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Couverture du roman Morgan(e)

Morgan(e)

Orphelin de mère, je ne vis que pour mon rêve : devenir chasseur de tornades. Pourtant, à dix-huit ans et sans ressources, ma vulnérabilité m'éclate au visage. C'est alors que Morgane surgit. Surnommée Firefly, elle bouleverse mes projets et ébranle mes certitudes. Dois-je renoncer à ma destinée pour elle ? Le lien intense qui nous unit se heurte toutefois à un obstacle de taille : nous sommes sur le point de devenir officiellement frère et sœur.
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Chapitre 1

Une fois de plus, je pénètre dans l'appartement vide où j'habite avec ma mère. Celle-ci est représentante dans des vêtements et n'est pas très présente à la maison. Elle passe son temps à courir à travers le pays, me laissant parfois plusieurs semaines seules. Je ne m'en plains pas, nous avons toujours été indépendantes depuis la mort de papa, il y a cinq ans. Il faut dire que je ne suis clairement pas du genre à tenir compagnie à qui que ce soit, car ce que je préfère cent fois mieux, c'est le monde virtuel où personne ne me connait. Une fois de plus, j'attrape une tartine sur laquelle je bourre plein de Nutella, et je prends une bouteille de soda pour rejoindre ma chambre. Mon équilibre alimentaire est tel, que je suis le genre de nana à avoir dix-sept ans, et ne pas se soucier du fait que ma taille quarante-quatre soit un souci. Il est clair que quand on voit ma tête, plus personne ne se préoccupe de ce genre de détails. Ma crinière feue et mes taches de rousseurs sont déjà la source d'assez de railleries à mon sujet, pour que je doive m'occuper de ce que l'on pourrait dire sur mes septante-sept kilos. Ben oui, je vous avais dit que je ne me souciais pas de cela...

J'ouvre mon ordinateur portable, qui est ma seule connexion avec les personnes civilisées que je pourrais connaitre. Car il est clair, que je n'ai pas beaucoup d'amis qui supportent de me voir accuser des insultes toute la journée. Donc, ce n'est que sur ce site que je trouve un peu de quoi apaiser mon cœur. J'ai beau être forte dans tous les sens du terme, il n'en reste pas moins que je me sens seule...

Amenant la bouteille de soda à mes lèvres, je fais le tour des sujets de conversation du forum, cherchant quelqu'un qui aurait besoin de parler. Il s'avère que tout le monde veut discuter sur ce site, mais ce sont souvent des conversations qui ne riment à rien... ou simplement des gens qui cherchent des rencontres. Moi ce que je souhaite, ce sont des gens avec qui je n'ai pas besoin de retenir mes ressentis, et qui, tout comme moi, ont besoin de montrer ici, ce que nous ne sommes pas dans la vraie vie.

« Tornado est en ligne »

Je souris en voyant le message, je pense que c'est le seul vrai ami virtuel que j'ai vraiment quand je suis sur le forum. Nous avons commencé à parler tous les deux, il y a plus ou moins un an sur un forum de décès. Il venait de perdre sa mère à la suite d'une erreur de la nature, dont j'en ai fait des cauchemars pendant des semaines, je l'avoue. Il faut dire qu'il habite le Kansas et que là-bas, les tornades sont plus que fréquentes. C'est bien un endroit où je ne mettrai jamais les pieds...

Je dépose la bouteille de soda et je vois la fenêtre de discussion se mettre au-dessus de mon écran, un sourire sur les lèvres, je regarde patiemment les petits points, qui me signifient qu'il est déjà en train de m'écrire.

- « Salut Firefly ! Je ne vais pas te demander comment tu vas ? Mais plutôt, si tu as bien essuyé la pâte de choco à tartiner que tu as au coin de la bouche 😂 »

Instinctivement, en lisant ces mots tout en souriant, je passe mon pouce sur le coin de mes lèvres, où bien entendu, j'ai de cette fameuse trace de chocolat. Effectivement, même sans la caméra, il me connait trop bien... mais je n'aime pas qu'il m'appelle ainsi, j'ai l'impression d'être un feu incandescent à ses yeux. S'il savait la vérité sur moi, il m'appellerait comme tout le monde... Une grosse carotte... J'enlève ce soupçon de tristesse de ma poitrine, et je porte mes doigts sur le clavier afin de lui demander s'il a déjà fini de réparer sa jeep.

Celui-ci me répond qu'il lui manque encore quelques pièces, et vu qu'il est en froid avec son père, il va devoir patienter encore un peu avant d'aller courir après les tornades. Comme toujours, je frissonne à cette évocation, cependant, je sais que cela lui tient vraiment à cœur de devenir un chasseur de bourrasque. De plus, j'aime quand il me parle de ses histoires... qui, pour moi, sont une horreur à concevoir...

Nous parlons du lycée, de tout et de rien comme si nous nous connaissions depuis toujours. La conversation dure un long moment, avant que le moment fatidique de son au revoir arrive. Il a une vie mouvementée, comparée à la mienne...

- « Au fait, il va falloir que je te montre mon nouveau tatouage. »

- Je serais heureuse d'avoir une image.

- « En fait, je pensais te montrer par webcam »

Aie... voilà bien quelque chose que je ne pensais pas qu'il me demanderait. Nous parlons ensemble depuis longtemps, et je pensais que ceci lui suffisait. Alors, pourquoi cette demande ? Il est hors-de-question que je lui montre celle que je suis. L'idée qu'il me compare à une luciole me suffit grandement. Car quand il me verra, il prendra des distances comme tous ceux qui l'ont fait avant lui.

- « Un silence pesant s'en suit... Désolé, nous en reparlerons un autre jour »

J'ai l'impression atroce de l'avoir vexé, et je soupire en écrivant qu'il passe une bonne soirée avec ses amis.

- « Ne bois pas trop de soda avant d'aller au lit. »

La conversation se termine sur ses mots, et je referme mon ordinateur portable, un peu triste que notre échange soit déjà terminé. Je me laisse aller sur mon lit, tout en prenant une de mes mèches ondulées entre mes doigts, et je regarde le plafond de ma chambre en me demandant encore une fois à quoi il pourrait ressembler. Une chose est certaine, il doit être beau comme un dieu et être le garçon le plus en vue du Kansas. Si seulement il n'habitait pas à plus de mille cinq cents kilomètres... peut-être tenterais-je de le rencontrer...

Cela fait plusieurs semaines que je n'ai plus eu aucun contact avec Tornado, et j'avoue, me sentir plus vide que je ne l'aurais cru. Après tout, c'est mon seul ami et confident dans ma triste vie esseulée. Aujourd'hui, on m'a encore appelé la roue de secours, parce que j'ai dépanné une première année en lui débloquant son portable. Mais comme toujours, ce n'est qu'une partie de mon quotidien, puisque lors du moment à la cafétéria, le groupe des élites du lycée, sont venus renverser du coca dans mon plat, jugeant que cela m'aiderait à perdre du poids. Une blague de plus, que je digère avec ma tartine préférée dont la couche a encore doublé... Je me sens vraiment seule aujourd'hui...

- Bonjour !

Je manque de tomber du tabouret, en voyant ma mère entrer dans l'appartement avec un tas de sacs dans les bras. Celle-ci les balance sur le divan, avant de venir me prendre dans ses bras, tout posant ses lèvres sur les miennes comme à une enfant.

- Maman ! m'invectivé-je en la repoussant.

- Oh, ma chérie, si tu savais comme tu m'as manquée ! s'exclame-t-elle pas du tout décontenancée par mon air dégouté.

Sérieux, j'ai dix-sept ans et j'ai passé l'âge de ce genre de choses.

- Tu devrais en mettre un peu moins, me sermonne-t-elle aussi vite en regardant ma tartine sur l'ilot de la cuisine.

Il est clair que si je l'écoutais, je mangerais des salades à la vinaigrette tous les jours. Ma mère est d'une beauté blonde déconcertante, et semble toujours des plus joyeuses malgré le décès de papa. Elle a pris sa mort en pleine face tout comme moi, mais pas un seul jour, elle ne m'a montré sa souffrance. En tout cas, pas comme moi, qui ne fait que la repousser quand elle veut jouer à la maman câline.

- Tu ne m'avais pas dit que tu rentrais aujourd'hui, lui fais-je remarquer avant de mordre dans ma tartine qui déborde.

- Pourquoi ? Tu en aurais mis un peu moins ? rétorque-t-elle en portant son index au coin de ma lèvre pour enlever le surplus.

Je lève les yeux au ciel, et je la regarde rejoindre les sacs où elle semble avoir dévalisé les boutiques.

- Je t'ai acheté quelques vêtements, commence-t-elle, Je me suis dit que tu aimerais avoir des nouvelles tenues, lorsque nous serons là-bas.

Je fronce des sourcils en observant la robe à fleurs qu'elle me tend. Cependant, ce n'est pas la robe en elle qui me pose un problème, c'est le fait qu'elle veut que j'aille quelque part avec elle.

- Maman parle, lui fais-je en la voyant sucer l'intérieur de sa joue.

Typique de notre famille, quand quelque chose est difficile à dire, nous suçons l'intérieur de notre joue ou au pire, nous la mordillons...

- Tu sais que je t'ai parlé de James...

- Ton patron, acquiescé-je.

- En fait, il est un peu plus que mon patron, sourit-elle en rougissant.

- Et ? Attends, mais ce mec n'habite pas dans le Michigan, m'exclamé-je perplexe.

- En effet... donc, nous avons décidés, puisque nous allons nous fiancer...

- Quoi ?! la coupé-je en sautant du tabouret en balançant ma tartine sur l'ilot sans ménagement, Te fiancer ?! Mais quand ? Et pourquoi ?!

Ma mère ne m'a jamais parlé d'une quelconque relation avec un homme, et encore moins sur son patron. Alors le coup des fiançailles, c'est un peu gros pour moi...

- Morgane, laisse-moi t'expliquer.

Je tressaille en voyant le sérieux sur le visage de maman, mais aussi son regard qui scintille en me parlant de cet homme, qui l'attend à ses côtés depuis des mois. Sans la couper, je la laisse m'expliquer ses refus sur le fait de nous rencontrer, ne voulant pas que je me sente blessée. Mais maman m'explique surtout à quel point, elle semble se sentir de plus en plus seule, et qu'elle aimerait pouvoir être à nouveau heureuse, même si je suis là. Je mordille ma lèvre, sachant que c'est la meilleure chose qui puisse lui arriver, et que je me dois d'être heureuse pour elle. Après tout, rien ne nous retient vraiment ici... et là-bas ou ailleurs, j'aurai toujours cette vie morose, où seul mon ordinateur me fait un peu vivre.

- Si cela te rend heureuse, finis-je par lui dire et maman a les larmes aux yeux en me prenant dans ses bras.

- Merci ma chérie. Merci de comprendre à quel point tu me rends heureuse, pleure maman.

Je place mes bras dans son dos, essayant de sourire au fait que maman est vraiment contente que j'aie accepté.

- Tu verras, James est un homme charmant, s'emballe-t-elle en essuyant ses larmes de joie, Et en plus, il a une maison énorme où tu auras une magnifique chambre.

- Euh maman, l'arrêté-je, C'est bien beau tout ça. Mais tu ne m'as toujours pas dit où on déménageait.

- Oh oui, je suis tellement euphorique à l'idée de cette nouvelle vie, rit-elle en prenant une bouteille de vin blanc dans le frigo, que j'ai oublié le plus important. Nous allons déménager au Kansas...

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