
Ma Vengeance au-delà du Tombeau
Chapitre 2
Romane POV
Il y eut un temps où Philippe, mon père, n'était pas l'homme qu'il est devenu. Un temps où la fortune n'avait pas encore déformé son âme, où l'amour n'était pas une monnaie d'échange. Mais ce temps est lointain, presque une légende que même mon fantôme a du mal à se souvenir.
Nicole. Elle était son premier amour de jeunesse. Une flamme ardente qu'il avait cru éteinte le jour où elle l'avait quitté. Elle avait choisi un homme plus riche, une voie plus facile. C'était sa nature.
Sa famille, les Leger, l'avait toujours rabaissé. Un simple fils de paysan, sans fortune, sans lignée. Ils ne le croyaient pas digne de leur précieuse Nicole. Ces mots, je les ai entendus mille fois, même après ma mort, résonnant dans les murs de ce château.
Puis ma mère est arrivée. Ma mère, avec sa fortune, son nom, son domaine viticole ancestral. C'est sur son argent, son héritage, que Philippe a bâti son empire, le Cru Classé qui l'a fait roi à Bordeaux. Il n'a jamais admis que son succès venait d'elle. Il s'en est attribué tout le mérite, comme un usurpateur.
Ma mère était une femme forte. Elle avait vu le potentiel en lui, la flamme. Elle avait cru pouvoir le tempérer, le guider. Elle s'était trompée.
Un jour, le destin a frappé. Ma mère est tombée malade, une maladie foudroyante qui l'a emportée en quelques mois. Je me souviens de ses yeux, perdus, alors qu'elle me serrait une dernière fois. Elle savait. Elle savait qu'elle me laissait seule avec un homme qui n'était plus le sien.
Peu de temps après, Nicole a divorcé. Un hasard ? Je ne crois pas aux coïncidences. Pas dans cette famille.
Je l'ai vue revenir. Une ombre élégante glissant dans nos vies, comme un serpent charmant. Elle l'a reconquis avec une facilité déconcertante. Mon père, aveuglé par ce "grand amour" retrouvé, n'a rien vu. Ou n'a rien voulu voir.
Nicole et sa fille, Floria, ont emménagé. Ma chambre, mon espace, mes jeux, tout a été envahi. Floria, avec ses grands airs d'influenceuse, a commencé à se croire chez elle. Elle a pris mes affaires, mes robes. Comme si j'étais un fantôme avant l'heure.
Leur objectif était clair. Pas seulement mon père. Mais tout ce que ma mère m'avait laissé. Mon héritage. Ma place.
Floria avait des yeux d'envie pour tout ce qui m'appartenait. Surtout un objet. Un collier.
« Oh, ce collier Cartier, il est magnifique, Romane ! » Sa voix était mielleuse, trop mielleuse. « Mon père ne veut jamais m'en offrir un comme ça. »
Mon père, assis à table, a immédiatement réagi. « Chérie, je t'en achèterai un tout neuf, bien plus beau ! » Il souriait, ce sourire qu'il ne me réservait jamais.
Floria a fait semblant de rougir, un regard innocent vers le collier autour de mon cou. « Non, papa, c'est celui de Romane. C'est... c'est spécial. » Elle m'a regardée avec un sourire prédateur.
J'ai serré le collier. C'était le seul souvenir palpable de ma mère, son dernier cadeau avant sa mort. « Non, Floria. C'est à moi. Ma mère me l'a laissé. »
J'ai expliqué l'histoire du collier, comment ma mère me l'avait donné le jour de ses douze ans, me disant que c'était un trésor de famille qui me protégerait. Ma mère. Elle avait pressenti le danger. Elle m'avait prévenue.
« Fais attention, ma chérie. Tout n'est pas ce qu'il semble. Les gens changent. »
Je n'avais pas compris à l'époque. Pas vraiment. Maintenant, chaque mot de ma mère résonnait comme un avertissement tragique.
J'espérais que mon père comprendrait l'importance de ce collier. L'importance de ce lien avec ma mère. Je l'ai regardé, cherchant une étincelle de reconnaissance.
Il a haussé les épaules. « Un vieux bijou. Je t'en offrirai un autre, Romane. Floria le veut. Donne-le-lui. » Sa voix était plate, dénuée de toute émotion.
Mon père avait changé. Il n'était plus l'homme que j'avais connu. Il était un étranger, un monstre.
J'ai reculé, le collier fermement dans ma main. « Non. Jamais. »
Ses yeux sont devenus jaunes. Une lueur féroce que je n'avais jamais vue auparavant. Ses poings se sont serrés. « Gardes ! » a-t-il hurlé.
J'ai su. C'était la fin. Je ne pouvais pas le laisser faire. Pas ça. J'ai brisé le fermoir du collier, les perles se sont éparpillées sur le sol en marbre, roulant comme des larmes. Un petit cliquetis. Un son définitif.
J'ai eu un rire amer. Il ne l'aurait pas. Personne ne l'aurait. La satisfaction était une épine froide dans mon cœur brisé.
Mon père était fou de rage. Il a ordonné aux gardes de ramasser chaque perle. De réparer le collier. Et de le donner à Floria.
Le collier a été réparé. Floria l'a porté, avec un sourire triomphant. Elle le manipulait maladroitement, comme un jouet neuf et fragile.
Trois jours plus tard, l'incident est arrivé.
Floria, s'ennuyant dans mon ancienne chambre à jouer avec un fer à lisser, le même fer à lisser qu'elle m'avait volé, a eu ce qu'elle a appelé « un accident. » Le fer a pris feu. Les rideaux ont flambé.
La fumée s'est propagée, piégeant Floria dans ma chambre, ma propre chambre qui avait été prise.
Les détecteurs de fumée ont hurlé dans tout le manoir, une cacophonie stridente.
Toute la maisonnée est accourue.
« Papa ! » Le cri de Floria a percé le mur de fumée juste avant qu'elle ne s'évanouisse.
Mon père, tel un héros, a foncé dans les flammes, sauvant sa « fille » au péril de sa vie.
Les pompiers sont arrivés, puis les médecins. Le feu a été maîtrisé. Floria n'avait que des brûlures légères. Mon père était indemne.
Quand Floria a repris conscience, elle a joué la victime parfaite. « Romane... Romane m'a fait ça... Elle a trafiqué le fer à lisser... »
Mon père était pris d'une rage que je n'avais jamais vue. Ses yeux étaient injectés de sang. « Elle a trafiqué le fer ? »
J'ai protesté, ma voix pleine de désespoir. « Non ! Je n'ai rien fait ! »
Il m'a giflée. La douleur a explosé dans mon visage, mais mon cœur était déjà brisé. C'était un coup de grâce.
Le personnel s'est détourné, les yeux baissés. Personne n'a bougé. Personne n'a dit un mot.
Nicole est intervenue, sa voix douce, mais ses yeux froids. « Philippe, mon amour, nous devrions la calmer. »
« La calmer ? » Mon père a rugi. « Elle a failli tuer ma fille ! »
Il m'a traînée par le bras, mes pieds raclant le sol, jusqu'au sous-sol.
Là, il a sorti le fouet d'argent. Un objet de torture ancien, transmis de génération en génération. Fait d'argent pur, il laissait des cicatrices qui ne guérissaient jamais vraiment.
« Pour ton insolence, Romane. Pour tes mensonges. Pour avoir touché à ma Floria. » Sa voix était glaciale. « Tu vas apprendre. »
Le premier coup a claqué. Une douleur inouïe. Mon âme, déjà chancelante, a crié.
Les coups se sont succédé, dessinant des croix sur mon dos. Des marques d'argent brûlant.
Après le sixième coup, je suis tombée, mes forces m'abandonnant.
« Emmenez-la au sauna ! » a ordonné mon père, sa voix résonnant dans la pièce sombre. « Laissez-la là-bas. Trois heures. Toutes les trente minutes, quelqu'un montera la température. Et personne n'ouvre la porte. Pas un mot ! »
Ils m'ont traînée, à moitié consciente, vers le pavillon de la piscine.
La porte s'est refermée. Un clic sinistre.
Le premier jet de vapeur brûlante m'a frappée. Mon âme, affaiblie par le fouet, n'a pas pu me protéger.
À chaque bouffée de chaleur, j'ai senti mon énergie s'évanouir. La chair brûlait. L'odeur de mes propres cheveux, de ma peau rôtie, remplissait l'air.
J'ai supplié. Pour de l'eau. Pour de l'aide. Ma voix n'était qu'un filet.
Personne n'est venu.
Le cinquième jour. Mon âme a lâché, la première.
Et puis, Romane, mon corps, a cessé d'exister.
J'ai vu mon corps se décomposer. Liquide chaud s'infiltrant dans les fissures de la pierre.
Le personnel a senti l'odeur. Mais personne n'a osé défier mon père. Personne n'a osé ouvrir.
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