
Mon Épouse, Mon Ennemi Juré
Chapitre 3
Je suis rentré dans notre appartement, un lieu qui avait été un foyer et qui ressemblait maintenant à une scène de crime. Chaque objet, chaque meuble me rappelait un souvenir, une promesse brisée. J'ai arpenté le salon, le cœur battant à tout rompre, essayant de donner un sens à la folie de la soirée.
Sophie est arrivée une heure plus tard. Elle a claqué la porte derrière elle, son visage dur et fermé. Le spectacle était terminé, il ne restait que la laide réalité.
« J'espère que tu es content de ton esclandre », a-t-elle lancé, en jetant son sac à main sur le canapé.
« Mon esclandre ? C'est toi qui as annoncé publiquement que tu me trompais et que tu portais l'enfant d'un autre, et c'est moi qui fais un esclandre ? »
Ma voix était empreinte d'une incrédulité amère.
Elle a haussé les épaules, avec une indifférence qui m'a glacé le sang. « J'ai été honnête. C'est toi qui n'as pas supporté la vérité. »
La vérité. Ce mot dans sa bouche était une insulte. Soudain, des détails insignifiants des derniers mois me sont revenus en mémoire. Ces "tisanes bien-être" qu'Antoine m'avait recommandées, soi-disant pour gérer mon stress. Sophie insistait pour me les préparer elle-même chaque soir.
« C'est bon pour ta santé, mon chéri », disait-elle avec un sourire attentionné.
Je me sentais souvent fatigué, nauséeux, avec des maux de tête persistants. Le médecin parlait de surmenage. "Vous devriez lever le pied, M. Dubois, peut-être prendre une retraite anticipée", m'avait-il même suggéré. À l'époque, j'avais ri. Moi, prendre ma retraite ? Impensable.
Maintenant, un doute horrible s'insinuait en moi. Une nausée bien réelle, cette fois, m'a envahi. Était-ce possible ? M'auraient-ils... ? Non, c'était trop monstrueux.
« Tu es pathétique, Jean-Luc », a continué Sophie, me tirant de mes pensées. « Tu t'accroches à un passé qui n'existe plus. Tu n'as jamais été à la hauteur de mes ambitions. J'avais besoin de quelqu'un de fort, quelqu'un avec une vision. Pas un simple technicien comme toi. »
Chaque mot était une pierre qu'elle me jetait. Le "simple technicien" qui avait dessiné les plans de tous nos projets primés, qui avait passé des nuits blanches à résoudre des problèmes complexes pendant qu'elle charmait les clients.
Malgré la douleur, j'ai essayé une dernière fois d'être rationnel. Il y avait l'entreprise. Notre création.
« Écoute, Sophie. Faisons les choses proprement. On divorce, c'est entendu. Mais l'entreprise... nous l'avons construite ensemble. Partageons les parts équitablement, et chacun suit son chemin. »
J'espérais encore une lueur de décence, un reste de la femme que j'avais connue. Sa réponse a été un rire bref et méprisant.
« Partager ? Tu rêves. Tu n'auras rien. J'ai déjà préparé tous les documents. Les avocats vont te déposséder de tout. Tu as été naïf, Jean-Luc. Tu m'as fait confiance. Grosse erreur. »
Elle s'est approchée de moi, son regard brillant d'une cruauté triomphante.
« L'entreprise est à moi. L'appartement est à moi. Bientôt, tout sera à moi. Et toi... tu ne seras plus qu'un mauvais souvenir. »
La violence de ses mots m'a coupé le souffle. C'était une déclaration de guerre totale. La femme que j'aimais n'avait jamais existé. Elle n'était qu'un mirage, une prédatrice qui attendait le bon moment pour frapper.
Alors que je la regardais, abasourdi, une violente crampe m'a tordu l'estomac. Une douleur aiguë, fulgurante. J'ai porté la main à mon ventre, le souffle court.
« Qu'est-ce qui t'arrive encore ? » a-t-elle demandé, visiblement agacée.
Je n'ai pas pu répondre. La nausée est montée d'un coup, irrésistible. J'ai couru vers la salle de bain, me penchant juste à temps au-dessus des toilettes pour vomir violemment. Mon corps était secoué de spasmes, et une sueur froide perlait sur mon front.
Quand les convulsions se sont calmées, je suis resté agenouillé, tremblant et vidé. Sophie se tenait dans l'encadrement de la porte, les bras croisés, sans la moindre trace d'inquiétude sur son visage. Juste de l'impatience.
« C'est ridicule. Tu fais une scène pour rien. »
Son manque total d'empathie était la confirmation finale. Le doute horrible s'est transformé en une certitude glaciale.
« Les tisanes... » ai-je murmuré, la voix cassée. « C'était vous... »
Elle n'a pas répondu, mais une lueur étrange a passé dans ses yeux. Un mélange de surprise et de contrariété.
« Antoine avait dit que ça serait plus discret », a-t-elle lâché, presque pour elle-même.
La phrase est tombée dans le silence de la salle de bain comme une condamnation à mort. Mon sang s'est glacé. Ce n'était pas mon imagination. C'était réel. Ils essayaient de m'empoisonner. Lentement, pour me rendre malade, me pousser à tout abandonner, peut-être même...
J'ai relevé la tête, le regard rempli d'une nouvelle horreur. L'enfant.
« L'enfant... c'est pour ça aussi ? Pour tout consolider ? Pour que tout te revienne ? »
Elle a eu un sourire déformé, un rictus de folie.
« Bien sûr. Un héritier, c'est important. Et Antoine est un géniteur bien plus convenable que toi. Il est l'avenir. Tu es le passé. Maintenant, sors de ma maison. »
Ma maison. Le mot a résonné en moi. J'avais payé chaque centime de cet appartement avec le fruit de mon travail. Ma colère a submergé la peur et la douleur. Je me suis relevé, chancelant, mais déterminé.
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