils résister à des détails insignifiants, une musique, un endroit, un parfum, un geste, une odeur qui me renverront à toi ?
J’ai beau essayer de m’occuper l’esprit, mais toujours tu reviens, tel un boomerang, ou comme un rhum en hiver.
***
Ta volonté de solitude, c’était sûrement une pulsion morbide.
Tu avais excusé cette rupture, ta rupture, par le fait que tu voulais être seul. Comment et pourquoi pouvais-tu rompre sur cette simple excuse ? Savais-tu la suite pour nos vies ? Avais-tu quelqu’un d’autre dans ta vie ?
Je me suis retrouvé dans le dédale des souvenirs, je cherche à savoir exactement à quel moment de notre vie de couple nous avons perdu notre trace. Comprendre ce qui s’est passé, cassé. J’aimerais faire ressurgir le passé, le vrai comme le faux, le réel et l’imaginaire sans en faire le tri. Savoir et comprendre le silence de la fatalité.
Me laisser aller à ma boîte aux secrets qui me pousse à dire ce qui ne se dit pas. Comme si écrire était indécent.
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