
Mon Mariage Arrangé avec L'Alpha
Chapitre 2
La lumière du matin perçait à travers les volets de la grande salle de réception, répandant une douce lueur dorée sur les murs de pierre. Katherine attendait, seule, assise au bord de l'immense fauteuil qui lui semblait étrangement disproportionné, comme si elle-même n'était qu'une intruse dans cette demeure imposante. La veille, elle avait rencontré Adrian pour la première fois, et malgré leurs échanges sobres et polis, un poids pesait sur son cœur. Elle avait vu dans ses yeux une ombre, une froideur si ancrée qu'elle doutait d'y voir un jour autre chose. Mais elle s'était préparée. Elle savait que l'homme qu'on lui avait choisi ne serait pas celui d'un conte de fées, et elle s'efforçait de mettre de côté ses craintes.
La porte s'ouvrit brusquement, et Adrian entra. Sa haute silhouette se détacha contre le fond de la pièce, immobile un instant. Il portait une expression fermée, presque impénétrable, comme s'il revêtait une armure invisible.
« Katherine, » dit-il, la voix basse, légèrement rauque. Elle hocha la tête, le regard fuyant, nerveuse face à l'intensité de sa présence. Il y avait quelque chose en lui qui la désarmait, une force tranquille mais oppressante qui emplissait l'espace, la rendant consciente de sa propre fragilité.
« Comment te sens-tu aujourd'hui ? » demanda-t-il, cherchant à rompre le silence, mais son ton restait distant, presque mécanique.
« Je... bien, merci, » répondit-elle timidement. Elle ne parvenait pas à dissimuler son malaise face à lui, surtout après les murmures qu'elle avait entendus dans la maison au sujet de ce que le conseil attendait de cette union.
Un raclement de gorge se fit entendre, et elle réalisa qu'un des membres du conseil, Maître Guillemot, s'était glissé discrètement dans la pièce. Il les observait avec un mélange de sévérité et de satisfaction. Il prit la parole, posant un regard dur sur Katherine.
« Mademoiselle Katherine, » commença-t-il, d'un ton autoritaire, « maintenant que cette union est sur le point de se concrétiser, il est important que vous compreniez bien le rôle qui vous incombe. En tant que future épouse de l'Alpha, votre conduite doit être exemplaire. Vous serez constamment sous les regards, et la moindre de vos actions aura des répercussions sur la meute et sur l'image d'Adrian. »
Elle acquiesça d'un geste nerveux, serrant ses mains pour contenir le léger tremblement qui les gagnait. Elle savait que son mariage avec Adrian ne serait pas une union d'amour, mais elle n'avait pas imaginé à quel point il serait réglementé, surveillé, et calculé.
Guillemot continua, énumérant les règles strictes auxquelles elle devrait se plier : aucune sortie en ville sans l'accord du conseil, des horaires de visite stricts pour les membres de sa propre famille, et une interdiction formelle d'adresser la parole aux membres masculins de la meute sans être accompagnée. Chaque parole, chaque geste, serait scruté, jugé. Katherine sentait son cœur se serrer à mesure qu'il parlait, le poids de ces règles écrasant toute idée de liberté.
Adrian, jusqu'alors silencieux, prit enfin la parole. Son ton était glacial, presque détaché. « Vous comprenez, Katherine ? C'est pour préserver notre image, rien de plus. »
Elle hocha la tête, sentant une pointe de tristesse poindre derrière sa nervosité. Elle n'avait jamais eu d'ambitions de grandeur, ni de désirs de gloire. Elle voulait simplement vivre sa vie paisiblement, dans l'ombre. Mais son père, criblé de dettes, avait accepté cette union sans hésitation, voyant là une opportunité de redorer le blason familial. Katherine savait que c'était pour lui sauver la face qu'elle devait s'engager dans ce mariage, et malgré ses doutes et ses peurs, elle ne pouvait se résoudre à lui tourner le dos.
« Oui, je comprends, » murmura-t-elle finalement, les yeux baissés.
Guillemot la jaugea un instant, semblant peser sa sincérité. Puis, satisfait, il tourna son attention vers Adrian. « Il est aussi essentiel qu'il y ait des apparitions publiques régulières, Adrian. Vous devez montrer à tous que ce mariage est solide, que votre autorité reste incontestée. »
Adrian acquiesça d'un signe de tête, sans même jeter un regard vers Katherine. Elle se sentit soudain comme un simple pion dans un jeu bien trop grand pour elle, un rôle qu'on lui avait assigné sans lui demander son avis. Pourtant, elle s'efforça de maintenir un masque impassible, de faire bonne figure. Elle ne voulait pas trahir sa famille par faiblesse.
Guillemot quitta la pièce, laissant Adrian et Katherine seuls dans un silence lourd. Adrian, toujours aussi distant, la fixa un instant avant de rompre enfin le silence.
« Pourquoi acceptes-tu tout cela ? » demanda-t-il, son regard perçant.
Katherine sentit un frisson la parcourir. Elle ne s'attendait pas à une telle question, surtout pas de sa part. Elle prit une inspiration, cherchant ses mots. « Je... je le fais pour ma famille, » avoua-t-elle, la voix à peine audible. « Mon père... il a des dettes. Beaucoup de dettes. Et ce mariage... c'est un moyen pour lui de... d'effacer cette honte. »
Adrian la dévisagea, son expression s'adoucissant légèrement. « Donc tu sacrifies ta liberté pour eux. »
Elle soutint son regard cette fois, y puisant une force nouvelle. « Oui. Tout comme toi, je suppose, » répondit-elle avec une pointe de défi.
Un éclat de surprise traversa le regard d'Adrian, mais il ne laissa rien paraître de plus. Elle n'était pas aussi fragile qu'elle en avait l'air, réalisa-t-il. Peut-être qu'il l'avait sous-estimée. Il détourna les yeux, fixant un point invisible derrière elle.
« Peut-être bien, » murmura-t-il, comme s'il s'adressait davantage à lui-même.
Katherine sentit une vague de chaleur en elle. Cette conversation, bien que brève, lui apportait un étrange réconfort. Il y avait quelque chose dans la solitude et le devoir qui les liait. Peut-être qu'au fond, ils se comprenaient mieux qu'ils ne l'auraient cru.
Adrian, visiblement troublé par cette découverte, se leva brusquement, reprenant son masque d'Alpha impassible. « Je vais te laisser te reposer. Nous devons respecter les exigences du conseil, mais je veillerai à ce que tu sois bien traitée, Katherine. »
Elle hocha la tête, surprise par cette marque de considération. « Merci, Adrian. »
Avant de sortir, il s'arrêta à mi-chemin, jetant un dernier regard dans sa direction. « Si jamais tu as besoin de quelque chose... n'hésite pas à me le dire. » Sa voix se faisait douce, presque vulnérable, l'espace d'un instant.
Katherine hocha la tête, un mince sourire se dessinant sur ses lèvres. « D'accord, je n'hésiterai pas. »
Il la regarda un instant de plus, puis disparut dans le couloir, la laissant seule avec ses pensées. Elle se rendit compte que ce mariage, malgré ses obligations et ses règles strictes, pourrait être bien plus qu'un simple arrangement. Peut-être qu'ils pouvaient, chacun à leur manière, trouver un peu de paix et de compréhension dans cette union forcée.
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