
L'Éveil d'une Âme Trahie
Chapitre 3
Le chauffeur de M. Lacroix est sorti de la voiture, un homme massif en costume noir qui n'avait pas l'air de plaisanter. Chloé a commencé sa tirade, jouant la confusion et l'innocence.
« Oh mon Dieu, je suis tellement désolée ! Je ne sais pas ce qui m'a pris, j'étais... j'étais éblouie par le soleil ! »
L'homme n'a même pas cillé. Il a sorti son téléphone, a pris des photos des dégâts sous tous les angles, puis a appelé la police.
Chloé n'avait pas prévu ça. Dans ses romans, le PDG sortait lui-même de la voiture, subjugué par la beauté maladroite de l'héroïne. Dans la réalité, la vitre teintée de l'arrière de la Rolls-Royce n'a même pas bougé.
La police est arrivée rapidement. Après un bref interrogatoire et un test d'alcoolémie (négatif, bien sûr, tout était calculé), ils ont embarqué Chloé au poste pour conduite dangereuse et délit de fuite potentiel, car elle n'avait pas ses papiers sur elle.
Le téléphone de la maison a sonné une heure plus tard. C'était Chloé, depuis le commissariat.
« Maman ? Papa ? Venez me chercher ! Il y a eu un petit problème. Vous devez payer la caution et parler à l'agent. Et aussi, appelez un bon avocat ! M. Lacroix va sûrement vouloir me poursuivre, c'est comme ça qu'ils font dans les histoires, il faut que je sois prête ! »
Sa voix était légère, presque excitée, comme si elle était l'héroïne d'une aventure palpitante.
Mon père a pris le téléphone. Sa voix était plate, sans aucune émotion.
« Chloé, tu as vingt-deux ans. Tu es majeure. Débrouille-toi. »
Il a raccroché.
Un silence de mort s'est installé dans le salon. Ma mère fixait le téléphone, les larmes aux yeux, mais elle n'a rien dit. Elle a juste serré la main de mon père. La décision était prise.
Chloé a dû passer la nuit en cellule. Le lendemain, elle est rentrée à la maison en taxi, furieuse.
« Vous m'avez laissée là-bas ! Vous vous rendez compte de la honte ? J'ai dû appeler une amie pour payer ma caution ! Qu'est-ce qui vous prend ? »
« Ce qui nous prend, Chloé, » a répondu ma mère, sa voix tranchante, « c'est que nous en avons assez. La voiture est à ton nom. L'assurance ne couvrira pas un acte délibéré. La facture pour les réparations de la Rolls-Royce va arriver. Elle sera pour toi. »
Chloé a éclaté de rire. Un rire incrédule et méprisant.
« Mais c'est absurde ! D'où voulez-vous que je sorte cet argent ? C'est à vous de payer ! C'est le rôle des parents ! »
« Notre rôle était de t'éduquer, » a rétorqué mon père. « Nous avons échoué. Maintenant, notre rôle est de survivre. Trouve un travail. »
« Un travail ? » a-t-elle craché, comme si le mot lui-même était une insulte. « Mais vous ne comprenez rien ! C'est un investissement ! Antoine va voir à quel point je suis spéciale, différente des autres femmes qui ne s'intéressent qu'à son argent. Il va payer les réparations lui-même et il va m'épouser ! Je vais devenir Madame Lacroix ! Et vous, vous continuez à vous préoccuper de stupides factures ! »
Elle nous a regardés avec pitié, comme si nous étions des idiots incapables de voir son plan génial. Elle a tourné les talons et est montée dans sa chambre en claquant la porte.
Quelques jours plus tard, la facture est arrivée. Cent douze mille euros. Mon père l'a posée sur la table de la cuisine sans un mot, puis il est allé dans la chambre de Chloé et l'a glissée sous sa porte.
Elle n'a jamais mentionné la facture. Elle a continué à vivre dans son monde, passant ses journées à lire des romans en ligne et à faire des recherches sur Antoine Lacroix, planifiant sa prochaine « rencontre fortuite ».
Elle a commencé à me regarder de travers.
« Pendant que je construis notre avenir, toi, tu perds ton temps avec tes livres de droit. Tu devrais m'aider. Tu es ma sœur. »
« Je construis mon avenir, Chloé, » lui ai-je répondu calmement. « Toi, tu creuses ta propre tombe. »
Elle a ricané.
« Tu es juste jalouse. Tu verras, quand je serai dans mon manoir avec mon mari milliardaire, tu regretteras de ne pas avoir été plus gentille avec moi. »
Sa nouvelle opportunité s'est présentée sous la forme d'un gala de charité organisé par le groupe Lacroix. Les billets d'entrée coûtaient une fortune. Bien sûr, elle est venue nous voir.
« J'ai besoin de deux mille euros pour le billet, et d'au moins autant pour une robe. C'est crucial. »
« Non, » a dit mon père.
Elle a essayé les larmes. Elle a essayé la colère. Elle a essayé la culpabilité. Rien n'a fonctionné. Nous étions devenus des murs de pierre.
Elle a fini par vendre le sac de luxe qu'elle s'était acheté avec l'argent de ses grands-parents pour acheter son billet. Pour la robe, elle a utilisé une vieille carte de crédit que mon père avait oubliée d'annuler.
Le soir du gala, elle était magnifique. Radieuse. Complètement folle.
Nous l'avons regardée partir, et pour la première fois, je n'ai ressenti aucune anxiété. Juste une froide curiosité.
Le lendemain matin, elle n'était pas rentrée. À midi, l'hôpital a appelé.
Chloé s'était introduite dans la soirée. Elle avait réussi à approcher Antoine Lacroix alors qu'il discutait avec des partenaires commerciaux. Elle lui avait renversé une coupe de champagne dessus, encore une de ses stratégies de roman.
M. Lacroix ne l'a pas trouvée charmante. Il l'a regardée avec un dégoût glacial et a demandé à la sécurité de la faire sortir.
Elle a résisté. Elle a crié qu'ils étaient faits l'un pour l'autre, qu'il ne pouvait pas lui faire ça. Dans la bousculade pour l'expulser, elle a trébuché et a dévalé une volée de marches en marbre.
Résultat : un bras cassé et de multiples contusions.
Quand nous sommes arrivés à l'hôpital, elle était dans son lit, le bras dans le plâtre, mais elle souriait.
« Il s'est inquiété pour moi, » a-t-elle dit, les yeux brillants. « J'ai vu dans son regard. Il a fait ça pour me tester. Pour voir si mon amour était assez fort. »
J'ai regardé mes parents. Leurs visages étaient des masques de lassitude. Le chemin allait être encore plus long que ce que nous avions imaginé.
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