
L'héritière des deux empire du milliardaire
Chapitre 3
Cette conversation me laissa troublée, un mélange de colère et d'excitation tourbillonnant en moi. Lucas savait comment me manipuler, mais il avait aussi révélé plus qu'il ne le pensait. Je sentais qu'un tournant s'approchait, que ma vie, aussi imparfaite soit-elle, était sur le point de basculer.
Alors que je regagnais ma chambre, un souvenir enfoui refit surface. Une image floue, une femme dont le visage m'échappait, mais dont la voix douce et rassurante résonnait dans ma tête.
« Camille », murmurais-je sans savoir pourquoi ce nom me venait à l'esprit.
Était-ce un indice ? Une pièce du puzzle que mon esprit avait tenté d'oublier ?
Lucas, malgré ses jeux et ses sous-entendus, semblait être la clé. Mais à quel prix devrais-je découvrir la vérité ?
L'aube se levait à peine, et pourtant mes pensées tournaient déjà en boucle, m'empêchant de trouver le moindre repos. Après ma discussion avec Lucas, j'avais la sensation que chaque regard posé sur moi dans le manoir Leroux cachait un jugement, une vérité tue, un non-dit lourd de conséquences. Je n'étais plus sûre de ce qui était réel ou de ce qui relevait de mes propres paranoïas. Mais une chose était claire : Lucas avait ouvert une porte, et je devais absolument savoir où elle menait.
Je descendis au rez-de-chaussée dans l'espoir de croiser Lucas. Il avait promis des réponses, mais comme toujours, il était insaisissable, flottant quelque part entre l'arrogance et le mystère. Le salon, baigné d'une lumière pâle, semblait étrangement silencieux. Seuls quelques murmures venaient de la cuisine où la gouvernante s'affairait.
« Lucas est là ? » demandai-je à mi-voix, espérant ne pas attirer l'attention de Marie.
La gouvernante me regarda avec un mélange de curiosité et de réticence. Elle essuya ses mains sur son tablier avant de répondre. « Il est parti tôt ce matin. Une affaire importante, paraît-il. »
Une affaire importante ? Cela ne ressemblait pas à Lucas. Curieuse, je montai dans son bureau, un espace qu'il affectionnait mais qu'il laissait toujours dans un désordre caractéristique. À ma grande surprise, je trouvai un carnet ouvert sur le bureau. Les premières pages étaient couvertes de gribouillis presque illisibles, mais une note attira mon attention :
**Contact : Julie Fournier, journaliste - Archives Moreau.**
Mon cœur manqua un battement. Était-ce une piste ? Je pris le carnet avec précaution, sachant que Lucas pourrait remarquer son absence, mais je n'avais pas le choix. Il fallait que je trouve cette Julie Fournier.
***
Quelques heures plus tard, je me trouvais dans un café discret de la ville, un lieu que Lucas fréquentait parfois. Assise à une table, j'attendais nerveusement. Julie Fournier avait accepté de me rencontrer après un coup de fil rapide et direct. Elle n'avait pas posé trop de questions, mais sa voix était empreinte d'une curiosité professionnelle.
Lorsqu'elle entra, je la reconnus immédiatement : une femme d'une quarantaine d'années, les cheveux noués en un chignon pratique, un regard vif derrière des lunettes légèrement teintées. Elle s'approcha de ma table avec assurance.
« Vous devez être Aline », dit-elle en s'asseyant sans attendre d'invitation.
« Oui. Merci d'être venue. »
Julie posa son sac sur la table, en sortit un carnet et un stylo. « Lucas m'a parlé de vous... vaguement. Vous voulez en savoir plus sur les Moreau ? »
Je hochai la tête, hésitante. « Il m'a dit qu'il y avait un lien entre eux et moi. Mais il reste très flou. Je ne sais même pas par où commencer. »
Julie eut un léger sourire, mi-amusé, mi-complice. « Les Moreau... C'était une famille très influente, il y a plusieurs décennies. Mais leur histoire est remplie de zones d'ombre. »
Elle feuilleta son carnet avant de continuer. « Ils ont connu un déclin brutal après un scandale impliquant une affaire de détournement de fonds. La rumeur dit qu'ils ont été ruinés par un ennemi puissant. »
Je fronçai les sourcils, essayant de relier ces informations à ma propre existence. « Et... pourquoi Lucas s'y intéresse-t-il autant ? »
Julie haussa les épaules. « Ça, je ne peux pas vous le dire. Mais je sais qu'il y a un dossier sur les Moreau dans les archives municipales. Si vous voulez en savoir plus, je peux vous aider à y accéder. »
Mon instinct me disait de lui faire confiance, même si la prudence restait de mise. « Merci. Toute aide sera précieuse. »
***
De retour au manoir, je tombai nez à nez avec Marie dans le couloir menant à ma chambre. Son expression était froide, presque glaciale. Elle semblait savoir que quelque chose avait changé.
« Où étais-tu ? » demanda-t-elle sans préambule.
Je pris une grande inspiration, essayant de rester calme. « Je suis sortie, c'est tout. »
« Sortie ? » Elle croisa les bras, son regard perçant. « J'espère que tu n'es pas en train de t'égarer, Aline. Tu as tout ce qu'il te faut ici. Il serait stupide de chercher ailleurs. »
Son ton était à peine voilé de menace, mais je refusai de me laisser intimider. « Peut-être que je veux juste comprendre certaines choses sur moi-même. »
« Il n'y a rien à comprendre », répliqua-t-elle sèchement. « Tu es ici, avec nous. C'est tout ce qui compte. »
Je sentis la colère monter en moi, mais je me retins de répondre. Ce n'était pas le moment de provoquer un affrontement direct.
***
Ce fut une semaine plus tard que tout bascula à nouveau. Un matin, alors que la gouvernante déposait le courrier sur la table du salon, une enveloppe attira mon attention. Elle était épaisse, d'un papier crème élégant, et portait mon nom en lettres cursives : **Mademoiselle Aline Leroux**. Mais ce n'était pas l'écriture de Marie, ni celle de Lucas.
Intriguée, je pris l'enveloppe et l'ouvris avec précaution. À l'intérieur, une lettre manuscrite :
**Chère Aline,**
**Il est temps pour vous de découvrir la vérité. Votre présence est requise au domaine des Moreau. Venez seule.**
Le tout était signé d'un nom inconnu. Mais ce qui retint mon attention, c'était le sceau en bas de la page : un symbole complexe représentant un arbre et une balance.
Je relevai la tête, croisant le regard de Lucas, qui venait d'entrer dans la pièce. Un sourire énigmatique flottait sur ses lèvres.
« Alors, tu as reçu l'invitation ? » dit-il simplement.
Mon cœur battait à tout rompre. Que signifiait cette lettre ? Et pourquoi Lucas semblait-il déjà tout savoir ?
Le papier de l'invitation était encore entre mes doigts tremblants. Je relisais les mots à voix basse, comme si je m'attendais à ce qu'ils changent ou prennent un sens différent. Le domaine des Moreau. Cette simple mention évoquait une cascade de mystères et de questions. Était-ce un piège ? Une promesse ? Lucas se tenait à quelques pas de moi, appuyé nonchalamment contre le chambranle de la porte, un sourire énigmatique flottant sur ses lèvres.
- Alors, Aline, qu'est-ce que tu comptes faire ? murmura-t-il, les bras croisés sur son torse. Tu sais ce que ça pourrait provoquer ici, si tu acceptes.
- Qu'est-ce que tu veux dire ? répondis-je, feignant une assurance que je ne ressentais pas. Tu sais quelque chose que je ne sais pas ?
Lucas haussa les épaules, l'air faussement détaché. Il jouait avec le bouton de sa chemise, un tic nerveux que j'avais appris à reconnaître.
- Disons que si tu y vas, tu n'en reviendras pas tout à fait la même, dit-il après un moment de silence. Les Moreau... ils ne sont pas comme nous.
- Nous ? répétai-je, irritée par son ton condescendant. Et qu'est-ce que ça veut dire, Lucas ? Tu parles comme si tu savais tout, mais tu ne dis jamais rien clairement.
Il éclata de rire, un rire sec, sans chaleur.
- Peut-être parce que c'est plus amusant de te voir découvrir par toi-même, répliqua-t-il avant de tourner les talons. Mais ne dis pas que je ne t'ai pas prévenue.
Il quitta la pièce, me laissant seule avec mes doutes. Ce sourire énigmatique qu'il portait me hantait déjà, comme un spectre moqueur. Mais malgré ses avertissements, ou peut-être à cause d'eux, je savais que ma décision était prise. Je devais y aller. Rester ici, cloîtrée dans l'ombre de Marie Leroux, c'était mourir à petit feu. Je ne pouvais pas supporter plus longtemps les regards glaciaux de cette femme, ni son contrôle omniprésent sur ma vie.
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