
L'Honneur Bafoué, L'Amour Retrouvé
Chapitre 3
Chloé Lambert savourait son effet, son regard balayant l'audience choquée. Elle a continué, sa voix montant d'un cran, chaque mot calculé pour infliger le plus de dégâts possible.
« Il m'appelait sa petite lumière dans la grisaille. Il disait que j'étais la seule qui le comprenait vraiment, » a-t-elle lancé, une fausse larme brillant au coin de son œil. « Il en avait marre de cette vie de secrets, de cette façade de famille parfaite. Il voulait tout plaquer pour moi, pour notre bébé. »
C'était grotesque. Mon père était un homme de devoir, un homme qui plaçait l'honneur et la discrétion au-dessus de tout. L'idée même qu'il se confie à cette créature vulgaire était une insulte à sa mémoire.
Soudain, un homme au fond de la salle s'est levé. C'était un journaliste à scandales que je reconnaissais, un de ceux qui se nourrissent du malheur des autres.
« Mademoiselle Lambert dit vrai ! » s'est-il exclamé. « Je les ai vus ensemble plusieurs fois. Ils avaient l'air très proches. Monsieur Dubois semblait très heureux. »
Un complice. Bien sûr. Elle n'était pas venue seule. La nausée m'a prise. C'était une opération médiatique, une embuscade soigneusement préparée. Les flashs des téléphones crépitaient maintenant sans retenue. La cérémonie de deuil s'était transformée en conférence de presse sordide.
Ma patience a volé en éclats.
« Assez ! » ai-je crié, ma voix résonnant contre les murs. « Sortez d'ici. Tous les deux. C'est un service funéraire privé. Vous n'avez rien à faire là. »
Je me suis avancée vers elle, le cœur battant à tout rompre. J'avais envie de la gifler, de lui arracher ce sourire satisfait du visage.
Chloé n'a pas reculé. Au contraire, elle a bombé le torse.
« Tu me menaces ? » a-t-elle dit, sa voix devenant soudainement dure, venimeuse. « Fais attention, ma petite. Je ne suis plus une simple citoyenne. Je suis la mère de l'héritier Dubois. J'ai des droits. Mes avocats vont vous contacter dès demain. On va faire un test de paternité. Sauf si, bien sûr, vous préférez un arrangement à l'amiable. »
La menace était claire. Elle ne voulait pas d'un test. Elle savait qu'il prouverait son mensonge. Elle voulait de l'argent. Elle voulait nous faire chanter en utilisant la menace du scandale public.
Je me suis figée. Le test de paternité. C'était le piège. Si nous refusions, cela passerait pour un aveu de culpabilité aux yeux du public. Si nous acceptions, ils devraient exhumer le corps de mon père. Et même si le test ADN prouvait qu'il n'était pas le père, la question resterait : pourquoi un agent secret français décoré aurait-il une liaison avec une influenceuse ? Le mal serait fait. L'honneur de mon père serait sali à jamais.
Et il y avait le secret. Le vrai secret. La stérilité. Si nous révélions cela pour prouver son innocence, nous trahirions sa confiance la plus profonde. C'était une blessure d'homme, une blessure de soldat, qu'il avait cachée toute sa vie, même à ses plus proches collaborateurs de l'agence. Le révéler, c'était l'humilier à titre posthume, le présenter au monde non pas comme un héros, mais comme un homme diminué. Et cela mettrait l'agence dans une position impossible, forcée d'admettre qu'un de ses agents d'élite avait une condition médicale secrète.
Je me sentais prise au piège. D'un côté, l'humiliation publique et le chantage. De l'autre, la trahison de la mémoire de mon père. Chloé Lambert le savait. Elle lisait le dilemme sur mon visage et son sourire s'est élargi. Elle tenait notre famille en otage. Mon regard s'est tourné vers ma mère, dont le visage était un masque de douleur et d'impuissance. Je devais trouver une sortie, n'importe laquelle, pour nous extirper de ce cauchemar.
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