
Méprisée par les siens... elle renaît en reine
Chapitre 3
Je refermai la porte de ma chambre et me laissai tomber sur le lit sans même prendre la peine d'enlever mes chaussures. À part ce dîner, tout le reste de la journée avait été un désastre. J'avais rencontré celui que la Déesse avait choisi pour moi... et il m'avait rejetée sans la moindre hésitation. Pas un instant de doute dans son regard, pas la moindre trace d'hésitation.
Pourtant, j'avais senti quelque chose. Ce lien dont tout le monde parlait, je l'avais perçu, même faiblement. Une sensation discrète, mais assez nette pour que je comprenne. Quand il avait prononcé ce mot, je n'avais plus eu aucun doute.
Je me retournai sur le ventre et laissai les larmes couler sans bruit. Mon oreiller s'humidifiait peu à peu, mais je n'essayais même plus de les retenir. L'épuisement finit par m'emporter dans un sommeil agité.
Les images se succédèrent, confuses et cruelles. Darian me repoussait encore et encore. Ses paroles, toujours les mêmes, résonnaient dans ma tête, me rabaissant, me brisant. Dans le dernier rêve, il riait avec ses amis et avec la fille qu'il avait choisie à ma place. Ils se tenaient au bord de la falaise, près de la cascade, et me poussaient dans le vide.
Je me réveillai en sursaut, le souffle court. Ma peau était trempée de sueur. Je jetai un coup d'œil à l'horloge. 5 h 09.
Je restai immobile quelques minutes, fixant le plafond, avant de me lever. Une douche rapide, des gestes mécaniques, puis je me préparai pour aller au lycée. L'idée de retourner là-bas me pesait déjà. Je devais faire face aux autres, croiser leurs regards, supporter leurs remarques.
Je savais qu'il n'avait rien dit. Trop honteux, sans doute, à l'idée que je sois celle qui lui était destinée. Et il m'avait clairement ordonné de garder le silence.
Je m'habillai simplement, attachai mes cheveux à la va-vite et préparai un café. Assise sur le canapé, je consultai mon emploi du temps. Les cours ne seraient pas difficiles. Au moins, sur ce point, je pouvais souffler.
La journée passa sans incident majeur. Je réussis à éviter Darian et son groupe. En rentrant, des écouteurs dans les oreilles, je marchais en fredonnant pour me donner du courage.
De retour à la maison, je sortis mes livres et me mis à travailler. Je voulais prendre de l'avance, occuper mon esprit, éviter de penser. Une fois mes tâches terminées, je préparai quelque chose à manger, puis allai me coucher.
Les jours passèrent ainsi. Puis les semaines. Puis les mois.
Je finis par atteindre mes dix-huit ans en ayant terminé l'année scolaire. Le lien qui m'attachait à Darian ne disparaissait pas complètement, mais il s'était atténué. Le voir avec Seris ne provoquait plus en moi la même douleur qu'au début. Au départ, la jalousie me dévorait. Désormais, il ne restait plus qu'un vide.
Seris, elle, ne me laissait aucun répit. Remarques, moqueries, humiliations... Elle trouvait toujours un moyen de me rabaisser. Et elle n'était pas la seule. J'étais devenue une cible facile.
Malgré tout, les choses avaient évolué avec Kaelen. Peu à peu, nous avions réussi à reconstruire quelque chose. Pas comme avant, mais c'était déjà ça.
Ce qu'il ignorait, c'est que je n'avais pas l'intention de rester.
Le lendemain de mon anniversaire, je partirais. Je quitterais la meute pour devenir une errante. Une décision risquée, surtout sans loup pour me défendre, mais rester ici n'était plus une option. Peut-être pourrais-je me fondre parmi les humains. Leur monde m'était plus familier que celui auquel j'étais censée appartenir.
Une vie simple. C'était tout ce que je voulais.
J'avais déjà préparé l'essentiel : vêtements, provisions, couvertures. Il ne me restait qu'à rassembler le matériel nécessaire pour survivre les premiers jours dehors.
Je levai les yeux vers la fenêtre. La nuit était claire. La pleine lune dominait le ciel, lumineuse et calme. Une envie soudaine me poussa à sortir.
L'air frais me fit du bien. Sans vraiment comprendre pourquoi, je remarquai que ma vision semblait plus nette que d'habitude. J'ignorai cette impression et continuai à marcher.
Arrivée près de l'eau, je m'arrêtai. Au loin, des hurlements s'élevaient, portés par le vent. Les loups parcouraient la forêt. Je restai un moment immobile, imaginant ce que cela devait être de courir librement.
Je m'assis sur le banc, laissant mes pensées dériver.
Un an. Tout avait changé en un an. Le rejet, les menaces, le silence imposé. Demain, tout cela serait derrière moi. Plus de Darian. Plus de Seris. Plus de souvenirs douloureux.
Un bruit me fit sursauter.
Je me retournai, et immédiatement, je reconnus son odeur. Moins intense qu'au premier jour, mais toujours présente. Toujours capable de m'atteindre.
Je voulus partir. Mon corps refusa.
Il apparut devant moi sous sa forme de loup. Imposant, sombre, les yeux teintés de rouge. Il s'approcha lentement, sans me quitter du regard. Un grondement sourd vibrait dans sa poitrine.
La peur me saisit. Je reculai, puis fis demi-tour et me mis à marcher rapidement. Derrière moi, des bruits de transformation retentirent. Je pressai le pas.
Puis je me mis à courir.
Je n'avais aucune chance de lui échapper.
Une main se referma sur mon épaule et me força à me retourner. La pression était forte, douloureuse.
Je levai les yeux vers lui. Son visage était fermé, ses traits durs.
« Pourquoi je te sens encore ? » lança-t-il, furieux. « J'ai tout fait pour couper ce lien. Pourquoi il est toujours là ? »
Je restai silencieuse.
« J'ai mis fin à ça », reprit-il. « Tu as accepté. Alors explique-moi pourquoi mon loup refuse de lâcher prise ! »
Je baissai légèrement la tête.
« Je... je n'en sais rien. »
Il fit quelques pas, agité.
« Évidemment », lâcha-t-il avec mépris. « C'est sûrement parce que tu es... ce que tu es. Mon loup doit te prendre en pitié. »
Ses mots me frappèrent de plein fouet.
« Tu n'as pas ta place ici », continua-t-il. « Ni dans cette meute, ni nulle part ailleurs. Tu es un poids. Même ta propre mère en a payé le prix. »
Je sentis mes yeux se remplir de larmes.
« Tu ferais mieux de disparaître », ajouta-t-il froidement. « Personne ne te regrettera. »
Je n'arrivai plus à me contenir. Les sanglots montèrent malgré moi.
Il attrapa mon t-shirt et me tira brusquement vers lui.
« Pars », cracha-t-il. « Je ne veux plus te voir. Tu mets tout le monde en danger. »
Il me repoussa violemment. Je perdis l'équilibre et tombai, mon bras raclant le sol.
« Quitte cette meute », conclut-il. « Et ne reviens jamais. »
Il fit quelques pas, puis se retourna une dernière fois.
« Si tu es encore là le jour où je deviendrai Alpha, je te bannirai devant tout le monde. »
Puis il disparut dans l'obscurité.
Je restai assise, tremblante, incapable de bouger. Je comptais déjà partir, mais l'entendre de sa bouche... c'était différent.
Je finis par me relever et rentrai chez moi.
Dans ma chambre, je m'assis par terre, le regard perdu. Je n'avais rien d'une louve. Presque rien d'autre qu'une humaine.
Je pris une feuille et un stylo.
Kaelen,
Quand tu liras ces mots, je serai partie. Ne t'inquiète pas pour moi. C'est mieux ainsi.
Prends soin de Elira. Elle mérite quelqu'un qui la protège vraiment.
Il y a quelque chose que je ne t'ai jamais dit. Il y a un an, la Déesse m'a liée à Darian. Il m'a rejetée et a fait croire à tous que Seris était celle qui lui était destinée.
Les voir ensemble m'a détruite plus que je ne peux l'exprimer.
Il a dit que je n'avais pas ma place ici. Que je serais mieux morte.
Peut-être qu'il a raison.
Je t'aime.
Lyrael.
Je laissai la lettre sur mon lit.
Puis je sortis.
La nuit était avancée. Presque minuit. Le début de mon anniversaire.
Je marchai jusqu'à la falaise. La lune éclairait l'eau en contrebas, lui donnant un éclat irréel. Je m'allongeai quelques instants, observant le ciel.
Au moins, j'avais atteint mes dix-huit ans.
Je me relevai et m'approchai de la rivière. L'eau s'écoulait rapidement vers la chute.
Je levai les yeux vers la lune.
« Merci... pour tout », murmurai-je.
Puis j'avançai dans l'eau, lentement, jusqu'à atteindre un rocher. Le bruit de la cascade couvrait tout le reste.
Mon cœur battait vite.
Une alarme retentit dans ma poche. Minuit.
Dix-huit ans.
Je fermai les yeux.
« Pardonne-moi », soufflai-je.
Et je me laissai tomber.
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