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Couverture du roman Manon: L'Amour et la Vengeance

Manon: L'Amour et la Vengeance

Manon, servante méprisée, est livrée par sa famille cupide à un esprit vengeur. Après une éternité de solitude et une trahison mortelle, elle renaît le jour du sacrifice. Elle laisse alors sa sœur prendre sa place auprès du spectre, savourant sa liberté. Mais le comte Armand, obsédé par elle, exécute ses proches et la traque. Pour se libérer de ce lien maudit, Manon s'allie à l'Institut afin d'anéantir ce protecteur sanglant. Maîtresse de son destin, elle brise enfin le cycle.
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Chapitre 2

La Fête de la Musique baignait les rues de la ville dans une cacophonie joyeuse, mais chez les Dubois, le seul son était le cliquetis des clés que mon père, Jean-Luc, agitait avec impatience.

Il était collectionneur d'art, ou plutôt, pilleur de tombes et de demeures oubliées.

Son obsession était sa seule passion, et notre famille n'était qu'un outil pour la servir.

« Manon, dépêche-toi ! L'énergie de la fête est à son comble. C'est le moment parfait. »

Sa voix résonnait dans le couloir.

Je finissais de charger le matériel dans le coffre de notre vieille camionnette.

Des cordes, des lampes torches, des pieds-de-biche.

Pas vraiment l'équipement d'un amateur d'art.

Ma mère, Simone, était assise dans la cuisine, le regard vide.

Elle ne disait jamais rien.

Son silence était une forme d'approbation cruelle.

Mon frère, Antoine, et ma sœur, Clémence, attendaient déjà près de la porte.

Antoine, lâche et égoïste, vérifiait son reflet dans la vitre.

Clémence me lança un regard méprisant.

Elle était la préférée, la jolie, celle pour qui on dépensait sans compter.

Moi, j'étais Manon, la servante.

« Père, tu es sûr pour ce château ? On dit qu'il est hanté », dit Clémence, une fausse inquiétude dans la voix.

« Justement ! » s'exclama mon père. « L'énergie festive de ce soir va neutraliser n'importe quel esprit. C'est de la pure science, ma chérie. Et les légendes sont faites pour éloigner les curieux. Le trésor du Comte de Valois nous attend. »

Je savais que sa "science" était un délire inventé pour justifier sa cupidité.

Mais personne ne le contredisait jamais.

On est montés dans la camionnette.

Le trajet s'est fait en silence, seulement interrompu par les calculs de mon père sur la valeur potentielle de notre future prise.

Le château de Valois se dressait au sommet d'une colline, une silhouette noire découpée sur le ciel du crépuscule.

Il semblait nous observer.

Un frisson a parcouru mon dos.

Ce n'était pas la fraîcheur du soir.

On a forcé une vieille porte en bois sur le côté.

L'air à l'intérieur était lourd, chargé de poussière et d'un froid anormal.

Les lampes torches balayaient les ténèbres, révélant des toiles d'araignées épaisses comme du tissu et des meubles recouverts de draps blancs, semblables à des fantômes.

« Regardez ça ! »

Mon père s'est arrêté devant une petite alcôve, cachée derrière une tapisserie moisie.

Il y avait un coffret en argent, magnifiquement ciselé.

Il était lourd.

« C'est ça, » a-t-il murmuré, les yeux brillants de convoitise. « La fortune. »

Clémence et Antoine se sont approchés, leurs visages avides éclairés par la lumière des lampes.

« Ouvre-le, Père ! Ouvre-le ! » a piaillé Clémence.

Mon père a sorti un petit levier de sa poche et a forcé la serrure.

Un clic sec a retenti dans le silence.

Il a soulevé le couvercle lentement.

À l'intérieur, il n'y avait ni or, ni bijoux.

Seulement une urne en céramique noire, scellée avec de la cire rouge.

« Qu'est-ce que c'est que ça ? » a grogné Antoine, déçu.

Mon père a pris l'urne.

Elle était glaciale.

Sans réfléchir, il a brisé le sceau de cire avec son pouce.

Une fumée noire et glaciale s'est échappée de l'urne en un sifflement sinistre.

La température de la pièce a chuté brutalement.

Nos souffles formaient des nuages de buée.

La fumée s'est condensée pour former une silhouette haute et mince, vêtue d'habits d'un autre âge.

Des yeux rouges et ardents nous fixaient depuis l'obscurité de sa capuche.

L'Esprit Vengeur du Comte Armand de Valois.

La panique a éclaté.

Ma mère a hurlé.

Antoine est tombé en arrière.

Mon père, livide, a laissé tomber l'urne qui s'est brisée sur le sol.

« Qui ose troubler mon repos ? » a grondé une voix qui semblait venir des murs eux-mêmes.

L'esprit a glissé vers nous.

La peur pure, primale, nous a tous paralysés.

« Pitié ! » a supplié mon père. « Nous ne voulions pas vous déranger. Prenez ce que vous voulez, mais laissez-nous ! »

L'esprit a ri, un son sec et sans joie.

« Vous avez souillé ma demeure. Vous avez brisé mon sceau. Le prix est le sang. »

Son regard s'est posé sur chacun de nous.

J'ai vu la terreur dans les yeux de ma famille, puis j'ai vu autre chose.

Un calcul.

Une issue.

« Prenez-la ! » a crié Clémence en me pointant du doigt. « Elle est jeune ! Elle est pure ! »

Mon père a immédiatement saisi l'idée.

« Oui ! Une fiancée ! Une fiancée spectrale pour vous apaiser, noble Comte ! Ma fille, Manon. Elle sera à vous. »

Antoine et ma mère ont hoché la tête vigoureusement, leurs visages unanimes dans la trahison.

Ils m'ont poussée en avant.

Mes pieds ont heurté les débris de l'urne brisée.

Je les ai regardés, un par un.

Mon père. Ma mère. Mon frère. Ma sœur.

Leurs visages étaient des masques de soulagement égoïste.

Ils me sacrifiaient sans une once d'hésitation.

L'esprit s'est approché de moi.

Sa main glacée, à peine tangible, a touché ma joue.

Le froid a brûlé ma peau.

Je ne pouvais ni crier, ni bouger.

J'étais un agneau mené à l'abattoir par ses propres bergers.

« Une fiancée... » a murmuré le Comte. « C'est un début. Acceptez votre sort, mortelle. »

Sa présence m'a enveloppée.

Je pensais que j'allais mourir, être consumée, anéantie.

Mais je ne suis pas morte.

Quand j'ai rouvert les yeux, ma famille avait disparu.

J'étais seule dans le château avec le Comte Armand.

Mon nouveau fiancé.

Mon geôlier.

Les jours qui ont suivi étaient un cauchemar éveillé.

Une existence éthérée, piégée entre le monde des vivants et celui des morts.

Le Comte était une présence constante, un murmure dans mon esprit, une ombre dans mon champ de vision.

Il m'a forcée à explorer le château, à apprendre ses secrets.

Étrangement, au lieu de me tuer, il semblait vouloir me montrer sa puissance.

Il m'a révélé des passages secrets, des chambres cachées remplies de trésors qu'il avait amassés au fil des siècles.

Des piles d'or, des bijoux étincelants, des œuvres d'art d'une valeur inestimable.

« Tout ceci est à moi, » me disait-il. « Et par notre lien, tout ceci est à toi. »

Mais je ne voulais pas de ses richesses.

Je voulais ma vie.

Un jour, alors que le Comte était dans un état de torpeur, j'ai réussi à m'enfuir.

Je suis sortie du château et j'ai couru.

Je ne sais pas comment, mais ma famille a appris ma survie et, surtout, l'existence du trésor.

Ils m'ont retrouvée près des falaises qui surplombaient la mer.

Clémence était en tête.

Ses yeux ne brillaient pas de soulagement, mais de jalousie pure.

« Tu as tout gardé pour toi, » a-t-elle sifflé. « Ce trésor nous revenait à tous. »

« Il n'y a pas de trésor, » ai-je menti, le souffle court. « Juste un monstre. »

« Menteuse ! »

Elle s'est jetée sur moi.

Je n'ai pas eu le temps de réagir.

Ses mains m'ont poussée violemment.

J'ai perdu l'équilibre.

Le ciel a basculé.

Mon dernier regard a été pour ma sœur, son visage tordu par un sourire triomphant.

Puis, il n'y a eu que le vide et le bruit des vagues qui se brisaient en contrebas.

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