
Mon unique amour
Chapitre 3
Alertée par le ton dur de John , je me raidis instantanément. Comment avait-il pu m’embrasser avec autant de passion pour à présent me rejeter ?
— Je ne vois pas à quoi tu fais allusion .
Malgré le désir qu’il avait su éveiller en moi, je ne suis pas prête à me laisser dominer. Si une effroyable bataille devait s’engager entre nous , j’en sortirais victorieuse, quoi qu’il m’en coûte. Tandis que John s’écartait, en se passant une main dans les cheveux, je me concentre sur ma respiration pour calmer les émotions qui m’agitaient encore.
— Tu as menti à propos de ton adresse.
— C’est exact. Comment as-tu deviné ?
— Parce que tout savoir sur les entreprises que je souhaite acquérir fait partie de mon travail.
— Tu aurais pu dire quelque chose, cela m’aurait évité de me ridiculiser.
— En effet, mais nous n’aurions pas vécu ce délicieux intermède ! Revenons aux choses sérieuses : pourquoi ce mensonge ?
Je réfléchissais à toute vitesse. Ryan devait être couché à présent. Même si j’avais permis à John de’accompagner jusqu’à ma porte, mon fils n’aurait sans doute pas surgi comme un diable de sa chambre pour venir à notre rencontre. J’ai paniqué sans raison, sans doute à cause de la fatigue qui m’accable .
Ces dernières semaines m’avaient épuisée. Croulant sous le travail et les responsabilités, j’ai vainement cherché une solution pour continuer à obtenir le soutien de mes partenaires bancaires. A cet instant précis, je devrais être en train de travailler sur mes dossiers au lieu de bavarder avec ce prédateur qui veux me déposséder de ce qui me tiens le plus à cœur. Le regard de John pesait sur moi . Pas de doute, il représentait une terrible menace.
— J’ai menti parce que j’étais en colère. Je ne voulais pas que tu me raccompagnes chez moi. Te revoir m’a causé un choc. Et puis, tu es monté dans mon taxi sans y être invité.
— Cela n’explique pas ce qui s’est passé ensuite.
Je ne pouvais guère le nier. Et jouer la carte de la séduction, la séduction ne l’avait pas dupé un seul instant. Lasse de cette discussion. Peu importait l’opinion qu’il avait de moi , après tout...
— Ce n’est pas la première fois que je me jette à ton cou. Sans doute ai- je ressenti une certaine nostalgie.
— Bien sûr, railla John . Tout s’explique !
— A présent, mieux vaudrait que je rentre chez moi. J’ai commis une regrettable erreur, je l’admets.
— oui , mieux vaut que tu t’en ailles, finit-il par déclarer.
Sur ces mots, il quitte la terrasse pour regagner l’appartement. Il saisit ma pochette abandonnée et me la tend d’un geste sec. Partagée entre la honte et la colère, je l’agrippe et la serre entre mes doigts, tout en songeant à l’époque où cet homme brûlait d’amour pour moi . Alors, il réclamait constamment ma présence, aujourd’hui, il me chasse . Pas de doute, il ne ressent plus rien pour moi ... Comme pour confirmer ce constat, il m’adresse un regard méprisant.
— Même si tu as toujours le pouvoir de m’exciter, je n’ai pas très envie de partager mon lit avec toi.
— Tu m’en vois soulagée. Bien sûr, j’imagine que tes intentions au sujet du groupe memel sont toujours les mêmes ; au moins, je sais à présent que je ne fais pas partie du lot.
John éclate d’un rire plein d’ironie mordante.
— Oh ! j’ai toujours des plans te concernant, . Mais pas pour ce soir.
***
Pdv de l’auteur
Après le départ de Linda , John dégusta un whisky sur la terrasse de son appartement en contemplant les lumières de la ville . Même à cette hauteur, il percevait le bruit de la circulation en contrebas. Quelque part, au milieu de ce trafic, un taxi ramenait Linda chez elle. Elle devait avoir recouvré ses esprits, à présent, car rien ne l’affectait très longtemps : John l’avait découvert à ses dépens cinq ans plus tôt. Pourtant, il se rappelait leurs corps enlacés, la passion qui les animait lorsqu’ils se donnaient l’un à l’autre. Il avait imaginé que leur amour serait inaltérable. Quel leurre ! Après chacune de leurs rencontres, Linda disparaissait de sa vie jusqu’à la fois suivante. Lui en revanche pensait à elle constamment. Il n’avait qu’une idée en tête : clamer haut et fort leur amour. Quel idiot ! Leur liaison n’avait duré que quelques semaines, mais elle avait laissé des traces indélébiles en lui. Longtemps il s’était interrogé sur les motivations de Linda pour en être arrivée à le rejeter comme elle l’avait fait. Puis, il avait fini par se résigner : elle était une étoile inaccessible pour lui. Né d’un père violent, d’un monstre que sa mère avait épousé pour le regretter amèrement ensuite, il était tombé amoureux de Linda entre autres parce qu’elle se moquait de ses origines du moins le prétendait- elle à l’époque. Elle était presque parvenue à lui faire croire qu’au-delà de l’amour qu’elle lui vouait, elle éprouvait beaucoup d’estime pour lui. Jusqu’à ce qu’elle le rejette comme un vulgaire objet dont elle se serait lassée. Rongé par l’amertume, il bois une nouvelle gorgée de son whisky, tout en se remémorant les instants terribles vécus après cette rupture.
Son amour pour Linda l’avait rendu aveugle et il en avait payé le prix fort. Au lieu de passer les derniers mois de sa vie dans la luxueuse maison de repos dont il avait pu financer le loyer tant qu’il travaillait pour le groupe mental , sa mère avait dû se contenter d’un deux-pièces insalubre, où ses frères et lui s’étaient occupés d’elle jusqu’à ce qu’elle décline puis décède. Il ne tenait pas Linda pour responsable de cette situation : il était le seul coupable. Acquérir le groupe memel lui permettrait d’expier en partie ses fautes, même s’il savait que cela ne ramènerait pas sa mère à la vie, ni n’apaiserait les souffrances qu’elle avait endurées. Soudain, le souvenir des baisers échangés ce soir avec Linda remonta à la surface.
Une sensation vertigineuse s’était emparée de lui lorsqu’il l’avait tenue dans ses bras. Le désir qu’elle lui inspirait était intact. Mais lui seul déciderait du lieu et du moment où il la posséderait de nouveau. Autrefois, ils vivaient leur amour en cachette dans son appartement vétuste et, lorsque Linda le quittait pour regagner le somptueux logement de ses parents, il restait longuement accablé par leur différence sociale. Ayant toujours baigné dans le luxe, elle avait fini par se lasser de lui et s’était fiancée avec un homme de sa condition. John l’avait appris trop tard. Franck était un homme tranquille, plutôt timide et effacé. Il était difficile d’imaginer qu’il ait pu séduire la fougueuse Linda . Au départ, il avait cru qu’elle plaisantait, mais il n’en était rien.
— Je vais épouser Franck .
— Mais, c’est moi que tu aimes ! avait-il protesté
— Nous nous sommes bien amusés, John , mais je ne t’aime pas. Je ne t’ai jamais aimé.
Il revoit l’expression hautaine de Linda , ses traits crispés. Les paroles venimeuses qu’elle avait prononcées résonnaient encore à ses oreilles... John avale d’un trait les dernières gouttes de son whisky, puis rentre dans l’appartement. Il s’installe à son bureau et ouvre le dossier concernant le groupe memel . Ignorant les premières pages, il se plonge dans le chapitre qui avait trait à Linda . Le dossier contenait quelques photos, dont une de Ryan, son fils. John étudie attentivement le cliché, malgré la répugnance qu’il éprouvait à l’idée que Linda ait pu avoir un enfant avec un autre homme que lui. Claire comme sa mère.
Reportant son attention sur la fiche d’information, il Lis: quatre ans. Etouffant un juron, il range la photo et se plonge dans une autre section du rapport, celle qui avait trait aux difficultés financières de l’entreprise. Le groupe memel avait contracté trop de dettes pour pouvoir emprunter de nouveau et éponger ses pertes. Sans un apport de fonds important, le groupe serait condamné à la liquidation. John rêvait de voir se décomposer le visage de ces aristocrates hautains lorsqu’ils apprendraient qu’il les avait dépossédés de leur bien le plus précieux. Lui qui n’avait pas été jugé assez digne pour fréquenter leur caste... Il serait à l’origine du déclin de cette famille qu’il détestait tant. Rien ne pourrait l’arrêter.
***
Linda
Nous avons besoin d’un peu de temps encore pour continuer à redresser le groupe memel , je pense en prenant place dans la salle de conférence ou m’attendais mon directeur financier .
Nous avons rendez- vous avec des représentants de la banque . Levée très tôt, j’ai longuement étudié les chiffres ; à présent, je suis épuisée. Je n’ai pas très bien dormi. Le souvenir des baisers torrides échangés avec John m’a hantée, en m’empêchant de trouver le sommeil. J’ai revécu en pensée toute la scène de la veille, depuis le long périple en taxi jusqu’à notre arrivée dans l’appartement de John , la manière dont nous nous sommes embrassés puis celle dont nous nous sommes quittés. En me forçant au calme, je jette un coup d’œil anxieux à ma montre.
L’heure du rendez-vous était passée de quelques minutes. Que se passait-il ? Agacée, je me mets à faire les cent pas dans la pièce, puis je finis par Me rasseoir. Au bout d’une demi-heure, le téléphone résonna dans la grande salle de réunion.
— J’ai un appel pour vous, madame memel . Un certain John Yeo . Prenez-vous la communication ?
Je serre les doigts sur le téléphone . « Non, j’ai -envie de crier. Jamais ! » Mais je sais très bien que je n’avais pas d’autre choix que de parler à John . Il ne l’appelait pas pour ressasser les événements de la veille ni pour prendre des nouvelles de ma santé. Il avait de bonnes raisons, de très bonnes raisons, pour se manifester précisément maintenant. Des raisons qui ne terrifiaient.
— Yves( mon directeur financier ), pourriez-vous me laisser, s’il vous plaît ?
Ce dernier hoche la tête et quitta la salle de réunion. Lorsqu’il fut sorti, je demande à ma secrétaire de me transférer l’appel. Puis, prête à affronter le pire .
— bonjour ma chère Linda me dit John de sa voix sensuelle. J’espère que tu as bien dormi.
— Très bien, merci. Et toi ?
— Comme un bébé, répondit-il avec un petit rire qui me glace le sang et me donne envie de l’étrangler.
— Je suppose que tu si tu m’appelles, ce n’est pas pour me proposer un rendez-vous galant .
Le rire de mon ex m’arrache un frisson. A une certaine époque, le son de sa voix me ravissait, faisant naître en moi des désirs effrénés. J’aurais pu passer des heures à l’écouter.
— Comme tu es impatiente ! protesta-t-il. Tu l’as toujours été. Ne t’a-t-on jamais dit que tout vient à point à qui sait attendre ?
— Voyons, John , tu utilises ce genre de cliché maintenant ? Tu étais plus créatif autrefois, lorsque tu ne passais pas ton temps à racheter des sociétés !
— Oh ! je ne manque pas de créativité... dans certains domaines, en tout cas, fit-il d’une voix caressante.
— Non pas que je m’ennuie avec toi, mais je préférerais que tu en viennes au fait. Car, vois-tu, j’ai un rendez-vous très important dans cinq minutes.
— Non. Inutile d’attendre tes banquiers : ils ne viendront pas .
Je prend la nouvelle de plein fouet.
— Je suppose que tu as quelque chose à me dire. Dois-je me préparer à avoir la tête tranchée ou as-tu songé à m’infliger une mort plus lente, plus douloureuse ?
— Tu exagères, comme toujours ; mais cela fait partie de ton charme.
— Comme la cruauté fait partie du tiens.
— La cruauté ? Comme c’est intéressant, venant de toi...
— Ces deux dernières années, tu t’es enrichi sur le dos d’entreprises en difficulté. Si ce n’est pas de la cruauté, de quoi s’agit-il ?
— Ce n’est pas aussi cruel que piétiner le cœur d’un homme .
— Venant d’un homme qui passe son temps à briser le cœur de ses multiples conquêtes, je trouve ton allusion fort déplacée.
— J’ai eu la meilleure des préceptrices en la matière.
Je ferme les yeux et inspire profondément. Dans ce duel, je bataillais dur, mais John est un adversaire redoutable. Depuis notre retrouvailles, je vis dans l’angoisse, le stress permanent. Il fallait à tout prix que je tienne bon.
— Dis-moi ce que tu veux. Pourquoi m’appelles-tu maintenant et comment sais-tu que mon rendez-vous est annulé ?
— Je le sais parce que c’est moi qui l’ai annulé.
— Toi ? Comment est-ce possible ?
— Inutile de perdre du temps à parler crédit avec ta banque.
— Tu as racheté mes créances, c’est ça ?
Ma famille traitait depuis des années avec la banque. Le pdg de la banque et mon père étaient bons amis, autrefois. La dernière fois que j’ai croisé le banquier, il m’a assurée de son soutien. Qu’il ait pu agir ainsi sans me consulter me sidérait. Jamais je ne l’aurais cru capable d’une telle ignominie. Certes, il avait mal vécu le départ à la retraite de mon père, d’autant plus que les raisons de ce départ précipité ne lui avaient pas été expliquées.
Mais je tiens à ce que tout le monde excepté ma mère et les membres du conseil d’administration ignore l’état de santé de l’homme qui avait fondé le groupe memel . Personne ne devait savoir qu’il souffrait d’une maladie cruelle qui le privait de sa mémoire et le rendait peu à peu invalide.
— Tu as racheté la dette, soit, mais le groupe memel ne t’appartient pas. Nous ne sommes pas en cessation de paiement et tu ne peux pas saisir l’entreprise. John rit de nouveau avant de répondre :
— Tu n’es pas encore en cessation de paiement
. — Nous ne le serons jamais, tu peux me croire !
— Parfait, linda , battons-nous ! J’adore les défis.
— Je dois te laisser maintenant. J’ai du travail.
— oui , tu as du pain sur la planche. Et quand tu auras fini ta journée, tu me rejoindras pour le dîner.
— Je ne pense pas, non. Tu as racheté nos créances, pas ma compagnie ni ma personne .
— Réfléchis bien. Il suffit que tes fournisseurs ne te fassent plus crédit et le groupe m’appartiendra. Est-ce ce que tu veux ?
— Tu es prêt à tout, n’est-ce pas ?
— Je crois que tu connais la réponse à cette question. Sur ces mots il raccroche.
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