
L'Esprit de Sagesse
Chapitre 3
Chapitre 2La rencontre
La patience est, à ce que l’on dit, la plus noble des vertus, et le Capitaine Crochet qui avait soif de vengeance l’avait cultivée au cours des mois suivants. Monsieur Mouche lui avait révélé une chose qui changeait absolument tout, mais il voulait être sûr de réussir, donc son plan nécessitait qu’il soit patient.
Il avait de nouveau un bateau, moins grand et imposant que le Jolly Roger mais c’était mieux que de vivre dans une vulgaire cabane mal construite.
Les garçons perdus jouaient à cache-cache avec les Indiens puis chassaient les animaux, Peter passait tout son temps avec David, Clochette et Lily la Tigresse à discuter de choses et d’autres. Plus personne n’entendait parler des pirates, ils restaient sagement sur leur navire sous les ordres du Capitaine qui effectuait pendant 5 mois une balade nocturne, avant de revenir à l’aube.
En réalité, Crochet attendait le retour de Dome Nature pour pouvoir s’adresser à lui, il en avait le droit car selon la loi toute personne vivant sur l’île pouvait obtenir un moment privé avec le cristal géant. Une apprentie de l’ancienne fée alchimiste pirate s’était lié d’amitié avec le Capitaine fou et lui ouvrait chaque année le passage vers la Vallée des fées, où se trouvait le miroir magique à l’intérieur duquel se dressait l’immense Crystal Pan, avec qui il avait de vives mais très instructives conversations.
Cela faisait partie de son plan tordu, personne n’était au courant même pas Mouche, qui était en piteux état et avait toutes ces cicatrices sur le corps.
Il fallait rester le plus discret possible pour que le pirate puisse avoir toutes ses chances de réussir, peut-être à la fin pourra-t-il obtenir ce qu’il désire depuis si longtemps et enfin pouvoir partir du Pays Imaginaire.
Peter Pan et ses compagnons n’avaient aucune idée de ce qu’il se préparait contre eux, le Chef de l’île ne voulait pas l’avouer mais il s’ennuyait à mourir. Depuis le départ de Jimmy, les années étaient passées et rien ne change, tout était toujours pareil tous les jours, sauf les moments où il rendait visite à son père ou à son vieil ami et qu’il voyait son fils Daniel. Car il est connu de tous que Peter Pan adore les bébés, et il fut un temps où il s’en occupait à merveille. Ses amis eux étaient et seraient toujours animés des mêmes sentiments d’enfants joyeux ne désirant pas grandir, mais de son côté Peter voulait du changement dans sa vie.
Il faisait toujours beau au Pays Imaginaire, et on pouvait y faire tout ce qu’on voulait. Nager avec les sirènes, participer aux cérémonies des Peaux-rouges ou provoquer les pirates histoire de s’amuser un peu et de ressentir le délicieux frisson de l’aventure.
En ce moment, Peter était étalé sur le sable chaud de la plage, et regardait les oiseaux qui chantaient dans le ciel en traversant le magnifique arc-en-ciel.
Traverser un torrent de couleurs qui brille était leur activité préférée, c’était aussi jouissif que de voler librement. À ses côtés comme d’habitude se trouvaient David, Lily la Tigresse et Clochette, étalés comme lui, ils profitaient des rayons chauds et doux du soleil.
— Daniel a tellement grandi, il se met à tourner sur lui-même et à ramper partout maintenant, dit Peter le sourire aux lèvres en repensant au fils de Jimmy.
— Il tient ça de moi, j’étais exactement comme lui, ajoute David les yeux fermés un sourire aux lèvres.
— Quel âge avoir enfant de Jimmy ? demanda Lili.
— Il va avoir 1 an le 1er août, répond Peter. Bientôt, il pourra venir ici et passer du temps avec nous.
— À quoi ressembler garçon ?
Peter très attaché à cet enfant gardait dans sa poche une petite photo de Daniel Barrie qu’il montrait à Lily, ils étaient connectés par la foi et la sienne avait une profondeur étonnante.
— Ça être quoi ? Image de enfant ? dit la princesse indienne en fixant le visage de Daniel.
— Sur Terre on appelle ça une photo, intervint Clochette d’un tintement que tout le monde avait compris.
— Lui avoir yeux verts comme feuilles d’arbres, dit-elle.
— Oui, dans la famille de mon père on a presque tous les yeux verts, affirme David.
— Nous avoir yeux marrons dans famille indienne.
— Chez nous les fées, il y en a qui ont les yeux gris, c’est très fréquent de nos jours ! poursuit Clochette.
— Et moi… j’ai les yeux jaune clair… mais je ne sais pas de qui je les tiens, dit Peter le visage triste en récupérant sa photo. Tu pourrais le demander à Dome Nature ? C’est pas aujourd’hui qu’il revient d’ailleurs ?
— Si c’est aujourd’hui, c’est une bonne idée, il sait tout et je vais lui deman…
À cet instant, Peter ressentit une drôle de sensation, il ne termina pas sa phrase et gardait le silence, il avait entendu un étrange bruit. Le garçon se retourna avant de se lever puis il vola de plus en plus haut jusqu’à apercevoir la forêt tout entière, de sa vue perçante il plissait les yeux et regardait ce que cela pouvait être.
— Qu’est-ce qu’il y a Peter ? l’interroge David en se levant, le voyant haut dans les cieux.
— Je ressens la présence de quelqu’un, répondit-il. Et c’est dans la forêt.
— C’est peut-être un animal ?
— Non c’est un enfant, il y a un enfant au Pays Imaginaire.
— Ça doit être les garçons perdus qui sont de retour de la chasse certainement ?
— Celui-là ne fait pas partie de mes garçons, viens Clochette !
— Et la fée s’exécute, monte jusqu’à lui et parcourt la forêt du regard mais elle ne voyait rien.
— Les sages fées n’ont apporté aucun enfant depuis des décennies, tu t’es peut-être trompé ? dit-elle.
— Non je sais ce que je dis, il y a un enfant ici. Je le sens, il est tout prêt.
— Mais comment serait-il venu jusqu’ici ? Tu sais que le seul moyen…
— Regarde ! Il est entrain de courir ! le coupe Peter le doigt pointé vers une chose qui traversait les buissons en bas.
Ce dernier se lance à sa poursuite et vole très vite au-dessus des arbres suivant sa trace, Clochette juste derrière lui essaye de le rattraper mais Peter volait trop vite.
Ce qu’il sentait contournait les arbres et les buissons à une grande vitesse et s’approchait d’une falaise sans le savoir, Peter voulant éviter que l’enfant ne tombe vola encore plus vite et le devança dans sa course.
Il se posa au sol à juste un mètre de la falaise et tendait les bras, l’enfant qui courrait s’était arrêté en le voyant.
— Ne fais pas un pas de plus tu risques de tomber et de te faire mal, lui dit Peter. Qui es-tu ?
Cette question pouvait paraître étrange mais elle était légitime, Peter connecté à la terre où il a vu le jour connaissait très exactement l’emplacement de chacun de ses habitants, et il ressentit la présence d’un étranger qui n’était pas loin d’eux. Mais celui-ci en voyant Peter le chercher du regard avait pris la fuite sans savoir qu’il se dirigeait vers une falaise, il portait un capuchon qui couvrait son visage et avait une tenue étrange et de longues bottes marron.
— Montre-toi, dis-moi qui tu es.
— Obéis au Maître du Pays Imaginaire ! insista Clochette au-dessus d’eux.
L’enfant derrière son capuchon sourit et le retira fièrement dévoilant ainsi son identité. À ce moment-là, Peter et Clochette furent choqués de constater qu’il s’agissait en réalité d’une fille.
Mais le plus troublant c’était qu’elle ressemblait à…
— Wendy ? demanda Peter en s’approchant à pas lent de la jeune fille.
Perdu dans son regard Peter avait plongé dans l’océan bleu clair de ses magnifiques yeux, elle avait un teint resplendissant et de belles lèvres roses ainsi que de longs cheveux châtain clair, sa beauté n’avait d’égal que celle d’une créature enchanteresse.
— Wendy c’est toi ?
La jeune fille ne répondit pas, soudain une lumière blanche émanait de son corps et se forma autour d’elle sous le regard surpris de la fée et du garçon.
Le vent se levait et formait un tourbillon et l’instant d’après, elle quitta lentement le sol et volait au-dessus d’eux, c’était un spectacle unique, personne n’y était jamais arrivé à part le Chef du Pays Imaginaire.
Peter se mit également à briller de sa lumière jaune comme le soleil et vola jusqu’à elle, tous les deux dans les airs se regardaient et se tournaient littéralement autour, montant toujours plus haut dans le ciel. Ils n’avaient jamais vu un tel être l’un comme l’autre, capable de voler et d’étinceler aussi fort.
Leurs sens se troublaient, un mélange d’intense bonheur et d’euphorie les envahissait. Aucun mot n’était nécessaire, ils savaient à qui ils faisaient face et cela produisit un sentiment de sécurité et de bien-être. Au-dessus des nuages continuant de s’observer l’un l’autre et de se tourner autour, la spontanéité l’emporte et les barrières tombent rapidement.
Sentir la présence et la lumière de l’autre créa un profond sentiment d’insouciance et de béatitude, qui leur procura un véritable bien-être.
Plus rien n’avait d’importance, le Pays et les astres tout entiers s’étaient arrêtés de vivre pour assister à cette rencontre, jamais deux personnes ne s’étaient aussi longtemps regardées. Quelque chose d’inexplicable se passa à l’intérieur de Peter et de cette jeune fille, le Lien venait de naître et les questions sur l’autre devenaient une obsession.
C’est ce qu’il arrive quand deux lumières se rencontrent, un soulagement évident apparaissait sur leurs visages, ainsi qu’une expression de joie qui provenait de la fille émanant cette lumière blanche qui la rendait encore plus belle.
C’était comme une révélation, tout était à la fois clair et trouble dans l’esprit de chacun. Ce torrent de nouvelles sensations leur était complètement inconnu, mais ils ne pouvaient déjà plus s’en passer.
Il fallait à tout prix comprendre ce qu’ils ressentaient, mais la jeune fille les bras tendus vola encore plus haut annonçant ainsi son départ.
— Je suis Peter Pan ! dit-il vivement comme s’il s’agissait d’une question de vie ou de mort.
— Je sais qui tu es, répondit-elle de sa douce voix en le regardant à nouveau.
— Et toi qui es-tu ? Tu n’es pas Wendy, dis-le-moi s’il te plaît !
— Je suis Waléria Wisdom, dit-elle simplement.
— Et là, elle se mit à briller encore plus fort et vola à toute vitesse vers le haut, avant de disparaître de nulle part dans l’étendue du ciel infini.
— Waléria… murmura le garçon.
Peter n’avait pas essayé de la rattraper même s’il en avait très envie, il était encore sous le choc de l’avoir vu et il voulait comprendre ce qu’il s’était passé.
Tout ce qu’il savait c’est qu’en croisant son regard il avait eu l’impression que la foudre s’était abattue sur lui, qu’est-ce que cela voulait bien signifier ?
Il ne le comprenait pas encore, mais peut-être que son père pourrait le lui expliquer.
Dome Nature aurait certainement la réponse…
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