
Ma fiancée PDG
Chapitre 2
La nuit était glaciale et humide, et chaque pas que je faisais semblait peser une tonne. Ma valise roulait derrière moi, produisant un bruit sourd sur les pavés. Mes pensées tournaient en boucle, le souvenir de Thomas et Élisa me hantant à chaque seconde. Comment avais-je pu être si aveugle ? Une larme roula sur ma joue, puis une autre, jusqu'à ce que je sois incapable de les retenir.
Je me retrouvai devant la porte d'Anna, ma seule amie en qui j'avais encore confiance. Elle m'avait souvent dit que Thomas ne méritait pas mon dévouement, mais comme une idiote, j'avais refusé de l'écouter. Maintenant, je me demandais si elle avait vu ce que moi, je refusais de voir.
J'appuyai sur la sonnette, hésitante. La porte s'ouvrit presque immédiatement, révélant Anna en pyjama, un masque en argile verte sur le visage et une tasse de thé à la main.
- Camille ? Mon dieu, qu'est-ce qui t'arrive ?
Je restai là, incapable de prononcer un mot. Ses yeux se posèrent sur ma valise, puis sur mes joues humides, et elle comprit immédiatement. Elle posa sa tasse et me tira à l'intérieur sans un mot, refermant la porte derrière moi.
- Assieds-toi, dit-elle en me guidant vers son canapé.
Je m'effondrai sur le coussin moelleux, mon visage entre mes mains. Anna s'assit à côté de moi, son masque d'argile craquelant légèrement alors qu'elle fronçait les sourcils.
- D'accord, explique-moi. Qu'est-ce qu'il a fait, cet imbécile ?
Je pris une profonde inspiration, mais ma voix se brisa lorsque je tentai de répondre. Entre deux sanglots, je réussis à lui raconter ce que j'avais vu. Les mots semblaient me brûler la gorge.
- Élisa ? s'écria-t-elle, choquée. Ta meilleure amie ? Et enceinte, en plus ? Mais c'est une blague ?
Je secouai la tête, incapable de répondre. Anna bondit de son siège et commença à faire les cent pas dans le salon.
- Cet homme est un crétin fini ! Je t'avais dit qu'il était louche. Et Élisa... Sérieusement ? C'est quoi son problème ? Elle veut voler ta vie ou quoi ?
Je ne répondis pas. Une part de moi était d'accord avec elle, mais une autre part... Une autre part voulait juste comprendre où j'avais échoué.
- Pourquoi ? murmurai-je. Pourquoi ils m'ont fait ça ?
Anna s'arrêta net et planta ses mains sur ses hanches, me regardant comme si j'étais folle.
- Pourquoi ? Parce qu'ils sont pourris jusqu'à la moelle, voilà pourquoi ! Écoute-moi bien, Camille, ce n'est pas toi le problème. C'est eux. Ces deux-là se sont trouvés, et franchement, ils se méritent.
Je laissai échapper un petit rire amer.
- Peut-être que je suis naïve, soufflai-je. Peut-être qu'il avait raison.
Anna grogna de frustration et alla chercher un verre d'eau qu'elle me tendit.
- Camille, arrête ça tout de suite. Tu n'as rien fait de mal. D'ailleurs, si tu veux mon avis, ce Thomas n'a jamais été à la hauteur.
Ses mots firent écho dans ma tête. Avait-elle raison ? Avais-je ignoré des signes évidents, trop occupée à idéaliser notre relation ? Les souvenirs commencèrent à affluer, et je les revis comme des fragments d'un film que je n'aurais pas voulu voir.
Je me rappelai des soirées où Thomas rentrait tard sans explication, des messages qu'il effaçait rapidement, des compliments qu'il lançait à Élisa sur sa "robe qui mettait si bien en valeur ses courbes". J'avais ri à l'époque, pensant que c'était innocent. Mais maintenant... tout prenait un sens. Comment avais-je pu être aussi aveugle ?
- Tu sais quoi, Anna ? C'est fini, dis-je finalement, la voix plus ferme. Je refuse d'être une victime.
Anna sourit, un sourire fier qui me réchauffa un peu le cœur.
- Voilà ce que je voulais entendre. Tu es bien plus forte que ça, Camille. Et pour te prouver que ta vie ne s'arrête pas là, j'ai une idée.
Elle disparut dans la cuisine et revint avec une bouteille de vin. Après avoir rempli deux verres, elle se rassit près de moi.
- Il y a un gala la semaine prochaine, organisé par Adrien Morel.
Je levai un sourcil, intriguée.
- Adrien Morel ? Le type qui possède la moitié des immeubles de Paris ?
- Oui, celui-là. C'est un de mes clients. Enfin, disons que je connais quelqu'un qui travaille pour lui, et j'ai réussi à choper une invitation. Tu devrais venir avec moi.
Je secouai la tête, peu convaincue.
- Anna, je viens de découvrir que mon fiancé me trompait avec ma meilleure amie. Tu crois vraiment que j'ai envie de me pavaner dans un gala de riches ?
- Justement, répliqua-t-elle en souriant malicieusement. Quoi de mieux pour leur montrer que tu n'as pas besoin d'eux ?
Je restai silencieuse, considérant sa proposition. Une part de moi voulait rester cachée, pleurer sous une couverture jusqu'à ce que la douleur disparaisse. Mais une autre part, plus audacieuse, voulait prouver que j'étais plus forte que ça.
- Bon, d'accord, dis-je finalement. Mais si je déteste ça, je te tiens pour responsable.
Anna éclata de rire et leva son verre.
- Marché conclu. À ta renaissance, Camille.
Je levai mon verre à contre-cœur, me demandant dans quelle folie je venais de m'embarquer. Mais au fond, une petite voix me disait que c'était peut-être exactement ce dont j'avais besoin.
Cette nuit-là, après que nous ayons fini la bouteille de vin, Anna me prêta un pyjama et me fit un lit dans sa chambre d'amis. Alors que je m'allongeai, épuisée mais étrangement apaisée, je ne pouvais m'empêcher de penser à ce gala.
Qui était vraiment Adrien Morel, cet homme que tout le monde semblait craindre et admirer à la fois ? Et pourquoi avais-je l'impression que ma vie allait prendre un tournant inattendu ?
La lumière des lustres de cristal baignait la salle dans une lueur dorée, tandis que les notes douces d'un quatuor à cordes résonnaient dans l'air. Les conversations animées des invités se mêlaient au tintement des flûtes de champagne, créant une ambiance à la fois élégante et intimidante. Je tirai légèrement sur la robe que m'avait prêtée Anna, sentant son tissu glisser sur ma peau comme une promesse de renaissance. Pourtant, malgré l'éclat de cette soirée, un nœud persistait dans mon estomac.
- Respire, Camille, murmura Anna à côté de moi en ajustant son décolleté. Tu es magnifique. Personne ne va deviner que tu ne fais pas partie de ce monde.
Je jetai un coup d'œil autour de moi, tentant de me fondre dans le décor. Les femmes portaient des robes qui semblaient sorties tout droit des pages d'un magazine, et les hommes, dans leurs smokings impeccables, discutaient de sujets qui m'échappaient complètement. Chaque détail de cette soirée me rappelait que je n'étais qu'une intruse.
- Si quelqu'un me demande ce que je fais là, je suis foutue, dis-je à voix basse en m'efforçant de sourire.
Anna éclata de rire et me donna un léger coup de coude.
- Tu sous-estimes ton charme. Fais confiance à ton instinct. D'ailleurs, regarde-moi ces bijoux, c'est indécent. Elle désigna une femme dont le collier semblait valoir plus que mon ancien appartement.
Je laissai échapper un rire nerveux, mais une partie de moi était reconnaissante de la légèreté qu'Anna apportait à cette soirée. Alors que je sirotais timidement ma coupe de champagne, une agitation soudaine attira mon attention. Les murmures se propagèrent dans la salle comme une onde.
- C'est lui, chuchota Anna en suivant mon regard. Adrien Morel.
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