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Couverture du roman Mémoires de Là-Bas: Été 1976

Mémoires de Là-Bas: Été 1976

En 2017, Sylvie s’apprête à quitter sa demeure. Avant son départ, elle découvre à la cave un mystérieux album photo éclairé par une bougie. Les clichés la replongent en 1976, lors de vacances au Manoir de Là-Bas marquées par la disparition d’Antoinette. Ce drame passé, mêlé de secrets sordides et de soupçons, avait brisé de nombreuses vies. Alors que les souvenirs ressurgissent avec force, le spectre d'Antoinette semble hanter le présent. Le passé n'a pas fini de réclamer son dû.
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Chapitre 3

Cette année-là, les plus âgés avaient rangé les vélos et les Mobylettes qu’ils avaient remplacés par une 50cc sur laquelle ils ne manquaient jamais une occasion de prendre la pose. Peu importe que ce soit pour être photographié seul ou en bande, dans des figures savamment mises en scène ou pour draguer, leur moto, c’était le prolongement d’eux même. À partir de là, notre horizon s’est élargi et nous avons abandonné les chemins du camping devenus bien trop étriqués pour nous. Régulièrement, nous franchissions cette énorme grille pour partir à la conquête des routes extérieures. Tous adoraient ces escapades, trop heureux de pousser le moteur de leur machine et de faire monter l’aiguille d’un compteur de vitesse satisfait.

Les filles se bousculaient pour grimper à l’arrière et enlacer de leurs bras la taille de ces tout nouveaux motards pas peu fiers. Elles collaient ensuite la tête sur le dos de celui qui avait accepté de les embarquer et plongeaient dans leur imagination à la recherche de toutes ces choses qu’elles auraient tant aimé expérimenter avec lui. Ce n’est que lorsqu’ils se mesuraient dans une course folle sur les routes sinueuses qui encerclaient le domaine qu’ils se délestaient de ces admiratrices. Pour un instant, elles devenaient des fans inconditionnelles de leurs exploits et attendaient sur le bas-côté en criant et applaudissant chaque fois qu’ils réapparaissaient.

Nous ne nous séparions que pour rentrer manger ou dormir. Quelques fois, pour ne pas nous quitter nous arrivions à arracher le consentement de nos parents pour inviter l’un ou l’autre à notre table. Pour les nuits, nous disposions de tentes canadiennes dans lesquelles certains s’étaient vus relégués pour céder leur place à un frère ou une sœur plus jeune. Le potentiel de cette chambre de fortune avait immédiatement fait consensus et c’est avec enthousiasme qu’ils avaient transféré leurs affaires personnelles et les couvertures. C’est là que, pour dormir ou nous aimer, nous disparaissions, le plus souvent en catimini, sous cette toile qui devait nous dissimuler des regards et derrière cette fermeture éclair en charge de nous assurer l’intimité.

Ce que nous adorions par-dessus tout, c’était de remplir les paniers avec du pain et du saucisson que nos mères nous donnaient et de filer dans les champs pour pique-niquer.

Nous parlions fort et explosions de rire à chaque bouchée, en charriant ceux qui faisaient du bruit en mangeant. Nous nous moquions de celui qui grimaçait en buvant cette bière achetée avec notre argent de poche que nous le forcions à avaler. Immanquablement, nous finissions par parler de ces baisers qui nous faisaient tant envie et de sexe, de fantasmes et de conquêtes réelles ou inventées pour se vanter. Pour débusquer le frimeur, nous l’obligions à raconter les détails et chacun y allait de son expérience ou de son avis personnels pour commenter ce récit et démêler le vrai du faux. Ce n’est qu’après ça qu’ils tranchaient et se prononçaient sur la véracité de cette histoire. Des disputes éclataient, juste des petits combats de coqs qui ne duraient pas plus longtemps qu’un morceau de saucisson.

Nous nous allongions à plat ventre dans les épis de maïs quand le tracteur d’Émile arrivait, inconscient des risques pris en écrasant nos mégots au milieu de ces brins séchés par le soleil. Si malgré tout il nous apercevait, nous déguerpissions en riant avant de sauter sur les motos pour fuir à toute vitesse.

Dans cette course folle, les filles perdaient les sabots qu’elles chaussaient fièrement, bien qu’ils se révélaient peu pratiques pour filer sans demander son reste. Les plus rapides se retournaient en criant : « Allez, avancez, plus vite ».

Certains s’encouraient, hilares, d’autres beaucoup moins, parce qu’ils avaient vraiment la trouille d’être rattrapés. Ceux-là écarquillaient des yeux tout ronds et répondaient : « Hé ! Attendez-nous ! »

Nous y avons souvent abandonné le pain, mais jamais, je crois, les bières et les cigarettes.

Nous nous sentions libres comme l’air.

Les garçons portaient les cheveux longs et des pantalons pattes d’eph, les filles des robes à volant qu’elles faisaient virevolter en se déplaçant.

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