
Mariage bidon ? Je deviens la femme de l'héritier
Chapitre 3
« Moi, j'en ai une, d'objection. »
Ariane a relevé légèrement les sourcils, un sourire au coin des lèvres.
Le visage de Michel s'est assombri. Il ne s'attendait visiblement pas à un refus aussi direct.
« Ariane, papa sait ce qu'il fait. Écoute-le, d'accord ? » a soufflé Bastien, presque gêné.
« Ah oui ? Et je peux savoir ce qu'il sait, exactement ? »
Bastien est resté figé. Ariane n'avait jamais contesté comme ça. Normalement, elle disait toujours oui, sans discuter.
« Tu dois être fatiguée, on pourra parler de ça demain au bureau... »
« Fatiguée, oui. Négocier, convaincre un partenaire, courir à droite à gauche, tout ça pour rentrer vite et te faire une surprise, alors forcément. »
« Alors... »
« Mais malgré la fatigue, j'aimerais bien entendre son explication. »
Ariane souriait toujours, la voix douce, mais elle ne bougeait pas d'un millimètre.
Michel a lâché un petit grognement contrarié.
Ariane s'est tournée vers lui.
« J'ai porté ce projet pendant plus de six mois. La moitié du temps, j'étais en déplacement. J'ai fait des nuits blanches, je dormais même au bureau pour que tout avance. Et maintenant que le contrat arrive enfin au bout, vous voulez me remplacer ? Je peux au moins savoir pourquoi, non ? »
« Ariane, voyons, il faut apprendre à regarder plus loin que ça. »
« Plus loin ? Comment ça, plus loin ? »
Michel a soupiré, comme s'il lui expliquait une évidence.
« Tu fais partie de la famille Sorel. Un jour, tout ça reviendra à toi et à Bastien. Alors un projet de plus ou de moins, ce n'est pas ce qui compte. Je fais ça pour t'aider, pour t'intégrer davantage. »
Ariane n'a pas pu s'empêcher de rire. Le grand patron du Groupe Celeste qui mentait en gardant un calme parfait, ça, c'était impressionnant.
« Tu trouves ça drôle ?! »
Mireille s'est enfin lâchée, incapable de se contenir plus longtemps.
« Si tu n'étais pas la belle-fille de cette maison, il n'aurait même pas essayé de te ménager ! Il t'aurait déjà mise dehors ! Tu crois que tu peux te permettre de démissionner ? Tu n'oses pas ! »
« Maman ! »
Bastien a grondé, tentant de la calmer.
« Oh, ça va ! Ça fait longtemps que je me retiens ! »
Mireille a frappé la table d'un coup sec.
« Quelle belle-fille passe ses journées à disparaître, sans jamais être là pour ses beaux-parents, incapable de s'occuper de son mari ? À quoi tu sers, exactement ? »
Ariane a claqué la langue, un sourire presque amusé aux lèvres.
« À rien ? L'an dernier, j'ai signé deux contrats qui ont rapporté quoi ?Une centaine de millions au Groupe Celeste ? »
« Et tu crois que sans toi, la boîte s'écroule ?! »
Mireille lui a pointé un doigt au visage.
« Si tu as signé ces contrats, c'est parce que Michel et Bastien étaient derrière toi ! Et en plus, il faut encore te donner une prime énorme ! C'est toi qui profites de tout ici, alors arrête de te prendre pour le centre du monde ! »
« Ça suffit ! »
La voix de Michel a claqué dans la pièce.
« On est une famille, pas un champ de bataille. Calmez-vous. »
« Papa, maman, ne vous énervez pas. Je parlerai à Ariane plus tard... »
« Pas la peine. »
Ariane l'a coupé net.
« Je suis d'accord pour me retirer du projet. »
Bastien a soufflé, soulagé, et il l'a entourée d'un bras avec un sourire.
« Je savais que tu ferais ce qu'il faut. Tu as toujours été raisonnable. »
Ariane s'est dégagée et a laissé échapper un rire bref.
« Raisonnable, oui. Donc facile à avoir aussi. »
Bastien a froncé les sourcils.
« Ça veut dire quoi, ça ? »
Elle l'a regardé droit dans les yeux.
« Que tu m'as menti. »
« Moi ? Quand ça ? »
Ariane a fait une petite moue, faussement vexée.
« Le jour où on est allés enregistrer notre mariage, tu m'avais promis une grande cérémonie. Trois ans ont passé, Bastien. Trois ans. Et j'attends toujours. »
« Tu... tu veux une vraie cérémonie ? »
« Ce n'est pas trop demander, non ? »
« Bien sûr que si ! »
Mireille a coupé sans réfléchir.
« Vous êtes déjà mariés. Depuis trois ans ! Faire une cérémonie maintenant, c'est du gaspillage pur et simple ! »
Ariane s'est tournée vers elle, toujours souriante.
« Sans cérémonie, les gens sont censés deviner comment que je suis la belle-fille de cette maison ? La femme de Bastien ? Imagine quelqu'un qui se fait passer pour moi et moi, je fais quoi ? Je ravale tout en silence ? »
« Mais qu'est-ce que tu racontes encore ?! »
« Bon, je peux me retirer du dossier. Mais je veux une vraie cérémonie. Une grande, une qui fasse parler tout Montbrume. Sinon, inutile d'en discuter. »
« Non mais on te donne un doigt, tu prends le bras ! Tu te rends compte de ce que tu demandes ?! »
Ariane ne l'a même pas laissée finir. Elle a balancé ses couverts sur la table. Le bruit a coupé net la conversation. Les trois Sorel se sont figés, la mine soudain fermée.
Trop longtemps, elle leur avait laissé la place de lui marcher dessus. Trop longtemps, elle avait avalé leurs humiliations sans rien dire.
« Toi... toi... toi... »
« J'ai plus faim. Je monte. »
Ariane s'est levée sans un regard de plus et a pris la direction de l'escalier. Plus question de jouer la parfaite belle-fille : finies les assiettes qu'elle aidait à débarrasser, les fruits qu'elle coupait pour chacun, les soirées où elle restait éveillée malgré la fatigue juste pour leur tenir compagnie.
En arrivant à l'étage, Ariane a aperçu Françoise, une clé à la main, en train d'essayer d'ouvrir la porte de sa chambre avec Bastien.
Un sourire lui a effleuré les lèvres. Elle s'est avancée tranquillement.
« Françoise, qu'est-ce que vous faites ? »
La domestique a sursauté, puis a caché la clé derrière son dos.
« Oh ! Je... je voulais juste nettoyer votre chambre. Mais la porte est bizarrement fermée à clé. »
« Normal. C'est moi qui l'ai verrouillée. »
« Ah... ? »
Ariane a sorti la clé de sa poche et a ouvert la porte devant elle.
« Laissez, allez plutôt vous asseoir dans le petit salon. Je m'en occupe. »
Françoise a fait un pas pour entrer.
Ariane l'a devancée, passant le seuil avant elle, puis s'est tournée pour bloquer l'entrée.
« Je suis épuisée. Je vais me coucher tôt. Pas besoin de nettoyer ce soir. »
Elle n'a pas laissé le temps à Françoise de répondre. La porte s'est refermée d'un coup sec.
Elle s'est retournée et, avec la faible lumière venant de la fenêtre, elle a aperçu une silhouette affolée filer droit vers le dressing.
Amusant.
Très amusant.
Comme quoi, même avec un certificat de mariage en règle, il y en a qui doivent se cacher comme des souris.
Ariane n'a pas allumé la lumière. Elle a traîné volontairement dans le dressing, allant et venant, obligeant la « souris » à se recroqueviller dans l'armoire, sans un souffle, sans un bruit.
Même sous la douche, elle a laissé la porte entrouverte.
Quand elle est ressortie, les cheveux encore humides, elle a remarqué que la porte de l'armoire était légèrement ouverte.
Visiblement, la « souris » avait dû manquer d'air et profiter du moment pour reprendre son souffle.
Elle a mis son pyjama, s'est allongée sur le lit et a simplement fixé l'armoire dans le silence de la pièce.
Elles s'étaient connues au lycée.
Au début, Ariane et Noémie étaient assises côte à côte en cours, puis elles étaient devenues amies, et, au fil des années, leur lien s'était resserré.
Elles avaient passé le bac ensemble, rejoint la même université, partagé des galères, des secrets, et traversé côte à côte toutes leurs années d'études.
Plus tard, quand Ariane était entrée en stage au Groupe Celeste, parmi les stagiaires de sa promotion se trouvait Bastien. À l'époque, elle ne savait pas qu'il était l'héritier de la famille Sorel, pour elle, il n'était qu'un garçon normal, comme elle, comme les autres.
Ils avaient été affectés au même projet, passé leurs journées à courir après les échéances, et parfois leurs soirées à rire bêtement de fatigue. Petit à petit, ils s'étaient rapprochés, jusqu'à tomber amoureux.
Pendant trois ans, leur relation avait avancé sans heurts, jusqu'à cet accident de voiture.
Ce n'est qu'à ce moment-là qu'Ariane avait découvert que Bastien appartenait à la grande famille Sorel.
En pensant à tout ça, Ariane a posé une main sur son bas-ventre.
Sous ses doigts, il y avait cette cicatrice profonde qu'elle connaissait par cœur.
Ce jour-là, ils étaient assis à l'arrière d'un taxi. Quand les barres métalliques, tombées du camion devant, avaient traversé le pare-brise,
elle s'était jetée devant Bastien sans réfléchir. L'une des tiges l'avait transpercée, atteignant son utérus.
Pendant qu'Ariane se remettait de l'opération, c'est elle qui avait fait entrer Noémie au Groupe Celeste.
Et six mois plus tard à peine, c'était Noémie qui se retrouvait à la mairie avec Bastien. Pour une « meilleure amie », elle avait vraiment de la technique.
Tok, tok, tok.
Bastien frappait à la porte.
« Ariane, ouvre la porte. Je te parle ! »
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