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Couverture du roman Nafy - La troisième femme

Nafy - La troisième femme

Chirurgien renommé, Driss Diarra navigue entre ses trois foyers. Poussé par Safiyah, sa première épouse et mentor, il tente d'accorder plus de temps à Nafy, sa dernière femme. Contrairement à la fougueuse Assa, Nafy est une architecte indépendante qui privilégie sa carrière et sa tranquillité. Alors qu'elle rentre de Turquie avec un nouveau contrat, Driss savoure le calme qu'elle lui procure, tout en craignant que ses ambitions professionnelles ne nuisent à l'équilibre familial.
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Chapitre 3

| Nafy Koïta |

~ 10 ans auparavant ~

Je viens d'atterrir à l'hôpital complètement amochée. J'ai mal partout et je n'arrive presque plus à bouger. C'est ma tante qui a appelé les pompiers après que son mari m'ait tabassée en m'insultant de « sale batârde guinéenne ». Maman était nigériane-guinéenne. Tout comme sa mère elle a eu le malheur d'épouser un guinéen. Malheureusement, elle est morte quand j'avais 3 ans. J'ai vécu ensuite chez mon père avant que celui-ci ne s'en aille en Guinée avec sa femme et ses enfants en m'abandonnant ici à la famille de maman. Ils sont si cruels avec moi ! J'aurais préférer rester en foyer !

Infirmière - Votre grand mère est là.

- Je n'ai pas de grand mère.

Ma Okafor *entrant dans la chambre d'hopital* - Eh bien maintenant si !

Je relève difficilement mes yeux vers la porte, c'est Madame Okafor. Un membre lointain de la famille de maman, mais je la vois très souvent dans la maison de tante Zahra.

Ma Okafor - Mais, qui a pu te faire ça ma petite ?! Qui a oser te défigurer ainsi ?

Honteuse je baisse la tête et reste muette. L'infirmière répond à ma place.

Infirmière - Les pompiers l'ont emmenés ici. Celle qui les a appelé leur a passé votre numéro.

Ma Okafor - C'est le mari de Zohra qui t'a battu comme ça ?

Infirmière - Le médecin ne va pas tarder à venir, avec la police des mineures. Une plainte doit être déposé et au plus vite !

Elles continuent à discuter. Je suis ailleurs. L'infirmière fini par quitter la chambre me laissant seule avec Ma Okafor.

Ma Okafor *s'asseyant à mes côtés* - Mes questions ne t'aident pas....après avoir mis cette pourriture d'Atiku en prison tu viendras avec moi. Dans ma maison.

Je rumine. Elle me sert contre son torse.

Ma Okafor - Pas d'inquiétude Nafyssatou ! Avec moi tu seras en sécurité. Je ne laisserai plus jamais personne te faire du mal.

Je me sentais déjà bien dans ses bras. Je ne veux plus la quitter. Nous restons longtemps dans cette position jusqu'à que le médecin arrive avec une autre femme. J'ai reconnu Tata Safiyah et je n'ai pas tardé à comprendre que le médecin était son mari. Celui-ci s'avance alors vers moi et m'ausculte silencieusement.

Safiyah - Alors ?

Driss - Nous n'avons pas encore fait de radio, mais je soupçonne déjà une ou deux côtés cassés. Le bras fracturé et pour finir une malnutrition. Cette fille est victime de maltraitance !

~ 10 ans plus tard ~

Ce même médecin qui m'a soigné est maintenant mon mari. Celui qui m'entoure actuellement le corps avec ses bras. Comme avec Mami Okafor je m'y bien, en sécurité. Je ne veux plus le quitter. C'est le seul geste affectif que j'apprécie de sa part, sinon je reste encore un peu distante avec Driss.

Nous avons atterri en Espagne il y'a 5 heure maintenant. Après une petite visite de la ville nous avons rejoint notre suite d'hôtel où Driss se montrait impatient avec moi. Il me voulait pour ce soir, mais j'ai bien peur de ne pas pouvoir répondre à sa demande. Je ne suis pas totalement dans mon assiette.

Driss *m'embrassant le cou* - Tu sens si bon...

*grimaçant* - Ah bon ? Je trouve mon parfum un peu trop fort.

Il me donne la nausée mais je ne laisse rien paraître. Tout les signes d'une grossesse sont là néanmoins, je ne veux encore rien dire à Driss car je ne sais pas quoi faire de cet enfant que je ne veux ! J'étais sous pilule contraceptive l'autre fois, nous l'avons fait deux fois. Driss m'a donc enceinté la soit même de notre nuit de noce. Du premier coup !

J'ai demandé à Safiyah de ne rien dire pour l'instant. Je n'en ai pas la totale certitude mais j'ai les symptômes. Driss étant médecin il est difficile pour moi de lui cacher ce début de grossesse. Il va s'en rendre compte un moment où un autre.

*sortant doucement de son étreinte* - J'ai sommeil Driss.

Je l'entends soupirer. Je sais que je dois accomplir mon devoir conjugal mais il exagère un peu je trouve. Ce n'est pas comme si j'étais sa seule femme. Driss ne se fatigue jamais ? À chaque fois que je le vois c'est comme s'il n'avait pas couché depuis des mois !

Driss - Comme tous les soirs...je ne suis pas venu ici avec toi pour qu'on se tourne les pouces. Je veux qu'on se rapproche davantage. Qu'est-ce que tu as ? Tu sembles malade.

Il essaye de s'approcher de moi mais je recule.

- Je suis juste fatiguée du voyage...

Merde, il va se douter de quelque chose. Je préfère lui céder finalement. Je n'en suis de toute façon qu'au début, mon ventre ne se voit pas encore. Par ailleurs je ne sais pas ce que je vais faire de cet enfant. Je n'en veux pas ! Je vais être cruelle dans mes paroles mais je ne veux pas cet enfant pas maintenant. Je me sens pas prête et voilà qu'il s'impose sans mon consentement.

Driss *inspectant davantage mon visage* - Tu es sûre que tu vas bien ?

- Oui ! On peur reprendre.

Driss - Non. Moi aussi je suis fatigué.

Il s'en va s'assoir sur le lit. Je le sentais vexé, mais pour qu'elle raison ?

- D'accord, bonne nuit alors.

Je m'en vais à mon tour sur le lit et je m'y allonge.

Le lendemain je me réveille difficilement, mon état ne s'est pas amélioré au contraire. Mon ventre me faisait atrocement mal. Il se tordait, se contractait et me piquait en même temps. Je trouve tout de même la force de me relever mais à peine. Je n'arrive plus à bouger du lit. Driss déjà réveillé arrive à ce moment. J'avais ma main sur mon ventre, je la retire immédiatement, cependant mon visage reste crispé.

Driss *inquiet* - Tu es encore malade ? Laisse moi t'examiner.

Il s'approche mais je le repousse.

- Non ! C'est bon.

D'un simplement mouvement je sors du lit et me tient debout. Je ne tarde pas à sentir quelque chose couler entre mes jambes. Je baisse le regard, c'est du sang...

Ahuri, Driss me fixe quelques instants avant de se précipiter vers moi. Je manquais de tomber.

*Hurlant de douleur* - J'ai mal !

Driss - Tu fais une fausse couche Nafy !

Je me sentais horriblement mal, mon ventre me faisait de plus en plus en mal...

[...]

Me voilà de nouveau allongée sur un lit d'hôpital. Je déteste cette endroit car il me rappelle de mauvais souvenirs, et ce même si ce n'est pas le même et qu'on est encore à l'étranger.

Driss - Pourquoi ne m'avoir rien dit ?

*l'air ailleurs* - Je n'étais pas prête.

C'est le cas de le dire. Je ne suis pas triste de cette fausse couche, mais pas non plus contente. Cela prouve tout simplement que ce n'était pas le moment. Ne forçons pas le destin.

Driss *se mettant en colère* - Regarde moi quand je te parle !

Je me retourne alors vers lui. Ce bébé perdu le touche plus que moi, je le vois dans ses yeux. Mais de quoi se plaint-il ? Monsieur a déjà 4 enfants ! Son 5ème peut tout à fait attendre.

Driss - Je m'en doutais ! Je t'attendais vomir le matin. J'aurais pu éviter qu'on perde notre bébé merde !

La seule réponse que je lui donne est un silence.

Driss - Mais répond moi quand je te parle ! Je ne m'adresse pas à un mur !

Je dis alors de la voix la plus posée possible :

- Comment veux-tu que j'élève un enfant alors que je n'ai même pas eu d'enfance ? Tu as déjà des enfants Driss, ça attendra.

Face à mon indifférence il écarquille des yeux. Je ne lui ai pas encore dévoilé cette facette sombre de moi. Je lui révèle aujourd'hui.

Driss *soupire* - J'avais pourtant averti Safiyah de ne pas nous précipiter. Pas avant que tu sois psychologiquement suivi.

- Je ne suis pas folle !

Driss - Mais tu t'entendais parler ? Tu te vois ? Tu viens de perdre un enfant et c'est comme si tu en avais rien à faire. Tu as subis des traumatismes Nafy.

- Je vais très bien. Si j'ai perdu cet enfant c'est qu'il fallait que je le perde. Dieu en a décidé ainsi, je passerai à autre chose.

Il reste quelque peu sidéré en entendant mes propos. Je ne me présente à cet instant plus comme la douce Nafyssatou qu'il draguait autrefois.

~ 9 mois auparavant ~

Je quitte les locaux de mon lieu de travail les bras chargés de plans de maison de mes clients. Je dois prendre les transports en communs, mais je préfère finalement appeler un taxi. Cependant avant que je ne le fasse j'entends une voiture me klaxonné puis aperçois un homme chauve sortir de celle-ci. Je reconnais au loin le mari de tata Safiyah.

Driss - De l'aide ?

- Euh...oui.

Il me décharge les mains.

Driss - Je te dépose !

- Ah non je comptais prendre un taxi.

Driss - Je te raccompagne chez toi gratuitement.

Après quelques instants d'hésitation j'accepte, je garde néanmoins bien en tête que c'est le mari de ma tante ! Depuis l'autre fois celui-ci me drague et même ouvertement. Je le plaît, et il sait s'y faire avec les femmes. Comme Ahmed...depuis son humiliation je me méfie des hommes en plus de ceux qui m'ont maltraités dans mon enfance. Driss agit cependant différemment. Avec lui je découvre la douceur et la tendresse qu'un homme peut dégager.

Garde les pieds sur Terre Nafyssatou ! C'est la mari de tata Safiyah et il est vachement vieux pour moi. Même si ça ne se voit pas. Il m'a dit avoir 41 pourtant pas un poil blanc sur sa barbe, son visage lui donne 10 ans de moins et son crâne chauve lui donne tellement de charme. Avec lui, je me sens à l'aise pourtant je n'ai jamais aimais la prendre des hommes. Mais je suis actuellement à ses côtés, dans sa voiture.

Driss - Tu as eu le temps d'avancer sur notre projet ?

- Oui, j'ai finalisé tous les plans. Je vais les présenter à tata Safiyah.

Driss - En ce moment elle n'est pas au top de sa forme. Je prends le relai.

- Ah.

Je suis au courant de son état, ça me fait mal de la voir souffrir et partir à petit feu comme mamie Okafor.

Driss *regardant sa montre* - Il est 19h. On peut discuter du projet autour d'un bon dîner ? Je t'invite.

Je ne sais quelle moustique m'a piqué mais j'ai accepté. Il a donc changé de trajet pour m'emmener dans un chic restaurant. J'étais impressionnée, pourtant moi aussi je gagne assez bien ma vie. Mais ce n'est que récent, avant je ne dépendais que des autres quitte à endurer leurs coups. Puis, je suis tombée sur mamie Okafor qui s'est occupée de moi comme personne ne l'a jamais fait. J'étais son seul enfant à charge et elle a veillé à ce que je fasse de brillante étude. C'est grâce à elle que je suis là aujourd'hui.

Par contre, je ne pense pas que cela plairait à tata Safiyah. Pendant le repas je restais donc assez distante enfin, j'essayais. Je restais subjuguée par Driss. Il parlait très bien, trouvait les bons mots pour me séduire. Quand tu l'entends et que tu le vois il n'est clairement pas comme les hommes de mon âge ! Sa grande maturité m'impressionne. Je ne pensais pas qu'un homme aussi âgé pouvait m'attirer.

Nafyssatou, remets les pieds sur Terre c'est le mari de tata bon sang !

- Mais...Safiyah sait que tu es là avec moi ? Je ne veux pas de problème.

Driss - Pour tout te dire, c'est elle même qui m'a demandé de dîner avec toi. Elle sait que tu es seule et souhaiterais là pour toi, mais tu connais son état...

- Oh...c'est gentil de sa part.

Driss - Je te raccompagne à la maison ? C'est bien celle de mamie Okafor ?

- Non.

Driss *surpris* - Je pensais que tu vivais encore là bas, il ne restait que toi avec elle.

- Tante Safiyah ne te l'a pas dit ? Mamie Okafor a oublier de me mettre dans son testament. Elle appartient maintenant à tonton Atiku.

Driss - Ah...

| Driss Diarra |

~ 9 mois auparavant ~

Je fini par raccompagner cette petite chez elle. Mais arrivée dans son studio je tombe de haut. Nafy vit dans un si petit appartement ! Pourtant l'argent ce n'est pas ce qui manquait à mamie Okafor, mais d'après ce que je comprends Nafy a été oublié de son testament. Elle n'a pu hérité de rien.

Nafy - J'essaye de travailler plus pour mettre plus de sous de côté...comme ça je pourrai loger dans un appartement convenable.

Son regard s'attriste et elle baisse les yeux. Cette mine, je ne la vois que chez elle. La première fois que à l'hôpital a ses 14 ans, tout à l'heure au restaurant quand elle me parlait de mamie Okafor et maintenant. Je ne peux ressentir que de la pitié en voyant sa situation.

Mon côté bon samaritain revient : Safiyah a raison, Nafy doit devenir ma troisième épouse !

~ 9 mois plus tard ~

Nous nous trouvons de nouveau dans une chambre d'hôpital. Pas pour les mêmes raisons et l'attitude de Nafy est tout autre. Je suis partagé entre de la pitié et de l'effroi.

De l'effroi car elle vient de perdre notre enfant et cela ne semble pas l'affecter plus que ça. Du moins pas plus que moi.

De la pitié car cette réaction n'est pas sans raison. L'abandon et la maltraitance la dénué de ton sens maternelle. Elle ne sait pas ce que c'est qu'aimait un parent ou aimer un enfant. Cette fille a subir des traumatismes et refuse tout suivi psychologique pourtant étant médecin je lui ai conseillé maintes fois !

*reprenant mon calme* - Une fois de retour en France ma priorité sera de te reloger dans une maison, et la deuxième te trouver un psychologue.

Nafy *toujours insensible* - Des enfants on aura d'autres Driss, toi même étant médecin tu sais que les risques de fausses couches sont élevés lors de la première grossesse. D'ailleurs, je n'étais pas prête et je n'en voulais pas.

Non, je vous le dis ! Cette fille est folle !

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