
L'orpheline délaissée, son indifférence cruelle
Chapitre 3
Adélie PDV :
Le mail est arrivé ce matin-là. Une confirmation. J'avais été acceptée pour le programme de recherche à Lyon. Un contrat de trois ans, avec option d'extension. J'avais enfin une date, une destination, une raison de partir.
La nuit précédente, Léopold et Lise. Leurs rires, leurs murmures. Mon estomac se soulevant, mon cœur se brisant. Il avait choisi. Encore. La dernière goutte.
J'ai commencé à faire mes valises, ne prenant que l'essentiel. Mes livres, mes notes de recherche, quelques vêtements. Tout le reste, les robes de créateurs, les bijoux, les cadeaux de Léopold, tout ce qui représentait la « Tétrault », resterait. Je ne voulais rien de ce monde-là.
En fouillant dans le fond d'un tiroir, ma main a trouvé un album photo. Notre mariage. Léopold et moi, souriant devant la foule. Des photos de nos premières années, quand je m'accrochais encore à un espoir fou. J'ai parcouru les pages, mon cœur serré. Une larme solitaire a coulé sur ma joue. C'était la fin. La vraie fin. Pas un nouveau départ, mais une libération.
J'ai déchiré les pages, une par une. Puis, sans hésitation, j'ai jeté l'album dans la poubelle.
Je n'étais plus un spectateur de ma propre vie. Je ne serais plus jamais leur ombre.
Les jours suivants ont été un tourbillon de travail acharné. J'ai plongé tête première dans mes recherches, mes pensées absorbées par les protéines et les molécules. Le temps a filé. J'étais presque prête. Le divorce serait finalisé dans une semaine.
Le téléphone a vibré sur mon bureau. Léopold. J'ai hésité. Puis j'ai répondu.
« Adélie ? Où es-tu ? » Sa voix était tendue.
« Au laboratoire, bien sûr. Où veux-tu que je sois ? » J'ai essayé de garder ma voix neutre.
« Je suis devant. Descends. »
J'ai obtempéré. Sa voiture, une de ses berlines noires imposantes, était garée devant le bâtiment. Je suis montée à l'arrière. L'odeur familière de son parfum, mélangée à celui de Lise, m'a frappée.
« Pourquoi tu ne rentres pas à la maison ? » a-t-il demandé, son regard dans le rétroviseur.
« J'ai beaucoup de travail », ai-je répondu, la même mélodie.
« Lise était inquiète pour toi. Elle pensait que tu étais malade. »
J'ai eu un rire bref et amer. « Lise ? Inquiète pour moi ? C'est une blague. »
Il a levé un sourcil, surpris par ma causticité. « Tu as changé, Adélie. »
J'ai fermé les yeux, faisant semblant de dormir. Je ne pouvais plus supporter cette conversation.
Quelques jours plus tard, alors que je faisais des courses, une envie étrange m'a prise. Des fraises, hors saison, et des cornichons. Mon estomac s'est tordu. Une crampe. Une sensation de malaise lancinante.
Et mon cycle. Il était en retard. De plusieurs semaines.
Mon cœur a commencé à battre la chamade. Non. Pas ça. J'ai acheté un test de grossesse en pharmacie.
Le résultat a été sans appel. Deux lignes. Mon monde s'est effondré.
Le médecin a confirmé. Six semaines. Six semaines. Mon esprit est remonté à cette nuit où Léopold avait signé les papiers. La nuit où il m'avait touchée.
Paniquée, j'ai tenté de l'appeler. Pas de réponse. J'ai conduit à l'hôpital où il travaillait souvent avec son père pour les œuvres de bienfaisance de la famille. En entrant, j'ai vu Léopold, au loin. Sa main était posée sur le ventre de Lise. Ils riaient.
Mon sang s'est glacé. Mon corps entier s'est figé.
Puis j'ai entendu la voix d'un médecin. « Madame Romain, la grossesse se déroule parfaitement. Félicitations. »
Un vertige. Mes jambes ont flanché. J'ai percuté une infirmière, la seringue s'est brisée au sol.
« Adélie ! » La voix de Léopold. Il s'est précipité vers moi. « Qu'est-ce que tu fais ici ? Tout va bien ? »
J'ai serré ma petite pochette, où se trouvait l'échographie, contre ma poitrine. « Non, je… je suis venue pour une consultation. Un contrôle de routine. »
Lise est apparue derrière Léopold, un sourire radieux sur le visage. Elle tenait une petite image entre ses doigts. « Regarde, Léo ! Notre bébé ! »
Mes yeux se sont posés sur l'écran. Un petit haricot. Mon haricot. Mais ce n'était pas le mien. C'était le leur.
Léopold a voulu parler, mais Lise lui a coupé la parole. « Chéri, le médecin nous attend. Tu dois lui poser toutes tes questions. » Elle a glissé sa main dans la sienne, puis lui a chuchoté quelque chose à l'oreille. Léopold a hoché la tête, un regard de regret dans ma direction.
Je me suis retournée, les larmes brouillant ma vision. Je l'ai vu me regarder, un éclair de quelque chose dans ses yeux. De la culpabilité ? Du regret ? Mais il est parti avec Lise. Toujours Lise.
Je n'avais plus de plan. Plus d'échappatoire. Ce bébé… Ce n'était plus juste moi. C'était nous deux. Et je ne pouvais pas le laisser grandir dans leur ombre.
Je n'avais nulle part où aller.
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