
Mariage Froid, Destin Tragique
Chapitre 3
Je suis restée alitée pendant des jours. Mon corps était faible, endolori, et une fièvre persistante refusait de me quitter. Madame Dubois m'apportait mes repas, des soupes insipides et cette horrible "potion de purification", sans jamais me regarder dans les yeux. Je n'existais plus pour elle, j'étais un objet souillé qu'il fallait nettoyer avant de s'en débarrasser.
Marc ne venait jamais me voir. Je l'entendais parfois dans le couloir, sa voix mêlée à celle de sa secrétaire, Chloé. Leurs rires me parvenaient, étouffés, et chaque éclat de joie était comme un coup de poignard dans mon cœur vide.
Un après-midi, la porte s'est ouverte brusquement. C'était Marc. Il avait l'air furieux. Il tenait une pile de photos dans sa main et les a jetées sur mon lit.
« Qu'est-ce que c'est que ça, Camille ? »
J'ai regardé les photos. C'étaient des clichés de moi et de Jean-Luc, mon ami d'enfance. On nous voyait rire dans un café, se promener dans un parc. Des photos innocentes, prises à notre insu.
« C'est Jean-Luc. Tu le connais. C'est mon meilleur ami. »
« Ton meilleur ami ? »
Son rire était méprisant, rempli de venin.
« Ne me prends pas pour un idiot. Chloé m'a tout dit. Tout le monde au bureau parle de vous. De la façon dont vous vous regardez. On dit même que ces... ces choses que tu portais... n'étaient peut-être même pas de moi. »
Le monde s'est arrêté. Le sang a quitté mon visage. J'ai regardé Marc, l'homme que j'avais aimé, l'homme pour qui j'aurais tout donné, et j'ai vu un étranger. Un monstre façonné par la jalousie, la suspicion et l'ambition dévorante de sa mère.
À cet instant précis, tout l'amour que j'avais pour lui s'est transformé en cendres. Il ne restait plus rien. Juste un vide glacial et une immense, immense déception.
« Comment oses-tu ? »
Ma voix tremblait de rage.
« Après tout ce que tu m'as fait subir... Tu oses m'accuser de ça ? Jean-Luc est comme un frère pour moi. »
J'ai rassemblé le peu de force qu'il me restait et j'ai essayé de me lever, de lui jeter ces photos au visage. Mais il a été plus rapide. Il a attrapé mon poignet, sa poigne était de fer.
« Ne me touche pas ! » ai-je crié.
« Tu vas rester ici et m'écouter ! » a-t-il hurlé, son visage déformé par la colère.
C'est à ce moment-là que Chloé est entrée, un air faussement inquiet sur le visage.
« Marc, mon chéri, ne sois pas si dur avec elle. Elle est encore faible. »
Elle s'est approchée, a posé une main apaisante sur le bras de Marc. Puis son regard a croisé le mien, et j'y ai vu une lueur de triomphe. Elle a baissé les yeux, a posé délicatement sa main sur son propre ventre, plat sous sa robe ajustée.
« D'ailleurs, j'ai une nouvelle à t'annoncer. J'ai vu le médecin ce matin... Il a confirmé. Je suis enceinte. »
Le coup a été si violent, si inattendu, que j'ai eu l'impression que le sol se dérobait sous mes pieds. Le visage de Marc s'est transformé, passant de la fureur à une joie incrédule. Il a lâché mon poignet et a pris Chloé dans ses bras.
Mon souffle s'est coupé. La douleur dans ma poitrine était si intense que j'ai cru que mon cœur allait exploser. Leurs rires, leur bonheur affiché devant moi, la survivante d'un massacre silencieux, c'était plus que je ne pouvais supporter. Mes yeux se sont révulsés et j'ai sombré dans l'obscurité.
Quand j'ai repris connaissance, je n'étais plus dans la chambre. Deux servantes robustes me traînaient par les bras à travers le couloir. Mes pieds nus frottaient contre le marbre froid. Elles m'ont jetée au sol dans le grand salon, devant Marc, sa mère et Chloé, qui était assise sur le canapé, l'air d'une reine.
Madame Dubois tenait un objet dans ses mains. C'était un petit coussin, mais il était couvert d'épines de chardon, acérées et menaçantes.
« Puisque tu as trahi mon fils et souillé notre nom, tu vas te repentir », a-t-elle déclaré d'une voix glaciale. « Tu vas t'agenouiller sur ça et prier pour ton pardon. »
L'humiliation était totale. J'étais traitée comme la pire des criminelles, sur la base de mensonges et de jalousie.
Alors que les servantes me forçaient à m'agenouiller sur le coussin d'épines, la douleur vive me coupant le souffle, Chloé s'est levée. Elle tenait quelque chose dans sa main. Un petit chausson de laine que j'avais tricoté, l'un des rares souvenirs de mes bébés que j'avais réussi à cacher.
D'un geste faussement maladroit, elle l'a laissé tomber près de la cheminée où un feu crépitait.
« Oh, pardon », a-t-elle dit avec un petit sourire narquois.
Le chausson a commencé à roussir, l'odeur de la laine brûlée remplissant la pièce. C'était une provocation, une déclaration de sa victoire totale. Elle ne se contentait pas de me prendre ma place, elle voulait anéantir jusqu'au dernier souvenir de mon bonheur passé. Et Marc, aveuglé par son ambition et ses nouvelles promesses de paternité, la laissait faire, complice silencieux de ma torture.
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