
L'Ultime Revanche de la Bouc Émissaire
Chapitre 3
Antoine, quand je l'ai finalement confronté, a à peine cillé. Il m'a regardée, puis les papiers du divorce que j'avais posés sur son bureau, comme s'il s'agissait d'une nouvelle espèce d'insecte curieuse, bien qu'incommode. Il les a simplement repoussés vers moi. Il ne pouvait pas le concevoir. Mon départ était inimaginable pour lui.
Il était si profondément ancré dans l'illusion que je l'aimais inconditionnellement, que ma dévotion inébranlable était un élément permanent de sa vie. Il se souvenait de chaque fois que je l'avais défendu contre les critiques de son grand-père, de chaque nuit tardive où je l'avais attendu, de chaque petit sacrifice que j'avais fait pour m'intégrer dans son monde rigide. Il a pris mon désir désespéré d'acceptation pour un amour profond. Il voyait mon silence maintenant, mon immobilité, comme un caprice temporaire.
« Juliette, ne sois pas ridicule », a-t-il dit, sa voix plate, dépourvue de toute émotion sincère. Il a jeté un coup d'œil à sa montre. « Je suis en retard pour une réunion. Nous pourrons en discuter… plus tard. » Il s'est levé, me renvoyant ainsi que les papiers avec la même indifférence désinvolte qu'il aurait pour un rendez-vous oublié. « Signe juste ces papiers pour l'événement caritatif, s'il te plaît. Mon assistante sera là sous peu pour les récupérer. »
Il n'avait même pas regardé le contenu du document. Il croyait vraiment que j'étais incapable d'intention sérieuse, que ma colère n'était qu'une tempête passagère. Il n'avait aucune idée de ce qui allait arriver.
Je n'ai pas argumenté. Je n'ai pas supplié. Je me suis juste retournée et je suis sortie de son bureau. La certitude froide qui s'était installée dans mon cœur était maintenant une résolution d'acier.
J'ai immédiatement appelé mon avocat. Puis, j'ai appelé mes parents. Ils ont été choqués, bien sûr, mais après avoir entendu la version abrégée des événements, ils ont étonnamment exprimé plus de soulagement que de déception. Ma mère, pragmatique comme toujours, a simplement dit : « Juliette, ma chérie, tant que tu es heureuse, c'est ce qui compte. Nous nous occuperons des retombées sociales. »
Plus tard dans la soirée, l'hôtel particulier des de la Roche était un champ de bataille. Le grand-père Elzéar, un homme dont la seule présence pouvait faire flétrir les simples mortels, avait convoqué Hélène. L'air crépitait de sa fureur à peine contenue. Je me tenais dans l'embrasure de la porte du salon, observatrice silencieuse, regardant le drame se dérouler.
« Tu épouseras l'homme que j'ai choisi pour toi, Hélène », a tonné Elzéar, sa voix résonnant dans la pièce opulente. « Assez de ces bêtises. Ta réputation est déjà en lambeaux. »
Hélène, étonnamment provocante, a croisé les bras. « Je ne le ferai pas ! Je ne serai pas exhibée comme une jument de concours, Grand-père. Je choisis ma propre voie. »
Le visage d'Elzéar est devenu d'un rouge dangereux. « Tu choisis ta propre voie ? Tu choisis le scandale et la disgrâce ! Tu choisis de mettre cette famille dans l'embarras ! » Il a levé la main, et je me suis préparée, mais il l'a simplement giflée sur la joue, un son sec et cinglant qui a percé le silence.
Hélène a haleté, sa main volant vers son visage, ses yeux grands ouverts de choc et de douleur. « Tu m'as frappée ! »
« Et je le referai si tu n'obéis pas ! » a rugi Elzéar.
Antoine, qui se tenait rigidement près de la cheminée, a soudainement bougé. Il s'est interposé entre Hélène et son grand-père, son corps un bouclier. « Grand-père, arrête ! Tu ne poseras pas la main sur elle ! » Sa voix était basse, mais empreinte d'une intensité dangereuse.
« Antoine ! » a crié Hélène, sa voix tremblante, et elle s'est accrochée à son bras, enfouissant son visage contre son épaule. « Il me déteste ! Il m'a toujours détestée ! »
Antoine l'a serrée fort, son regard fixé sur son grand-père, une pure défiance dans ses yeux. « Tu ne lui feras pas de mal, Grand-père. Plus jamais. »
Elzéar a regardé Antoine, puis Hélène, qui pleurait maintenant doucement dans la veste de costume d'Antoine. « C'est précisément pour ça que je l'ai envoyée au loin ! Cette dévotion contre nature ! Cette… obsession ! » Il a fait un geste ample entre eux. « Tu crois que je ne le vois pas, Antoine ? La façon dont tu perds toute raison quand elle est près de toi ? »
Antoine a tressailli, un léger resserrement de sa mâchoire. Il a fermé les yeux un bref instant, comme s'il menait une guerre intérieure.
Puis, Elzéar a tourné son regard furieux vers moi, là où je me tenais, spectatrice silencieuse. « Et toi, Antoine ! Tu prétends être un mari dévoué, et pourtant tu laisses cette… cette femme, déchirer notre famille ! Ton mariage avec Juliette est une imposture ! Une blague ! »
Soudain, les yeux d'Antoine se sont ouverts brusquement. Son regard s'est verrouillé sur le mien, vif et calculateur. Mon souffle s'est bloqué. Il m'a vue. Et dans ses yeux, je n'ai pas vu de confusion, mais une suspicion soudaine et naissante.
Il a relâché Hélène, qui l'a regardé avec des yeux remplis de larmes, confuse. Il a marché vers moi, ses pas mesurés, délibérés. Mon cœur battait la chamade contre mes côtes. Que faisait-il ?
Il m'a atteinte, sa main se tendant, non pas pour blesser, mais pour me tirer près de lui, possessivement. Il a enroulé son bras autour de ma taille, pressant mon corps contre le sien. Ses lèvres ont effleuré mon oreille, un murmure d'une froideur glaçante. « Joue le jeu, Juliette. Ou tu le regretteras. »
Mon esprit a vacillé. La cruauté désinvolte, la manipulation flagrante. Il m'utilisait, encore une fois, comme un accessoire, pour sauver son image, pour détourner les accusations de son grand-père.
Il s'est tourné vers Elzéar, son bras toujours serré autour de moi, sa voix calme, résolue. « Mon mariage n'est pas une imposture, Grand-père. Juliette est ma femme. Mon choix. » Il a pressé un baiser possessif sur ma tempe, une démonstration publique d'affection conçue uniquement pour le bénéfice d'Elzéar. C'était froid et calculé, mais le contact physique a provoqué une étrange secousse en moi.
Je suis restée raide dans son étreinte, complètement déconcertée. Était-ce… du remords ? Une soudaine lueur d'affection réelle ? Mon cœur, malgré tout, a eu un petit battement insensé. Pouvait-il vraiment se battre pour moi ? Pour nous ?
Puis il a parlé, sa voix portant juste assez pour qu'Hélène et Elzéar entendent, mais ses yeux ne quittant jamais les miens, un avertissement silencieux dans leurs profondeurs. « Hélène est heureuse. Elle a accepté ma proposition d'une vie calme et privée. Plus de grands événements pour elle. Ma femme choisit la paix. » Les mots étaient un message à peine voilé à Hélène, une promesse d'un avenir ensemble, loin des regards indiscrets de la famille, une vie que je ne faisais que faciliter.
L'ironie amère de tout ça. Il m'utilisait pour promettre un avenir à Hélène, un avenir qui l'impliquait, mais sans le regard du public. Il utilisait ma présence, notre « mariage », pour rendre cela possible. Il était si magistral, si subtil, dans sa tromperie. Et moi, une fois de plus, j'étais la complice involontaire.
Il a resserré son emprise sur moi, sa bouche maintenant près de mon oreille. « Un mot, Juliette, et je ferai en sorte que tu le regrettes. » C'était un avertissement, une exigence de mon silence.
Je voulais crier. Je voulais me battre. Mais la rage était froide, pas chaude. Elle s'est solidifiée en une résolution silencieuse. Je le détestais. Je le détestais pour sa manipulation, pour sa trahison, pour avoir fait de moi un pion dans son jeu tordu. Et je me détestais encore plus pour le fugace moment d'espoir que j'avais entretenu. Il voulait mon silence ? Très bien. Il l'aurait. Mais ce ne serait pas le silence de l'acceptation. Ce serait le silence d'une femme qui en avait fini.
Je me suis simplement dégagée de son étreinte, mes yeux aussi froids que les siens. Il a semblé surpris, mais je m'en fichais. Je ne serais pas son accessoire, plus maintenant. Pas même pour un instant. J'ai quitté la pièce, les murmures étouffés d'Elzéar et d'Hélène s'estompant derrière moi.
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