Couverture du roman Les marionnettes de Lannu - Tome 2

Les marionnettes de Lannu - Tome 2

8.0 / 10.0
Dans Les marionnettes de Lannu - Tome 2, Ama lutte pour sa survie sur les crêtes escarpées. Traquée par des chasseurs de primes, elle doit user de son arc pour éliminer ses poursuivants. Découvrez ce fantasy novel intense, une adventure story où chaque tir protège sa liberté.
Résumé de Les marionnettes de Lannu - Tome 2
Agile et déterminée, Ama parcourt les sommets escarpés de son domaine montagneux. Arc en main, elle n'hésite pas à décocher une flèche mortelle contre l'un de ses poursuivants, le précipitant dans l'abîme. Puisque sa tête est mise à prix, la jeune femme doit sans cesse affronter des chasseurs de primes avides de gain. Habituée à cette lutte pour sa survie, elle sème la mort sans le moindre regret afin de protéger sa liberté sur ces crêtes étroites et vertigineuses.
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Les marionnettes de Lannu - Tome 2 Chapitre 1

Ama

Ama s’extirpa avec précaution de l’étroite cheminée de pierres qu’elle venait d’escalader, prenant soin de poser ses mains et ses pieds sur des prises les plus stables et les moins glissantes possibles. La roche était couverte de glace et déraper ou perdre un appui impliquait une chute de près de cinquante mètres dans le boyau qu’elle venait de gravir, avec bien peu de chances de pouvoir en freiner ou arrêter la course. La moindre erreur de sa part impliquait la mort, mais le risque lui semblait en valoir la peine.

Il faisait un froid glacial, ses doigts étaient gourds, même sous ses gants de peau, et sa respiration était hachée sous l’effet du manque d’oxygène. Mais elle arrivait au bout de sa quête, elle en était persuadée et cette certitude lui donnait le courage nécessaire pour continuer. Elle réalisa soudain que même si elle arrivait à tuer la panthère des neiges qu’elle poursuivait depuis cinq jours, la redescendre serait encore plus ardu que ne le fut sa propre montée. Elle effaça ce doute de son esprit, elle n’avait plus le choix, elle arrivait au bout du temps imparti pour son initiation et n’avait plus l’opportunité de retourner rechercher une proie plus facile. Et puis avait-elle vraiment d’autres possibilités que l’exploit ? En empruntant la voie du chasseur, elle s’était mis à dos toute sa communauté, le village tout entier lui avait tourné le dos. Déjà que tous considéraient sa différentiation physique comme un handicap insurmontable voire insupportable, le fait de ne pas vouloir être une simple femme avait renforcé ce sentiment qu’elle traînait depuis sa petite enfance : celui d’être un paria, une anomalie, une erreur de la nature. Elle se souvenait encore du regard plein de mépris du chaman lorsqu’elle avait clamé à haute voix devant toute la tribu rassemblée : « chasseur » signifiant ainsi la direction qu’elle souhaitait donner à sa vie. Bien entendu, aucune des autres filles autour d’elle n’avait fait le même choix, préférant devenir femme et mère. De toute manière, qui aurait voulu d’elle comme femme ? Les jeunes filles de sa tribu étaient toutes petites, brunes avec une peau mate. Alors qu’elle-même était grande, aussi grande qu’un homme et avait la peau et les cheveux blancs comme la neige avec des yeux si clairs qu’il était difficile d’en percevoir la moindre pigmentation. Elle les dépassait toutes d’une tête, au minimum, et ne pensait qu’à se battre et à chasser. Toute sa vie d’enfant, puis de jeune adolescente, elle avait été méprisée, rejetée, frappée, du moins jusqu’à ce qu’elle sache se défendre. Alors, petit à petit, elle s’était renfermée sur elle-même, s’isolant dans la solitude avec ce sentiment pénible de n’être qu’une « erreur ». Mais aucune loi ni aucune tradition n’interdisait aux femmes de devenir chasseuses. Alors, dans l’obligation de choisir une voie, elle avait opté pour cette formation, apprenant le tir à l’arc plutôt que la couture, le maniement de la lance plutôt que la cuisine, et ce, au grand dam de sa mère, son père étant mort depuis longtemps. Ses parents étaient des gens « normaux », petits et bruns de peau, et sa naissance avait été considérée par ses parents comme une punition des dieux. On la détestait, l’ostracisme était le cœur de sa vie, mais en même temps, aucun des chasseurs de la tribu ne pouvait escalader les montagnes aussi facilement qu’elle ni n’avait sa résistance à l’effort. Elle savait suivre une piste comme nulle autre et était de loin supérieure aux autres adolescents de son âge dans le tir à l’arc. Elle souffrait beaucoup moins du froid que n’importe quel guerrier et sa peau blanche, aussi blanche que la neige, tolérait étrangement le soleil et sa réverbération sans en souffrir. Sans parler de ses yeux pâles, tellement clairs, qu’il était difficile d’en percevoir le reflet bleuté, et qui lui permettaient de se déplacer sur des glaciers sans aucune protection. Pourtant, sa peau et ses yeux si clairs auraient dû lui rendre, logiquement, les rayons du soleil insupportables. Mais il n’en était rien et le soleil, tout comme le froid, ne représentait pas un réel problème pour elle. On la traitait de monstre, d’erreur, de démon, même, mais elle n’en avait cure. De toute façon, elle ne les aimait pas vraiment non plus. Elle, ce qu’elle aimait par-dessus tout, c’était chasser.

Elle souffla pour écarter une mèche de ses cheveux blancs tombée sur son visage et se mit debout sur l’étroite arrête rocheuse. Derrière elle, une pente raide de glace et de neige s’étalait sur plus de trente mètres avant de déboucher sur un pic vertigineux. C’était cette paroi qu’elle venait d’escalader par l’intermédiaire de l’étroite cheminée. Si elle tombait sur cette pente, elle glisserait, puis chuterait sur des centaines de mètres avant de s’écraser sur le sol.

Devant elle, la montagne continuait à grimper, mais moins abrupte, encore que son escalade restait tout de même compliquée avec la glace et le froid, sans parler des risques d’avalanches. Mais elle n’aurait pas besoin de le faire. La panthère était là, à quelques dizaines de mètres d’elle, la fixant de son regard dans lequel il lui semblait lire de la curiosité plus qu’autre chose. Elle était assise sur un petit promontoire, immobile, se demandant certainement qui était cet animal qui la suivait ainsi depuis tant de jours. Elle était magnifique, immense pour sa race, deux fois plus grosse que toutes celles qu’elle avait pu croiser. L’animal bougea légèrement, faisant rouler ses muscles sous son pelage épais. Elle était presque aussi blanche qu’elle et son regard reflétait une intelligence quasi humaine.

Ama fit glisser lentement son arc court de derrière son dos où il était accroché, se saisit d’une flèche qu’elle encocha doucement puis banda son arme et décocha son tir. Elle s’imagina un instant rentrant triomphalement au village, la panthère morte sur le dos sous les yeux ébahis du chaman et des autres chasseurs. En tuant cet animal que l’on ne trouvait que très haut dans les montagnes, sur des parois souvent inaccessibles, elle prouverait sa valeur. Plus les panthères étaient grosses, plus elles vivaient à une altitude élevée, et celle-ci était gigantesque. La flèche fila vers la bête qui se contenta de l’éviter d’un petit saut gracieux. Ama resta interloquée une seconde puis se reprit. Comment avait-elle fait ? C’était bien la première fois qu’elle voyait une bête éviter l’une de ses flèches, on aurait même pu croire que cela l’amusait, mais ce n’était qu’un animal ! Elle se saisit de sa seconde flèche, on ne lui en avait octroyé que deux pour sa quête, elle se devait donc de réussir sous peine d’échouer et ça, ce n’était pas concevable. Elle encochait sa deuxième flèche lorsque la panthère bougea, d’un bon qui lui parut démesuré, elle sauta sur un minuscule rocher accroché à la paroi, puis, prenant appui sur lui, se jeta sur elle. Instinctivement, elle recula et perdit l’équilibre, lâchant son arc et sa flèche. Elle bascula en arrière dans la pente couverte de glace, se réceptionna violemment sur le dos et glissa vers le vide. Le souffle coupé, elle tenta de freiner sa glissade de ses mains, mais la glace était aussi dure que la pierre et elle ne fit que mettre ses mains en sang, s’arrachant deux ongles. Elle essaya de s’arrêter à l’aide de ses pieds, mais rien n’y fit, elle glissa irrémédiablement sur la pente et bascula dans le vide. Elle ferma les yeux. Elle avait échoué et allait mourir, s’écraser sur le sol plusieurs centaines de mètres plus bas. Alors qu’elle s’abandonnait à cette idée, sa chute fut brutalement arrêtée et elle s’enfonça dans une neige épaisse et poudreuse. Un promontoire, elle se rappelait bien en avoir vu plusieurs lors de son ascension, mais que sa chute se termine sur l’un d’entre eux était vraiment miraculeux. Elle s’enfonça de plus de deux mètres dans l’épais manteau neigeux avant de s’arrêter. Elle resta immobile, autant tétanisée par la peur que choquée par son échec et sa glissade sur la glace, se demandant si la neige allait basculer vers le vide, l’entraînant avec elle vers une nouvelle chute. Mortelle, celle-là ! Rien ne se passa, elle décida alors de remonter vers la surface en se dirigeant vers la paroi afin de s’éloigner du vide. Mais grimper dans une neige aussi légère était compliqué, il lui fallut créer un boyau en diagonale, tassant la neige autour d’elle pour avoir un minimum d’appuis et craignant de basculer dans le vide à chaque instant. La nuit finit par tomber et elle décida de la passer au fond de son trou, elle y serait préservée du froid et du vent, c’était préférable. Elle avait faim et si la neige qu’elle suçait lui permettait de ne pas souffrir de soif, elle faisait gonfler ses lèvres douloureusement. De plus, sa main aux ongles arrachés lui faisait mal, l’élançant sans arrêt comme pour lui rappeler son échec. Elle ne s’était jamais trouvée dans une situation aussi critique, mais, si ses pensées se bousculaient dans sa tête, elle n’avait pas réellement peur. Elle gérait les éléments les uns après les autres de façon rationnelle, analysant froidement la situation catastrophique dans laquelle elle se trouvait.

Elle ne dormit pas vraiment, non pas qu’elle souffrit du froid, son manteau était suffisamment épais pour elle et elle était habituée, mais elle avait complètement échoué et cette constatation obnubilait ses pensées. Même si elle sortait vivante de sa mésaventure, ce serait pour se faire railler, humilier, traiter comme moins que rien. Elle avait voulu prouver qu’elle était digne des meilleurs, mais n’avait fait que démontrer l’infériorité de son genre. Les femmes lui cracheraient dessus. Quant au chaman, s’il était clément, il la bannirait. Elle finit par s’endormir un peu alors que le matin commençait à poindre et se réveilla complètement lorsqu’un rayon de soleil éclaira la neige d’un jaune éblouissant. Elle reprit alors sa reptation avec obstination, se rapprochant lentement de la délivrance. Enfin, ses mains écartèrent la neige de surface et sa tête émergea au soleil. Elle avait réussi !

Son soulagement fut de courte durée, elle ne sortit la tête que pour se retrouver juste devant le museau de la panthère qui semblait l’attendre tranquillement. Elle sentit le vide se faire dans son esprit, elle était morte ! Elle ne pouvait ni s’échapper ni se défendre. L’animal la contempla un court instant de son regard étrange, puis se saisit de son visage entre ses crocs d’un mouvement si rapide qu’Ama ne put réagir. Elle sentit la mâchoire puissante se refermer sur son visage et ses crocs déchirer sa peau, perçant ses joues, laissant le goût métallique du sang envahir sa bouche. Elle resta ainsi, sans bouger, se demandant pourquoi le fauve ne serrait pas plus ses mâchoires ? Il lui suffisait de fermer un peu sa gueule et elle finirait morte, le visage broyé par la puissance du fauve. Puis elle comprit, le félin était en train de la goûter pour savoir si elle était à son goût, l’être humain ne faisait pas partie de son alimentation habituelle, alors il goûtait.

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Table des matières de Les marionnettes de Lannu - Tome 2

Ch. 1 Ch. 2 Ch. 3
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Ch. 5
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Ch. 9
Ch. 10
Ch. 11
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