
Mariage bidon ? Je deviens la femme de l'héritier
Chapitre 5
Bastien était vraiment énervé qu'Ariane refusait cet appartement.
Sur le chemin du retour, il n'a pas prononcé un seul mot.
Une fois rentrées, Mireille a tout de suite lancé un regard noir à Ariane en voyant la mine fermée de son fils. Ariane ne lui a même pas accordé un regard et elle est montée se changer.
Quand elle est redescendue pour le dîner, ni Michel ni Bastien n'étaient à la maison. Mireille, quant à elle, était assise seule à table, mais aucune assiette n'était dressée pour Ariane.
« Je me suis dit qu'avec un caractère pareil, tu ne devais pas avoir très faim. Alors je n'ai pas demandé à Françoise de te préparer quoi que ce soit. »
« Ah oui ? »
Ariane venait justement d'apercevoir Françoise sortir de la cuisine avec un plat encore fumant. Elle s'est avancée vivement pour le lui prendre des mains, comme elle le faisait autrefois quand elle aidait Françoise à préparer les repas.
Françoise, croyant qu'Ariane voulait l'aider comme à son habitude, lui a tendu le plat d'un geste naturel.
Ariane a alors feint de mal le saisir. D'un geste brusque, elle a retiré sa main, et le plat s'est écrasé sur le sol dans un bruit sourd.
En voyant la scène, Mireille a explosé.
« Mais enfin, qu'est-ce qui te prend ? Même porter un plat, tu n'en es pas capable ! La famille Sorel a vraiment fait une mauvaise affaire en t'accueillant comme belle-fille ! »
« J'ai pas fait exprès... »
Ariane a feint un air blessé, les lèvres presque tremblants, puis elle s'est hâtée d'aller chercher une assiette propre dans la cuisine. Elle a ramassé prestement la nourriture tombée à terre avec les doigts, l'a déposait dans l'assiette, et a posé l'assiette devant Mireille.
« Qu'est-ce que tu fais ?! »
« Mange. Faut pas gaspiller. »
« Tu veux que je mange des ordures ramassées au sol ?! »
« Ça te correspond bien, non ? »
« Espèce de... ! »
Rien d'étonnant, sa belle-mère était déjà une ordure.
Mireille devenait rouge de colère, et Ariane s'est contentée de se laver les mains avant de monter à l'étage, visiblement très satisfaite de ses actions.
Le lendemain, en arrivant au bureau, Ariane a trouvé Léa qui l'attendait juste devant l'ascenseur.
« Ariane, qu'est-ce qui se passe ? Je flippe, là ! Noémie n'était pas censée être ta copine ? Pourquoi elle te pique ton projet ? Et pile au moment où on doit signer le contrat. C'est vraiment dégueulasse ! »
Léa, c'était sa protégée, la fille qu'elle avait personnellement fait intégrer dans son équipe ; elle est toujours du même côté qu'Ariane.
Ariane lui a tapoté l'épaule.
« T'inquiète pas, j'ai tout prévu. »
« Prévu quoi ? »
Ariane lui a lancé un petit sourire malicieux, sans rien ajouter.
Léa lui a attrapé le bras en chouinant :
« Quoi qu'il arrive, tu m'abandonneras pas, hein ! »
Elle avait trois ans de moins qu'Ariane. Et à côté d'elle, Léa était vraiment comme une petite sœur, toujours à venir se coller à Ariane pour se plaindre ou réclamer un câlin.
Ariane lui a donné une petite tape affectueuse sur le front.
« Oui, oui, j'ai compris. »
En arrivant dans l'équipe projet, Ariane a senti tous les regards se tourner vers elle. Les collègues attendaient visiblement qu'elle leur explique ce qui se passait.
Elle leur a simplement souri pour les rassurer.
« Ariane, tu es enfin arrivée, viens vite avec moi voir Monsieur Sorel. »
Noémie portait un tailleur strict, mais avec des chaussures plates qui la rendaient nettement plus petite lorsqu'elle s'est plantée devant Ariane.
Elle lui a attrapé le bras et a voulu l'entraîner vers le bureau du Directeur Général.
« Il m'a demandé de reprendre le projet d'un coup. Je peux pas accepter un truc pareil, c'est ton travail ! J'ai voulu refuser, vraiment, mais il a insisté tellement fort. J'ai dû dire oui en attendant que tu arrives. On ira lui parler ensemble. »
Noémie faisait exprès de parler assez fort pour que tout le monde entende. Dans sa version, elle n'était pas du genre à trahir une amie, elle faisait toujours passer ses proches avant ses propres intérêts.
Et comme prévu, les collègues autour d'elles ont aussitôt affiché un air admiratif.
Ariane a fixé Noémie. Elle se demandait depuis quand sa meilleure amie avait changé ou si, finalement, elle ne l'avait jamais vraiment connue.
Si Ariane suivait Noémie pour aller voir Michel, le résultat serait évident : il prendrait immédiatement le parti de Noémie, l'écarterait du projet sans hésiter, et Noémie serait obligée de reprendre le dossier à contre-cœur.
De cette façon, personne dans l'équipe ne penserait qu'elle avait volé le travail de sa meilleure amie. Ce serait forcément Ariane la fautive, celle que le directeur avait dû retirer du projet pour des « raisons sérieuses ».
Cette famille savait vraiment comment jouer la comédie.
« Ah, l'entreprise veut juste se débarrasser de moi une fois le travail fini. Bien sûr que je ne suis pas d'accord. Mais si c'est toi qui reprends le projet, ça me console un peu », a dit Ariane en prenant la main de Noémie.
« Après tout, on est de très bonnes amies. Si quelqu'un doit récolter les fruits de mon travail, autant que ce soit toi. Au moins, tu sauras reconnaître d'où vient le mérite. »
Avec un simple « se débarrasser de moi une fois le travail fini », Ariane venait de sceller toute l'interprétation de l'affaire.
Et le « récolter les fruits de mon travail » était suffisamment explicite pour que tout le monde comprenne qu'Ariane avait tout construit. Noémie, elle, ne ferait que tendre la main pour cueillir le fruit mûr.
Et franchement, qui peut respecter une collègue qui ne fait que ramasser ce que les autres ont accompli ?
Le sourire de Noémie s'est figé.
« Je... je peux pas reprendre ce projet. »
« Alors tu démissionnes ? »
« Je... »
« Bien sûr que non, je sais que tu n'en as pas envie. »
Ariane a souri avec une douceur, affichant un air généreux, ce qui rendait Noémie terriblement petite et mesquine à côté d'elle.
Ariane n'a pas permis à Noémie de la suivre. Elle est allée seule au bureau de Michel.
Il savait très bien qu'elle viendrait, et il avait déjà préparé son petit discours.
« Ariane, tu le sais, je t'ai toujours beaucoup appréciée. Plus tard, quand je passerai la main et que Bastien reprendra l'entreprise, tu seras forcément son soutien, sa force, sa partenaire la plus fiable.
Alors tant que je suis encore là pour tenir la barre, j'aimerais que tu partes ouvrir la voie pour la famille Sorel. Les jeunes doivent se frotter au terrain pour pouvoir assumer de grandes responsabilités. »
Un discours parfait pour manipuler une stagiaire qui vient d'arriver. Dommage pour lui, elle, ça faisait longtemps qu'elle n'était plus une débutante crédule.
« Je comprends pas bien, Monsieur Sorel. Qu'est-ce que vous voulez dire exactement ? »
« Il y a un projet à Méran. Je voudrais que tu y ailles pour le piloter. C'est un dossier très important, et je ne fais confiance qu'à toi. »
Bien sûr. L'envoyer loin, la mettre hors jeu, pendant que Noémie retournerait tranquillement à la maison pour sa grossesse.
Une belle petite famille soudée...
Pendant qu'elle, toujours dans l'ignorance, travaillerait comme une bête pour leur ouvrir la route.
Franchement, leur plan était tellement parfait qu'Ariane aurait presque eu envie d'applaudir.
« Méran ou n'importe quelle autre ville, j'irai pas. Comme je l'ai déjà dit, si vous voulez que j'abandonne le projet avec le Groupe Duval, très bien, mais donnez-moi un vrai mariage. Un grand. »
Michel a froncé les sourcils.
« Je te parle gentiment parce que tu es la femme de mon fils. Sinon... hm ! »
Ariane a levé un sourcil.
« Sinon quoi ? »
« Je peux très bien te licencier directement ! »
La licencier ?
Ariane a ricané.
« Parfait. Alors licenciez-moi. Le mariage, je demanderai à Bastien de l'organiser, mais la prime du projet, vous allez me la verser tout de suite. Sinon, je ne transmets rien. »
Michel a poussé un long soupir.
« Ariane, tu es devenue tellement égoïste ; tu me déçois énormément. »
Ariane s'est levée.
« Si je réclame ce que j'ai gagné, c'est pas de l'égoïsme. C'est ce que je mérite. »
Pour que la transition du projet se fasse sans accroc, Michel a finalement demandé au service comptable de virer la prime à Ariane sur-le-champ.
Ce n'était pas une petite somme, et son visage s'est encore plus assombri.
Mais plus le visage de Michel s'assombrissait, plus celui d'Ariane s'illuminait.
En sortant du bureau de Michel, Ariane est montée sur la terrasse et a appelé le manager en charge du projet du Groupe Duval.
« Monsieur Duval vous a déjà prévenu, non ? »
« Oui, tout à fait. À partir de maintenant, vous êtes la cheffe principale du projet. Tout notre service suivra vos directives. »
« Demain, l'équipe du Groupe Celeste viendra signer le contrat. »
« Le contrat est déjà prêt. »
« Déchirez-le. »
« Pardon ? »
« Leur design a encore des lacunes. Relevez quelques points à corriger, n'importe lesquels, et demandez-leur de revoir leur copie. »
« Compris, je vois très bien ce que vous voulez dire. Je m'en occupe. »
Ariane a raccroché, un sourire narquois aux lèvres.
Manipuler ces gens-là, c'était franchement amusant.
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