
L'Héritage Maudit des Dubois
Chapitre 3
Le lendemain matin, quand Pierre est entré dans la chambre, j'ai fait semblant de dormir. Je l'ai entendu se doucher, s'habiller. Le son de ses pas, qui m'avait autrefois rassurée, me donnait maintenant la nausée. En le regardant dans le miroir alors qu'il ajustait sa cravate, je n'ai vu qu'un étranger. L'homme que j'avais aimé avait disparu, remplacé par cette marionnette cupide et faible. L'amour que j'avais pour lui s'était transformé en un mépris glacial. Dans mon cœur, notre relation était terminée, morte et enterrée.
Pour s'assurer que le "plan" se déroule sans accroc, ma mère, Mireille, a instauré un véritable régime de terreur dans la maison. Elle a prétexté que j'avais besoin de repos pour me "remettre de mon chagrin" et m'a confisqué mes clés de voiture et mon téléphone portable.
« C'est pour ton bien, ma chérie. Tu as besoin de calme, loin des distractions du monde extérieur. »
Ses paroles étaient mielleuses, mais son regard était dur comme de l'acier. J'étais prisonnière dans cette immense maison, transformée en cage dorée. Les domestiques avaient reçu l'ordre de ne pas me laisser sortir et de lui rapporter tous mes faits et gestes. Je voyais la pitié dans leurs yeux, mais la peur les empêchait de m'aider.
Chaque soir, le même rituel macabre se répétait. Après le dîner, un repas tendu où personne ne parlait, Mireille adressait un regard entendu à Pierre.
« Sophie ne se sent pas très bien ce soir. Elle a des nausées. Tu devrais aller voir si elle a besoin de quelque chose, Pierre. »
Et Pierre, docile, se levait et se dirigeait vers la chambre de ma sœur. Parfois, Sophie lui prenait le bras en passant devant moi, me jetant un regard triomphant. Ils ne se cachaient même plus. Ils prenaient plaisir à mon humiliation.
Je passais mes nuits seule dans le grand lit froid, à écouter les bruits de la maison, à imaginer ce qui se passait dans l'autre chambre. La rage et le chagrin me consumaient, mais je les gardais au fond de moi, les transformant en une énergie froide et calculatrice. Je devais être patiente. Mon heure viendrait.
Les journées étaient longues et vides. On m'interdisait l'accès au bureau de Louis, là où se trouvaient les ordinateurs et les téléphones fixes. Je n'avais que Zoé. Elle était ma seule lumière dans ces ténèbres. Je passais des heures à jouer avec elle dans sa chambre, à lui lire des histoires, essayant de la protéger de l'atmosphère toxique de la maison. Mais les enfants sont des éponges. Elle sentait la tension.
« Maman, pourquoi Tonton Pierre ne dort plus avec nous ? » m'a-t-elle demandé un jour, avec son innocence désarmante.
« Il aide Tatie Sophie parce qu'elle est un peu malade, mon trésor. »
C'était le meilleur mensonge que j'avais pu trouver.
Un mois plus tard, la nouvelle est tombée. Nous étions à table pour le déjeuner. Sophie, qui n'avait presque rien mangé, a soudain porté la main à sa bouche et s'est précipitée vers les toilettes. Mireille l'a suivie, un sourire aux lèvres.
Quelques minutes plus tard, elles sont revenues, rayonnantes.
Mireille a posé ses mains sur les épaules de Sophie, qui avait les joues rouges et un air de fausse modestie.
« Nous avons une merveilleuse nouvelle à vous annoncer. Notre plan a fonctionné. Sophie est enceinte. »
Pierre a levé les yeux vers moi, un mélange de culpabilité et de soulagement sur le visage. Il pensait probablement que le pire était passé. Il se trompait lourdement.
Mireille a sorti une bouteille de champagne du réfrigérateur.
« Il faut fêter ça ! À l'héritier de la famille Dubois ! »
Le bruit du bouchon qui saute a résonné dans la pièce comme un coup de pistolet. Ils ont trinqué, leurs verres s'entrechoquant joyeusement. Leurs rires, leurs sourires, tout cela était une insulte à ma douleur. J'étais assise au milieu de leur célébration, invisible, un fantôme dans ma propre maison.
Je suis restée silencieuse, mon visage impassible. Mais à l'intérieur, une tempête faisait rage. La graine de ma vengeance venait d'être plantée. Et j'allais l'arroser avec leurs larmes.
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