
L'Illusion Virtuelle, La Réalité Douloureuse
Chapitre 3
Je suis restée figée derrière l'arbre, incapable de bouger. Mes yeux lisaient et relisaient l'annonce dorée qui flottait encore dans le ciel. Un « Baiser Éternel ». C'était l'objet le plus cher et le plus rare de la boutique du jeu, un symbole d'engagement ultime. Il l'avait offert à une autre. Devant moi, l'avatar de Marc se rapprochait de celui de Sophie, et une pluie de pétales de fleurs de cerisier virtuels tombait sur eux. C'était une scène magnifique, une scène que j'avais rêvée de vivre avec lui. La douleur était si vive, si réelle, qu'elle a traversé l'écran et m'a frappée en plein cœur.
Des souvenirs ont afflué dans mon esprit. Je me suis souvenue de la nuit où Marc m'avait nommée sous-chef de la guilde. Il m'avait dit : « PrincesseFleur, avec toi à mes côtés, je me sens invincible. Tu es mon bras droit, ma confidente, ma partenaire. Ne me quitte jamais. » Il m'avait promis une place éternelle à ses côtés, un trône à côté du sien. J'avais passé des nuits blanches à organiser des raids, à recruter de nouveaux membres, à gérer les conflits internes, tout ça pour lui, pour notre guilde. Et maintenant, il me remplaçait sans même un mot.
Le pire dans tout ça, c'était l'ironie de la situation. Dans la vie réelle, Marc Dubois était le PDG de la société qui avait créé « Rêves de Chevalier ». Et moi, Léa Dupont, j'étais l'une de ses employées, une illustratrice freelance qui travaillait sur les nouvelles extensions du jeu. Il m'avait engagée pour mon talent, sans jamais savoir qui j'étais vraiment. J'avais participé à des réunions en visioconférence avec lui, la caméra éteinte, ma voix légèrement modifiée par un logiciel. Il avait loué mon travail, mon professionnalisme, ignorant totalement qu'il parlait à la femme qu'il méprisait en ligne.
Je me souvenais d'une réunion, il y a quelques semaines. Il avait l'air distrait, son regard perdu dans le vague. Un de ses assistants lui avait demandé si quelque chose n'allait pas. Marc avait soupiré et dit : « Ce n'est rien. Juste... des souvenirs. » Plus tard, j'ai appris par des rumeurs de bureau que son ancienne petite amie, Sophie Martin, était de retour en ville après trois ans passés à l'étranger. À l'époque, je n'avais pas fait le lien. Maintenant, tout était clair. BelleOrchidée, c'était Sophie.
Sophie avait été sa petite amie bien avant la création du jeu. Ils s'étaient rencontrés à l'université. Marc était fou amoureux d'elle. Des collègues plus anciens racontaient qu'il avait créé « Rêves de Chevalier » pour elle, pour un monde où ils pourraient être ensemble pour toujours. Mais elle l'avait quitté pour un homme plus riche et avait déménagé à l'étranger. Pendant toutes ces années, Marc était resté obsédé par son souvenir. Mon existence, notre relation virtuelle, n'avait été qu'un pansement sur une vieille blessure, un substitut en attendant le retour de la vraie reine. Je n'étais qu'un placeholder.
Mon téléphone a vibré. C'était une notification du forum du jeu. Le fil de discussion sur moi avait explosé. La nouvelle du « Baiser Éternel » s'était répandue comme une traînée de poudre.
« Hahaha ! Je le savais ! ChevalierSansPeur l'a enfin larguée ! »
« BelleOrchidée est de retour ! La vraie déesse est là ! PrincesseFleur peut aller se cacher dans son trou. »
« Elle n'a que ce qu'elle mérite. Qui croyait vraiment qu'elle était sa petite amie ? Elle était juste là pour faire le sale boulot. »
Les mots étaient comme des pierres, me lapidant publiquement. Je me suis sentie nue, humiliée, exposée au monde entier. J'ai arraché le casque de ma tête, les larmes brouillant ma vue. La douleur était insupportable.
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