
Mon Retour, Leur Chute Inévitable
Chapitre 3
Le téléphone était toujours contre mon oreille, la voix de mon père résonnant comme un écho venu d'outre-tombe.
« C'est bien de pouvoir se payer des hôtels de luxe. Pendant que ta mère et moi, on travaille dur pour joindre les deux bouts. »
Mon cœur battait à tout rompre, non pas de confusion comme la première fois, mais de rage et de lucidité. Ce n'était pas un rêve. C'était réel. J'étais revenue au point de départ.
Dans ma vie antérieure, cette conversation avait été le début de ma chute. Mon père, jaloux de ma promotion et de ce simple voyage, avait appelé mon employeur. Il avait insinué que je menais un train de vie suspect, que je devais sûrement tremper dans des affaires illégales. Il avait utilisé ma réussite, dont il aurait dû être fier, pour la transformer en une arme contre moi.
Ses paroles, à l'époque, m'avaient paru injustes et pleines d'amertume, mais je n'avais pas saisi la profondeur de sa méchanceté. Je pensais que c'était une simple crise de jalousie passagère. J'avais tort. C'était un acte calculé, la première pierre d'un plan destiné à me détruire.
À cause de cet appel, mon patron, un homme prudent et soucieux de la réputation de l'entreprise, avait immédiatement gelé ma promotion. L'enquête interne, bien que n'ayant rien prouvé, avait laissé une tache indélébile sur mon dossier. La confiance était brisée. J'étais devenue un risque, une employée à problèmes.
Cette fois, je ne serais pas sa victime.
« Papa, » dis-je, ma voix étonnamment calme, « de quoi parles-tu exactement ? Es-tu en train de sous-entendre que j'ai volé cet argent ? »
Il y eut un silence à l'autre bout du fil, surpris par ma question directe.
« Je ne dis pas ça, Amélie, mais tu sais... les apparences sont importantes. Il faut faire attention. C'est pour ton bien que je te le dis. »
Le même discours hypocrite. Les mêmes mots empoisonnés enrobés de fausse bienveillance. "Pour ton bien". Ces mots me donnaient la nausée.
« Mon bien ? » ai-je répliqué, un sourire glacial se dessinant sur mes lèvres. « Tu veux dire que tu vas appeler mon patron pour lui faire part de tes "inquiétudes" ? Pour lui dire que ta propre fille est peut-être une criminelle ? »
Nouveau silence, plus long cette fois. Je l'avais pris au dépourvu. Dans ma vie précédente, j'avais été désemparée, j'avais tenté de me justifier. Aujourd'hui, j'attaquais.
« Comment peux-tu penser une chose pareille ? » finit-il par bafouiller, essayant de reprendre le rôle du père offensé. « Je suis ton père, je veux juste te protéger. »
« Me protéger de quoi ? De ma propre réussite ? »
J'ai entendu ma mère en arrière-plan, chuchotant quelque chose à mon père. Puis il a repris, sa voix plus assurée, comme s'il récitait un texte.
« Ta mère et moi, nous t'avons toujours appris la valeur de l'honnêteté. Si tu as fait une erreur, il vaut mieux l'admettre maintenant. Nous serons là pour te soutenir. »
Le soutien. Dans ma première vie, leur "soutien" m'avait coûté ma carrière, ma réputation et finalement, ma vie.
Ils avaient fourni à mon employeur des relevés de compte falsifiés, montrant des dépôts inexistants, pour "prouver" leurs dires. Ils avaient transformé les virements que je leur faisais chaque mois en prétendus revenus illicites. Mon patron, confronté à ces "preuves" venant de ma propre famille, n'avait eu d'autre choix que de me croire coupable. Il avait perdu confiance et m'avait poussée vers la sortie.
Le résultat final de leur première trahison avait été brutal. Non seulement j'avais perdu mon emploi et ma promotion, mais ils avaient aussi réussi à me faire mettre sur une liste noire officieuse dans le secteur. Personne ne voulait embaucher quelqu'un soupçonné de fraude, surtout quand sa propre famille l'accusait. J'étais devenue radioactive.
Cette fois, leur plan ne fonctionnerait pas.
« Papa, » dis-je d'une voix lente et détachée, « je sais exactement ce que tu prévois de faire. Mais je te préviens, si tu tentes quoi que ce soit, tu le regretteras amèrement. »
Avant qu'il ne puisse répondre, j'ai raccroché.
Mon cœur battait la chamade. La première étape était franchie. J'avais changé le scénario. Mais je savais que ce n'était que le début. Mon père n'allait pas abandonner si facilement. Sa jalousie était trop profonde, et derrière lui, il y avait ma mère, encore plus rusée et malveillante. Et je n'oubliais pas Chloé, leur vraie fille, ma "sœur", qui tirait les ficelles dans l'ombre, dévorée par l'envie.
Je devais me préparer pour la suite. La guerre ne faisait que commencer.
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