
Malia : Le prix du bonheur
Chapitre 2
Son fils était parfait et moi une sombre idiote qui avait fait couler notre foyer.
(Alimata SOW)
-" Tu es une malédiction pour Khalil! Je l'ai toujours dit et je le répéterai toujours. Depuis qu'il est marié avec toi, plus rien ne va!"
Ben voyons!
Cette femme était le diable en personne. Je la regardais seulement s'agiter, je ne voulais pas lui donner l'occasion de dire partout que je lui avais mal répondu ou autre chose dans le genre.
Elle n'avait qu'à parler si ça lui plaisait! Mais moi je jouais la carte de l'indifférence. Elle ne méritait même pas que je prenne le temps de répondre.
Pourtant j'avais mal. Vraiment ses mots me touchaient au plus profond de moi-même. J'étais réellement blessée. Dans ces moments là, je pensais à ma Maman, qui nous disait toujours:
(Roseline ZADIO)
-"C'est pas parce qu'on t'insulte qu'il faut répondre. Il faut parfois apprendre à se taire. On répond aux imbéciles par le silence!"
Avant, je disais que c'était un peu dommage de se taire quand on était certain d'avoir raison, mais je comprenais aujourd'hui que Maman avait totalement raison! Et j'avais fait de cet adage, ma devise!
Je n'avais pourtant pas la langue dans ma poche, loin de là...Mais cette fois, le silence était mon arme de guerre. Alors je la regardais et écoutais Alimata me dénigrer sans broncher.
Alimata était toujours surprise de me voir si calme. Elle chercher seulement à déclencher des disputes entre nous, mais moi je les refusais avec force. Je me faisait violence pour me taire!
Après-tout, Elle n'avait qu'à se disputer seule cette vieille sorcière! Moi, je n'avais pas son temps!
En revanche, entre Khalil et moi c'était tendu! Ça n'allait pas beaucoup mieux. Nous étions sous tension. Ma déception, son orgueil et la proximité avec ses parents avaient eu raison de notre complicité.
Khalil qui me défendait toujours devant ses parents, était devenu le principal accusateur. Il me tapait sérieusement sur le système! Il était mon mari ou pas? On aurait dit que lui-même ne savait plus!
C'est lui qui avait foutu toute cette pagaille dans notre foyer, et il se permettait de me parler comme à un chien mouiller!
Alors quand il dépassait les bornes, je n'hésitais pas à le menacer:
(Moi)
-"Parles-moi encore une fois sur ce ton, et je m'en vais Khalil! Je jure que je m'en vais! Mais qu'est-ce qui te prend bon sang?"
(Khalil)
-"Ah bon? Et tu veux t'en aller où? Tu crois que c'est avec ton salaire de misère que tu vas t'en sortir? Tu crois vraiment ça hein? Et bien vas-y! va-t'en! Bon courage!"
Je ne le reconnaissais plus. Ce n'était plus la même personne, c'était juste un inconnu. Son orgueil le rendait froid et méchant. Je me disais que j'avais bien fait de cacher l'histoire de mon compte épargne. Il n'avait vraiment plus sa tête!
Pour tout vous dire, Khalil et moi nous dormions toujours dans le même lit, mais chacun de son côté, et en ayant bien soin de ne point se toucher pendant la nuit.
C'était stupide je vous l'accorde, mais chacun marquait sa désapprobation. Nous n'avions plus aucune intimité.
Et franchement, je ne le supportais plus. Je ne voulais surtout pas qu'il m'approche.
Moi, je restais à ses côtés par amour et c'est comme ça qu'il me le rendait? Je n'y comprenais rien.
Cette histoire m'avait foutu en l'air. J'avais complètement perdu mon sommeil.
Par chance, l'une de ses deux sœurs, Diéné, m'aimait beaucoup. On s'était toujours très bien entendu.
Elle avait vécu des choses difficiles dans son couple, et venait tout juste de divorcer.
Son mari avait pris une deuxième épouse et elle ne l'avait pas supporter. Elle avait quitté son foyer avec ses deux enfants, avant de demander officiellement le divorce.
Entre nous, je n'ai jamais compris pourquoi Hassan avait eu besoin d'une seconde femme. Diéné était ce genre de femme sur laquelle les gens se retournaient dans la rue. Elle n'était pas jolie, elle était magnifique. Elle était vraiment d'une beauté incroyable.
Pourquoi chercher ailleurs quand vous avez une femme belle, intelligente et aimante? Ça je ne le comprendrais jamais! Les hommes sont un mystère pour moi! Bref...
...Diéné ne supportait pas que son frère se comporte comme son ex-mari, et sa mère comme son ex-belle-mère avec moi.
Je l'entendais les engueuler quand je n'étais pas dans la pièce. Elle croyait être discrète, mais elle était tellement fâchée que sa voix résonnait dans toute la maison.
Un jour, Alimata m'avait rabroué pour je ne sais plus quelle motif. Comme à son habitude, elle s'était énervée contre moi, et Monsieur Khalil qui avait désormais rallié la cause de sa mère, me criait dessus aussi. Diéné s'était vraiment mise en colère:
(Diéné)
-"Mais vous là? Comment vous êtes? Vous pleuriez tous sur mon sort quand Hassan et ma belle-famille me causaient du tord, mais vous, vous vous permettez de faire la même chose à cette pauvre Malia, qui en plus ne vous a absolument rien fait!
Franchement continuez comme ça et vous ne me reverrez plus ici! Tchippp!
Et toi Papa, tu ne dis rien? Tu les laisses faire et tu ne dis rien? Vous êtes abjectes tous les trois!"
Elle était partie en pleurant et en claquant la porte. Elle m'avait ensuite appelé. Nous avions beaucoup discuté et échangé. Diéné m'avait conseillé de partir ailleurs, au moins le temps que son petit frère retrouve ses esprits. Elle allait lui parler sérieusement!
Enfin quelqu'un dans cette famille était de mon côté! J'étais trop contente, Diéné était une bénédiction pour moi. Ça me faisait du bien qu'elle prenne le temps de me défendre.
Malheureusement, elle n'habitait pas avec nous et ne venait que les week-end!
Je me sentais parfois seule. Par honte, je n'avais pas osé parler de cette histoire à ma famille.
J'avais même menti en disant qu'on cherchait à acheter plus près du travail de Khalil et que c'était pour cela qu'on avait vendu la maison.
Personne chez moi ne se doutait que ma belle-famille et Khalil me menaient la vie dure. Ni mes parents, ni mes frères. Je ne voulais pas qu'ils aient une mauvaise image de l'homme que j'aimais.
Et puis, il connaissait Khalil sous un autre jour, et tout le monde l'adorait. Je ne voulais pas que ça change. Je souhaitais protéger l'image de mon couple. Peut-être allait-il retrouver la raison? Ça aurait été du gâchis de le balancer pour rien!
Avec le recul, je me dis que j'aurais peut-être dû en parler, les choses auraient certainement été différentes pour moi. Mais bon, on ne peut pas revenir en arrière...
Même à mon frère aîné Kwadjo, qui était mon confident, je n'avais pas pu dire la vérité. Je les évitais tous soigneusement.
J'avais quand même parlé de ma situation à deux de mes amies: Anita et Bouchra.
Anita était ma collègue de travail. C'était une fille géniale, toujours de bonne humeur et parfois de bon conseil, elle était un peu fofolle.
Anita était métisse italo-Nigériane. J'adorais son accent un peu anglophone. Avec elle, on ne s'ennuyait jamais!
Elle était plus âgée que moi, et était célibataire. Quand je lui racontais mes aventures, elle me disait toujours:
"Tu vois pourquoi je te dis que je préfère être seule, les hommes n'en valent pas la peine!"
En tout cas, avec Anita, les heures de travail passaient plus vite! Mon retour avait été plus facile grâce à elle.
Quant à Bouchra, elle, était ma meilleure amie depuis l'école primaire. On se disait tout, absolument tout!
Elle ne savait pas quoi faire pour moi. Elle n'arrivait même pas à me conseiller sur cette situation puisqu'elle-même était dépassée, elle pleurait souvent avec moi.
Elle connaissait Khalil depuis toujours aussi. C'était mon témoin de mariage. Et j'étais son témoin de mariage.
Bouchra était la soeur que je n'avais pas eu. Avec elle, j'avais fait les 400 coups.
Bouchra était issue d'une famille de sept enfants. C'était la troisième, et comme moi, c'était la seule fille.
Ses parents avaient émigrés depuis le Maroc lorsqu'elle avait à peine quelques mois.
Nos parents habitaient la même rue depuis toujours. Donc on avait juste à traverser pour aller l'une chez l'autre lorsque nous étions enfants.
(Moi)
-" Bou (oui, je l'appelle comme ça depuis toujours) je crois que je vais demander le divorce. "
(Bouchra)
-"Astarfoullah! Ça va pas non la tête!
Mais Malia tu rigoles? C'est seulement une mauvaise période. Soit patiente, Tu verras Dieu va te récompenser."
(Moi)
-"Tu veux dire qu'il m'a complètement oublié oui? Regardes comment je vis Bou? Franchement, qu'est-ce que j'ai fait de mal pour mériter ça?"
(Bou)
-"Attends on va trouver une solution. Sois patiente je t'en supplie. Promets-moi de patienter encore Malia. Le temps qu'il faudra, ok Malia?"
(Moi)
-"D'accord! Tu as peut-être raison"
J'acceptais de patienter pour rassurer Bou, mais au fond de moi je n'étais pas convaincue.
Je sentais que c'était la fin. Il fallait que je sorte de ce trou et vite. Parce que je commençais sérieusement à craquer.
Entre la reprise du travail, mes problèmes conjugaux, et ma belle-mère, je saturais.
J'étais à bout de force psychologiquement et nerveusement, mes nerfs étaient en train de lâcher.
MALIA: Le prix du bonheur - Partie 3
Souvenirs, Souvenirs
Cela faisait déjà huit mois que mon petit ange était parti, et deux mois et demi que nous avions perdu notre maison.
Ma vie chez les beaux-parents était difficile et contrariante.
D'après Alimata, je ne cuisinais jamais comme il fallait, je ne savais pas faire le ménage. Je n'avais aucune classe et je m'habillais comme une demeurée .... Enfin comme d'habitude elle avait toujours quelque chose de méchant à me dire.
Khalil avait un peu retrouvé ces esprits, il était un peu plus sympa avec moi.
Diéné lui avait parlé et lui avait passé un sacré savon:
(Diéné)
-" Khalil il faut que tu te reprennes. Tu sais Malia souffres, si elle reste c'est à cause de ce qu'elle ressent pour toi. Franchement, je suis très déçue par ton attitude.
Non seulement tu fais des conneries, et en plus tu la maltraites sans raison? C'est plus possible!
Et puis, tu dois parler à Yaye, elle n'a pas le droit de se comporter comme ça. C'est ta mère pas sa coépouse! "
Zeinab qui avait appris notre situation l'avait appelé aussi depuis Dakar. Elle lui avait dit ses quatre vérités et il en avait eu pour son compte.
Elle lui avait demandé de régler cette situation au plus vite avant qu'elle ne voyage pour tous les rabotés. Elle m'avait ensuite téléphoné:
(Zeinab)
-"Bon écoutes Malia! Ne t'occupes pas de Maman. Continues à l'ignorer comme tu fais. Parfois, je ne sais pas ce qu'elle cherche. C'est ma propre mère, mais je la trouve trop... Bon je n'ai pas de mot! Walaye Malia je ne comprends pas.
Tu sais, nous sommes toute des femmes, la vie de couple c'est pas évident deh! Les problèmes ne manque jamais! Moi-même, ici je me bats avec Lansana pour réussir notre union.
Mais le plus important ma chérie, c'est que tu puisses récupérer ta vie de couple!
Sois courage ma soeur, et tant que ton cœur aime supporte"
(Moi)
-"Merci Zeinab. Ça m'a fait du bien de t'entendre."
Dans mon grand malheur, j'avais le soutien de mes belles-sœurs. C'était sans prix!
Khalil craignait ses deux grandes sœurs, bien plus que ses parents. Elles étaient comme ses petites mamans. Alors il avait fait ce qu'il fallait pour me reconquérir. Enfin, il essayait...
Parce que, moi, personnellement je ne savais pas trop quoi penser. Il m'avait tellement déçu ces derniers temps que je n'arrivais plus à lui faire confiance.
Pourtant Khalil essayait, il essayait vraiment. Et il en faisait même un trop. Il me demandait mille fois par jour comment j'allais. Ce trop plein d'attention commençait à m'agacer.
Bien sur, comme toute les femmes j'appréciais que mon mari s'intéresse à moi, mais la complicité avait disparu. Quelque chose n'allait pas.
Dans mon fort intérieur quelque chose me lançait une alerte. Non pas que ça sonnait faux, il avait vraiment l'air sincère, mais moi j'étais maintenant différente et très méfiante. Pourtant j'aimais toujours mon mari.
Comment avions-nous pu en arriver là? Tout était parfait. Notre vie était parfaite. Enfin peut-être pas complètement, mais on était vraiment bien tous les deux.
Je me souviens encore du temps où l'on s'est rencontré.
À l'époque j'avais 14 ans, j'étais folle amoureuse de David, un copain de Khalil. J'avais le béguin, mais lui n'en avait que faire de moi.
Vous savez comment sont les garçons à 14 ans, immatures, et joueurs. Il ne pensait qu'aux copains et au sport.
Khalil avait accepté de m'aider en donnant un petit mot que j'avais préparé pour David. Et ce dernier m'avait officiellement dit qu'il ne m'aimait pas. J'étais triste, et c'est encore ma chère et douce Bou qui m'avait consolé.
Et à force de côtoyer Khalil, Bou et moi, nous étions devenues amies avec lui.
Puis au lycée, nous nous sommes retrouvés tous les trois dans la même classe. C'est là qu'il a commencé à me montrer qu'il s'intéressait à moi.
Nous avons naturellement commencé à sortir ensemble, et au bout de quelques mois nous étions inséparables, c'était déjà l'amour fou.
Au départ, je faisais un peu la maline, je ne voulais pas être avec lui. Je le voyais plus comme un ami. Et puis, c'était compliqué pour moi. Ma mère me surveillait trop. Elle disait toujours:
(Roseline Zadio)
- " Vous les enfants d'Europe, vous ne savez pas vous comporter! Si vous voulez suivre les gens d'ici et vous comporter comme des petits blancs mal éduqués... je vous renvoie au village. Là-bas au moins, on se chargera de votre éducation".
Et entendez par éducation, éducation à l'ancienne. Où les filles font à manger, le ménage, pas de télé! Une vie de fille du village de chez nous quoi! Pour les garçons (j'ai trois grands frères) la menace c'était les travaux des champs. Alors pas question de se faire expédier au village pour toujours!
Maman était très à cheval sur l'éducation. Elle avait quitté l'Afrique, mais l'Afrique ne l'avait pas quitté!
Moi, j'ai grandit en France, à Saint Michel-sur-Orge. À trente minutes seulement de Paris. Alors, l'Afrique je connaissais mais que pendant les vacances d'été!
Nous avons évolué dans un quartier résidentiel, dans un joli pavillon de banlieue.
J'ai eu la chance que mes parents aient les moyens. Papa était ingénieur agronome, et maman infirmière. Nous avons toujours eu ce qu'il nous fallait mes trois frères et moi. Mais alors, il ne fallait pas toucher aux traditions! Ça non!
Quoique Papa était un peu plus souple et ouvert que Maman. Elle, tout ce qui l'intéressait c'est qu'on réussisse nos études et qu'on construise une jolie petite famille.
J'avais seulement 15 ans, et il était hors de questions que je lui dise que j'avais un petit copain. Elle m'aurait étranglé sur place et sans pitié!
J'en avais quand même parlé à Kwadjo, mon frère aîné. J'étais très proche de lui, et il m'avait très vite conseiller d'attendre un peu, et de voir si l'histoire allait durer avant d'en parler.
(Kwadjo)
- " Quoi qu'il arrive soeurette, je te soutiens, mais ne fais pas n'importe quoi où maman en mourra. Tu le sais Malia! Vois d'abord comment ça évolue et puis si ça va on le dira aux parents. Mais t'as intérêt à être clean, sinon t'es morte!"
Kwadjo savait toujours comment me parler. Et il avait raison au bout de trois ans j'étais toujours avec Khalil. Plus amoureuse que jamais!
Nous venions d'avoir notre bac et on avait fêter ça très joyeusement.
J'étais en seconde année de BTS en comptabilité, et lui était à la fac de droit. Tout se passait pour le mieux.
Mes autres frères étaient aussi au courant de l'histoire que je vivais avec Khalil. Et finalement, au bout de presque cinq ans de relation, mes parents l'avaient appris aussi.
De toutes les façons je ne parlais que de lui, je ne vivais que pour lui. Et lui pour moi. Ils s'en doutaient un peu.
Quand j'ai eu vingt et mon BTS en poche, Khalil a demandé ma main à mon père. Celui-ci lui a fait tout un cérémonial. Papa était tellement protocolaire que ça en devenait barbant!
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