
Mon Sang, Leur Péché : Une Revanche
Chapitre 2
Le monde s'est effondré autour de moi. Le son s'est éteint, les couleurs ont disparu. Il ne restait que ses mots, tournoyant dans le vide.
« Aborter... »
Ma voix n'était plus qu'un murmure rauque.
« C'est ton enfant, Marc. Ton sang. »
« Je sais ! » a-t-il crié, la frustration perçant enfin son masque de calme. « Mais Lilia ne le supporterait pas ! Apprendre que nous avons un enfant alors qu'elle... elle est si instable. Ça la tuerait ! »
Je pouvais à peine respirer.
Un rire hystérique, mêlé de larmes, m'a secouée. C'était donc ça. La vie de mon enfant contre la prétendue santé mentale de sa maîtresse.
Les larmes coulaient sans fin, un torrent salé qui marquait la fin de mon amour, la mort de mes illusions.
Épuisée, vidée, j'ai acquiescé d'un signe de tête. Je n'avais plus la force de me battre.
Il a semblé soulagé, mais avant qu'il ne puisse dire quoi que ce soit, son téléphone a sonné.
Le nom de "Lilia" s'est affiché sur l'écran.
Il a décroché immédiatement, son visage se transformant. La froideur a laissé place à une inquiétude palpable.
« Lilia ? Qu'est-ce qui se passe ? Pourquoi tu pleures ? »
Sa voix, qui était si dure avec moi, était maintenant un baume apaisant.
« Non, non, ne dis pas ça... Je suis là... Reste calme, j'arrive tout de suite. Ne fais rien de stupide. »
Il a raccroché et s'est tourné vers la porte, sans un regard pour moi.
« Je dois y aller. »
Et il est parti. Me laissant seule avec les ruines de notre mariage et la sentence de mort de notre enfant.
Je me suis rendue à la clinique privée qu'il m'avait indiquée. L'air sentait l'antiseptique et le désespoir.
Une infirmière m'a tendu une liasse de papiers. Son regard était plein de pitié.
En bas du formulaire de consentement, je l'ai vue. La signature de Marc. Nette, assurée. Il avait tout préparé.
J'ai hoché la tête, engourdie.
Le médecin, un homme d'âge mûr avec des lunettes cerclées d'or, a ajusté ses montures.
« Madame Oliveira, je dois vous informer de quelque chose. »
Son ton était neutre, professionnel.
« Votre utérus présente une particularité. Une cloison. C'est pour cela que vous avez eu du mal à tomber enceinte. »
Il a marqué une pause.
« Cette intervention, bien que courante, présente pour vous un risque élevé. Un risque de ne plus jamais pouvoir concevoir. »
Le monde a cessé de tourner.
J'ai relevé la tête brusquement.
« Quoi ? »
Le mot est sorti comme un cri étranglé.
« Vous voulez dire... que ce pourrait être ma seule chance d'avoir un enfant ? »
« Le risque est significatif, oui. La paroi de votre utérus est fine. Une procédure d'avortement pourrait causer des dommages irréversibles. »
Mes doigts se sont mis à trembler.
Marc le savait-il ?
Bien sûr qu'il le savait. Nous avions consulté des spécialistes ensemble. C'était notre secret, notre lutte commune.
Il le savait.
Et il m'avait quand même demandé de le faire.
Pour Lilia.
J'ai serré la mâchoire si fort que j'ai senti le goût du sang dans ma bouche. La douleur physique n'était rien comparée à celle qui déchirait mon âme.
À cet instant précis, j'ai senti une petite secousse dans mon ventre. Un léger flottement.
Mon bébé.
Mon bébé bougeait. Une minuscule étincelle de vie qui s'accrochait.
Une force que je ne me connaissais pas a déferlé en moi.
J'ai attrapé le poignet du médecin.
« Arrêtez tout. »
Il a froncé les sourcils.
« Mais, Madame... votre mari a été très clair. »
« Je m'en fiche de ce que mon mari a dit ! » ai-je crié, ma voix retrouvant soudain sa puissance.
Je me suis redressée sur la table d'opération.
J'ai arraché la blouse en papier.
« Je garde mon enfant. »
Je suis sortie de la clinique, l'air frais me fouettant le visage. Le soleil m'a aveuglée un instant.
J'ai sorti mon téléphone.
Une notification a attiré mon attention. Un article d'un magazine people.
Le titre était énorme, brutal : "Le magnat de la tech Marc Oliveira et sa muse Lilia Bertin, plus amoureux que jamais, aperçus en train de faire des achats pour leur futur bébé !"
La photo était une torture. Marc, le visage rayonnant, soutenait Lilia par la taille. Elle, la main posée sur son ventre bien rond, souriait aux photographes.
Ils sortaient d'une boutique de luxe pour bébés.
Les commentaires étaient un déferlement de haine à mon égard.
"Mais il n'est pas marié, lui ? À une certaine Auristelle ?"
"C'est qui, ça ? Lilia est sa véritable âme sœur ! Elle est enceinte de lui, c'est évident !"
"J'ai entendu dire que sa femme est une folle jalouse qui refuse le divorce."
"Quelqu'un m'a dit qu'elle l'avait piégé pour l'épouser. C'est une profiteuse."
Mes ongles se sont enfoncés dans la paume de ma main. Je ne sentais pas la douleur. Seulement un froid polaire qui envahissait mon cœur.
J'ai posé une main protectrice sur mon ventre.
« Ne t'inquiète pas, mon bébé. Maman va te protéger. »
J'ai fait demi-tour et je me suis dirigée d'un pas décidé vers le cabinet d'avocats le plus réputé de Paris.
J'allais préparer les papiers du divorce.
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