
Les petites graines
Chapitre 3
Leçon 2Le boomerang
À sa grande surprise, Manon était pressée de retourner en classe le lendemain matin. Cette jeune institutrice était certes spéciale mais il fallait dire qu’elle savait susciter l’intérêt de la classe. Elle n’avait rien dit de tout cela ni à ses parents ni à son frère, persuadée qu’ils n’en comprendraient pas la démarche alors qu’elle-même la trouvait intéressante.
Quand son père l’avait ramenée de l’école la veille il avait été agréablement surpris de trouver sa fille souriante alors qu’il s’attendait à la voir en plein désarroi. Il savait que ce n’était pas facile d’intégrer une nouvelle école surtout lorsqu’on était en plus grande section car c’est là qu’on connaissait le plus de gens et qu’on se sentait le plus fort.
« Elle est bien ta maîtresse, ma chérie ? »
« Oui, je l’aime bien. Elle est belle et sympathique. C’est presque dommage que ce ne soit qu’une remplaçante. »
« Tiens, comment peut-elle se prénommer ? » s’amusa à s’interroger Manon.
« Ah bon ? Tant que ça ? Eh bien, elle t’a fait une bonne impression alors ! Et tu as déjà repéré de futures copines ? »
« Non, ça, c’est plus compliqué. »
« Ça viendra mon cœur, ça viendra. En attendant, tu peux appeler tes anciennes amies pour voir comment s’est passée leur rentrée ? »
C’est ce qu’elle fit dès qu’elle fut rentrée après avoir cependant avalé une belle tartine de pâte chocolatée et avoir bien léché la cuiller.
Le soir à table elle demanda l’air de rien à ses parents :
« Comment avez-vous trouvé mon prénom ? »
« Eh bien ! nous n’étions pas vraiment d’accord ton père et moi, à vrai dire. »
« Ah bon, pourquoi ? »
« Moi depuis que j’avais vu le film “Manon des sources” quand j’étais petite, je m’étais promis d’appeler ma fille, si j’en avais une un jour, comme cela. »
« Pourquoi ? »
« Parce que je la trouvais belle. D’ailleurs, tu es blonde comme elle et encore plus belle. »
« Et toi papa ? Tu voulais m’appeler comment ? »
« Moi, je voulais un prénom court avec des “a”. Je trouve que cette voyelle est très douce pour une fille. »
« Ah oui et tu voulais m’appeler comment ? »
« Léa, Lina, Louna, quelque chose comme ça ! »
« Lola ? »
« Aussi parce que j’aimais bien une chanson qui parlait de Lola et Lolita », fit-il en lançant un clin d’œil complice à sa femme.
« Et pourquoi maman l’a-t-elle emporté ? »
« Parce que les femmes ont toujours le dernier mot ! » lui répondit son père en riant.
« Eh bien ! moi j’aurais préféré m’appeler Lola », voulut-elle leur dire mais garda cette phrase dans la gorge afin de ne pas blesser sa mère.
C’est donc avec empressement qu’elle regagna l’école le lendemain matin afin de découvrir qui étaient vraiment ses nouveaux camarades de classe avec qui elle partagerait toute une année.
Son frère n’arriva pas à la targuer et après avoir été déposé au collège où il paraissait minuscule à côté des troisièmes, elle fit un baiser à sa mère et se hâta de rejoindre la file d’attente de sa classe où elle salua timidement sa compagne de table, le tout, au plus grand étonnement de sa mère.
Elle en profita pour repérer qui seraient ses futures copines mais se permit d’attendre un peu ce que les révélations sur chacun d’entre eux allaient donner.
L’institutrice vint les chercher et les amena dans leur classe.
« Bonjour. »
« Bonjour, maîtresse ! » répondirent en cœur les vingt-cinq enfants.
« Avant de commencer notre cours d’histoire, nous allons interroger l’un d’entre vous afin qu’il se présente aux autres. Un volontaire ? »
Un grand garçon, sûr de lui leva la main.
« Mais on te connaît toi ! » cria son copain de gauche.
« Oui, tu le connais peut-être, mais lui se connaît-il vraiment ? » ajouta la maîtresse dans un sourire désarmant.
« Bien. Présente-toi. »
« Je m’appelle Mattéo en faux et Spiderman en vrai », dit-il en riant et en entraînant une hilarité générale à l’exception de quelques filles, dont Manon qui n’aimait pas qu’on se moquât de la maîtresse.
« Parfait Spiderman. Comment tes parents auraient-ils pu choisir ce prénom ? »
« Ben, parce qu’ils regardaient trop Spiderman à la télé pardi ! » l’hilarité de la classe et l’aplomb de l’élève ne semblait pas déranger la professeure.
« En quoi te sens-tu être Spiderman ? »
« Parce que je vole, tiens ! »
« Tu voles ? »
« Oui, il vole, je l’ai vu mettre un paquet de bonbons dans son sac, sans le payer, au supermarché la dernière fois, c’est vrai ! »
« Silence les enfants, silence ! » dut intervenir mademoiselle Hugh face à une classe prise d’un grand fou rire.
« Est-ce que c’est vrai ? » lui demanda-t-elle alors qu’elle le vit pâlir.
« Bien sûr que non, tu vas me le payer toi ! »
Sachant qu’il n’y avait pas de fumée sans feu, elle préféra enchaîner sur un thème qu’elle réservait pour plus tard mais qu’elle mit finalement à l’ordre du jour se laissant le droit de rebondir selon les événements.
« Très bien. Qui peut me jurer dans cette salle qu’il n’a jamais rien pris à quelqu’un sans sa permission ? »
Un silence de mort s’abattit dans la pièce.
« C’est bien ce que je pensais. Il est très facile de se moquer des autres mais en fait nous commettons tous des erreurs. Assis toi Spiderman. Je vais faire une parenthèse. Donc le but est d’apprendre de nos erreurs. Nous venons sur Terre pour quoi à votre avis ? »
Plus personne n’osait ouvrir la bouche.
« Eh bien ? Vous avez perdu votre langue ? Pourquoi sommes-nous là à votre avis ? »
« Heu... Pour apprendre ? »
« Oui, Julien (c’est le prénom qui était noté en rouge). Mais pour apprendre quoi ? »
« L’histoire géo ? » dit en ricanant une grande fille aux allures masculines.
« Certes, il faut connaître ce qu’il s’est passé pour mieux connaître notre histoire. Mais encore ? »
Un grand silence régnait dans la classe :
« Personne ? »
« Ne pensez-vous pas que nous sommes là pour apprendre, entre autres choses à savoir ce que nous sommes venus faire ici et à apprendre de nos erreurs pour mieux évoluer ? Pour cela, nous devons savoir qui nous sommes au fond de nous et si nous commettons des méfaits, savoir en tirer des leçons afin de ne pas les reproduire. Nous avons tous, à notre façon, un jour où l’autre “volé” entre guillemet quelque chose. Volé la parole à quelqu’un, volé sa place, etc. Le but d’une telle erreur, car c’en est une, est de ne pas recommencer et d’en tirer des leçons. Sachez que tout ce que vous faites de bien vous revient et donc tout ce que vous faites de mal vous revient aussi. »
« Comme un boomerang, maîtresse ? »
« Exactement ! Si tu voles, on te volera un jour ou l’autre. C’est pour cela qu’il est important de toujours faire le bien car c’est une loi de la nature. Elle existe et c’est comme cela. Que vous l’ignoriez ou pas, la loi s’applique. Donc autant la mettre en œuvre. Si tu donnes, quelque chose, de l’affection, de l’attention, n’importe quoi, tu le récolteras à ton tour. C’est la loi d’attraction.
Ce genre de loi existe et il vaut mieux la connaître.
C’est comme la loi de la pesanteur, elle existe et c’est comme ça. Quelqu’un sait de quoi je parle ? Toi Spiderman tu es particulièrement concerné par cette loi. Peux-tu nous en parler ? »
« Heu, je ne sais pas trop… » dit-il ayant perdu toute sa superbe.
« Eh bien ! regardez cette craie, si je la laisse rouler avec force sur le bureau, où va-t-elle aller ? »
« Par terre ! » dirent à l’unisson les enfants.
« Oui, elle tombe. C’est ce qu’on appelle la loi de la pesanteur. Elle suit la théorie de la gravitation. Ouvrez vos cahiers verts et notez ceci s’il vous plaît. »
La maîtresse écrivit de sa plus belle écriture la définition de la loi de la pesanteur alors qu’on pouvait entendre une mouche voler et le bruissement des cahiers qu’on ouvrait en silence respectueux.
« C’est la gravitation qui fait que tous les corps de l’univers s’attirent mutuellement. La loi de la gravitation a été énoncée pour la première fois par Sir Isaac Newton en 1684. »
Puis en dessous, écrivez :
« La loi de l’attraction est une loi de la nature ; Elle existe au même titre que la loi de la gravité ».
« Nous développerons cette loi au fur et à mesure, mais en attendant, je veux que pour demain vous m’écriviez un petit texte en m’expliquant quelles conséquences a eu un de vos actes passés. D’accord ? En quelques lignes. »
Les enfants prirent leurs carnets et notèrent le devoir à faire en même temps qu’elle l’écrivait sur le tableau.
« Avez-vous tous compris ? N’ayez pas peur de poser des questions. »
Manon osa lever la main.
« Oui… Lola ? »
« Je ne suis pas certaine d’avoir tout compris au devoir. Il faut expliquer qu’on a fait quelque chose de mal ? »
« Non pas du tout. Je veux que tu me racontes tout d’abord s’il t’est arrivé quelque chose de bon ou de mauvais et que tu recherches ensuite pourquoi cela t’est arrivé à toi et pas à quelqu’un d’autre. Par exemple : un jour, je vois ma voisine m’apporter un gros gâteau. Je me demande pourquoi elle me l’amène à moi et pas aux autres voisins et je me souviens que lorsqu’elle a emménagé je l’avais aidée à sortir des cartons qui étaient coincés dans sa voiture et que je lui avais souhaité la bienvenue. Je lui ai offert mon aide et ma sympathie, elle m’a offert un gâteau et sa reconnaissance. Tu as compris ? »
« Oui merci maîtresse. »
« Bien, revenons à Spiderman. C’est bien ton vrai prénom n’est-ce pas ? »
« Oui maîtresse », dit le garçonnet beaucoup moins sûr de lui.
« Qu’est-ce que fait Spiderman que tu voudrais faire, mis à part voler d’un endroit à l’autre ? »
« Eh bien ! je voudrais sauver des gens. »
« C’est bien ça. Et puis cela met en mouvement la loi dont on vient de parler, qui s’appelle donc la loi d’attraction et dont on reparlera. Mais pourquoi veux-tu aider les gens ? »
« Ben pour qu’ils m’admirent, tiens ! » répondit-il en retrouvant son aplomb.
« Alors, et nous en reparlerons plus tard aussi, c’est ton ego qui parle. C’est dommage, mais nous recherchons tous l’attention des autres. C’est pour cela qu’il faut suffisamment s’aimer pour ne pas avoir à rechercher l’amour de soi dans les autres. »
« Hein ? J’ai rien compris ! »
« D’abord, on dit : je n’ai rien compris et ensuite c’est normal, c’est un peu compliqué mais on reviendra là-dessus ultérieurement. »
Alors que des bavardages reprenaient, la maîtresse leur demanda de sortir leur livre d’histoire et débuta son cours estimant avoir semé suffisamment de bonnes graines pour la journée.
Il ne leur restait plus qu’à germer dans l’esprit de toutes ces charmantes petites têtes.
Quand la sonnette de la récréation retentit, Manon se demanda quelles actions elle avait bien pu faire, de façon inconsciente et qui pouvaient avoir eu de drôles de conséquences.
Mais elle y penserait plus tard, à la maison.
En attendant, elle se dirigea vers les deux filles qui l’attiraient depuis la rentrée.
« Bonjour, je m’appelle Manon et je ne connais personne. Vous voulez bien que je reste un peu avec vous ? »
« Oui, bien entendu. Moi c’est Chloé et elle, c’est Louna »
« Ce sont vos vrais prénoms ? »
Les trois filles partirent d’un grand éclat de rire qui scella une nouvelle amitié naissante.
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