
L'Étreinte Mortelle Du Destin
Chapitre 3
Ma première action fut d'envoyer un email anonyme au directeur de l'École Normale Supérieure, Monsieur Leclerc. L'email était court et direct, soulevant simplement des doutes sur la légitimité de la candidature de Chloé Dubois et suggérant une vérification approfondie. Je savais que Leclerc, un homme obsédé par la réputation de son institution, ne pourrait ignorer une telle allégation, même anonyme.
Deux jours plus tard, j'ai reçu une convocation. Pas seulement moi. Chloé et nos parents adoptifs aussi. Nous devions tous nous présenter dans le bureau du directeur. C'était le début de la confrontation.
Le bureau de Monsieur Leclerc était intimidant, avec ses murs recouverts de boiseries sombres et de portraits d'anciens directeurs. Il était assis derrière son immense bureau, le visage grave. Chloé et les Dubois étaient déjà là, jouant leur rôle à la perfection. Chloé avait les yeux rouges, comme si elle avait pleuré. Madame Dubois la tenait par le bras, l'air protecteur et indigné. Monsieur Dubois se tenait droit, le menton haut, prêt à défendre l'honneur de sa famille.
« Mademoiselle Dubois », a commencé Leclerc en me regardant froidement. « Ou devrais-je dire, Léa. Nous avons reçu des informations troublantes. Des allégations selon lesquelles vous seriez l'auteur de ce dossier exceptionnel, et que votre sœur aurait usurpé votre place. »
Avant que je puisse répondre, Chloé a éclaté en sanglots.
« C'est faux ! C'est elle la menteuse ! Elle a toujours été jalouse de moi ! »
Madame Dubois a enchaîné, sa voix tranchante.
« Monsieur le Directeur, c'est une honte ! Léa a toujours eu des problèmes psychologiques. Elle ne supporte pas la réussite de sa sœur. Nous avons des documents qui prouvent que c'est Chloé qui a suivi ce parcours d'excellence. »
Elle a posé une liasse de faux bulletins scolaires et de certificats sur le bureau. Des faux que j'avais déjà vus dans ma vie précédente, des faux si bien faits qu'ils avaient trompé tout le monde.
Puis, la porte s'est ouverte. Romain Chevalier est entré. Mon ami d'enfance. Celui qui avait grandi avec moi à la campagne, avant l'adoption. Celui qui savait tout de ma passion pour la science. Mon cœur s'est serré. Dans ma vie précédente, il avait été mon seul soutien, jusqu'à la fin.
Mais Chloé l'avait manipulé. Je l'ai vu dans son regard. Il m'a regardée avec une profonde déception.
« Romain, dis-lui », a supplié Chloé, sa voix tremblante. « Dis-lui qui de nous deux passait ses nuits à étudier. »
Romain a baissé les yeux, puis a parlé d'une voix sourde.
« C'est vrai, Monsieur le Directeur. Ces derniers mois, j'ai souvent vu Chloé travailler tard. Léa... elle semblait distante, préoccupée par autre chose. »
Chaque mot était un coup de poignard. Il croyait à son mensonge. Chloé avait dû passer des semaines à le séduire, à lui faire croire qu'elle partageait notre passion d'enfance.
Le coup de grâce est venu de nos parents. Monsieur Dubois s'est avancé, le visage dur.
« Nous sommes ses parents. Nous savons qui est notre fille. Chloé est notre fierté. Léa est... une source de problèmes. »
Madame Dubois a ajouté, avec une cruauté calculée.
« Il y a un moyen très simple de régler ça. Un moyen infaillible de savoir qui est notre vraie fille. »
Un silence s'est installé dans la pièce. Elle savourait son effet.
« Notre Chloé, notre vraie fille, a une cicatrice. Une petite marque de naissance en forme de croissant de lune sur l'épaule gauche. Léa, elle, n'en a pas. »
Je l'ai regardée, glacée. C'était leur piège final. Un piège qu'ils avaient préparé méticuleusement. La cicatrice n'existait pas. Pas avant. C'était une invention, une marque qu'ils avaient dû créer pour solidifier leur mensonge. Et je savais, avec une certitude terrifiante, que si on vérifiait, Chloé aurait cette marque. Et moi non.
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