
LES MAITRES DE L'OBLIVION
Chapitre 2
La belle inconnue lui glisse une nouvelle fois entre les doigts. Elle s’éloigne, tel un rêve qui s’enfuit, et lui se sent tomber à l’infini dans le vide astral.
Abraxas retourne le hamac où est endormi son bras droit, Kalen. Embrassant le sol, l’immortel se réveille de manière brutale.
— Bloody Wank... commence à l’enguirlander le grand type musclé.
Mais le reste de sa phrase meurt dans sa bouche quand il se bute à deux bottes de cuir très hautes et comportant d’innombrables rangées de sangles et que Kalen réalise qui se tient devant lui. Il lève les yeux et constate en effet que le grand type aux yeux si noirs et qui peut sonder votre esprit d’un simple regard se tient devant lui, les mains sur les hanches et d’un air inquisiteur.
Le style d’Abraxas se démarque de ses confrères immortels, ce qui le rend très facile à reconnaitre, même avec un esprit aussi embrumé que celui de Kalen en ce moment. Il a en fait un style très inquiétant, avec son look et ses vêtements steampunks qui le feraient aisément passer pour un de ces vieux vampires nostalgiques du passé. L’insulte qui menaçait de franchir la bouche du druide de la classe des devins est ravalée automatiquement. Il se relève vitement, quasiment au garde à vous.
— My Lord!
Abraxas le regarde des pieds à la tête et se désole qu’il porte encore les mêmes vêtements que le jour précédent. Des vêtements qui lui donnent un petit look un peu trop décontracté pour son gout personnel, mais Abraxas n’a jamais exigé de tenue formelle de la part de ses subalternes.
Un regard aux alentours lui permet de constater le grand fouillis qu’il règne aussi dans la pièce en général. Un jeu de cartes traine sur la grande table basse arrondie du salon, en compagnie de bouteilles de bières vides et de restants de chips et de mets chinois. Les divans en demi-lunes ont été poussés pour faire de la place autour de la petite table basse pour les énormes coussins qui jonchent le sol.
Sur une table de fer forgé sur le balcon, par les grandes portes-fenêtres de la terrasse, il est possible d’apercevoir les restes d’un autre repas, possiblement un diner en tête à tête entre deux autres membres du Magisterium, qui sont eux aussi demeurés à la traine et que picore à présent une mouette.
Au bout des divans en demi-lune qui se font face, des manettes de jeux des consoles et de son écran plat sont aussi éparpillées sur le sol, avec quelques-uns de étuis de jeux vidéos qui ont été retirés des étagères encadrant le foyer encastré et l’écran plat sur ce même mur entier, qui contient une innombrable variété de DVD et de jeux vidéos toutes consoles confondues.
Le familier de Rufius, un autre de ses frères immortels, un chat noir aux yeux verts est justement assis sur un de ses boitiers des jeux qui trainent sur le sol, tout juste au pied du foyer qui répand un feu éthérique n’émettant aucune chaleur réelle.
Le familier de Nicolas, un énorme loup blanc nommé Zerbino, ce qui veut dire paillasson en italien, porte très bien son nom en ce moment, couché au pied du hamac dans lequel dormait Kalen. Il n’a pas bougé ni daigné lui venir en aide quand Abraxas le réveilla si durement.
Abraxas qui manque à présent de se buter dans une des piles de livres sur le sol à la droite du hamac.
— Ne me regardez pas! Je n’y suis pour rien. C’est Fenris qui en avait marre de voir nos apprentis trainer tout le temps dans les parages et qui les a chassés pour la fin de semaine!
Parce que ce sont toujours les apprentis qui se coltinent le sale boulot.
— Arrête de me donner du Lord et de me vouvoyer. grogne Abraxas. Tu sais que j’ai horreur de ça! Ça ne vous ferait pas de mal de ramasser par vous-même de temps à autre... Vous devriez essayer...
Non, mais! Quel hypocrite, celui-là! On sait tous bien que c’est Béatrice, sa favorite, qui fait son ménage, sa lessive, repasse ses foutues chemises à manches bouffantes de corsaire… songe alors son vis-à-vis sans réfléchir. Son esprit n’est pas encore tout à fait désembrumé et cette pensée lui échappe sans qu’il le veuille.
Elle ne manque pas d’être attrapée au vol par le télépathe émérite et Abraxas lui jette un de ces regards!
Oups. Kalen s’attend à se faire passer un savon, mais non.
— Entrainement dans trente minutes. Va vite te doucher. Et s’il te plait, Kalen, renouvèle un peu ta garde-robe, tu veux? Ajoute quelques vestons, un ou deux smokings... le Forum a lieu le mois prochain...
— Oui, My Lord.
Abraxas bute alors dans son carnet de croquis, avec lequel Kalen dormait et qu’il a fait tomber en retournant le hamac. L’immortel se penche pour le ramasser et il a un moment de surprise en observant le portrait d’une jeune femme. Il dévisage automatiquement le druide celte :
— T’as des visions à propos de cette fille, Kalen?
Le ton est quelque peu inquisiteur.
— Ragas!* (les mecs) Quand ça concerne une fille, on appelle ça un fantasme et non pas une vision, déclare Nicolas, pénétrant le salon, à demi vêtu, et en train d’enfiler une chemise propre.
Ses tatouages sont très visibles sur son corps, contrairement à ceux de Kalen que ses vêtements cachent parfaitement.
Sur la hanche gauche de l’Italien, une sirène aux dents pointues se fait menaçante et dont la queue est dissimulée par son pantalon italien super chic.
Des têtes de morts et d’innombrables squelettes forment les motifs de monts et des valons conduisant vers le sommet d’une montagne sur ses deux bras et au sommet desquels d’autres crânes humains et ossements forment au niveau des épaules comme des nuages avec d’un côté un soleil dissimulé et de l’autre une lune. Ce tatouage se poursuit dans son dos, tel une carte au trésor.
Cependant, une partie du tatouage était cachée sur la face intérieure de son avant-bras droit par plusieurs symboles similaires à des hiéroglyphes qui formaient une sorte de kanji lisible de haut en bas comme les écritures japonaises, mais dans une langue qui est bien plus ancienne. Du Sumérien pour être précis. Ce cartouche de hiéroglyphe est le véritable nom de Nicolas, celui que ses parents, des immortels de la région du Sumer en Mésopotamie, et qui ont migré par la suite à Florence en Italie, lui avaient donné à sa naissance... Prénom que notre cher ami a modifié avec le temps pour le simplifier.
Nicolas est à la fois nécromancien et biokinésiste. Il peut influencer le vivant et raviver les morts, mais ils ne sont plus alors que l’ombre de ce qu’ils étaient. Aussitôt qu’il approche de nous, son grand loup blanc se lève, s’étirant sur ses pattes de devant pour aller à la rencontre de son maitre.
Le bel italien aux cheveux brun foncé, aux sourcils à la ligne très fine tout comme les traits de son visage, petite barbiche taillée très courte style five o’clock, aux yeux noirs, s’avance sans gêne et jette un œil au carnet de croquis par-dessus l’épaule d’Abraxas tout en grattant le menton de son familier affectueusement.
— Que bella! Moi aussi je ne voudrais plus jamais me réveiller si je rêvais de beautés pareilles!
— Hey! Surveille ton langage! lui ordonne Abraxas, de manière étrange.
Se tournant vers Kalen, il lève un sourcil interrogateur. Il lui a posé une question, il attend la réponse.
— Si tu as eu une nouvelle vision… commence le seigneur et grand maitre des lieux.
— Mais oui allez! Dis-nous! Pour une fois que tes visions n’impliquent aucun monstre à trois têtes ou vampire en plein épisode psychotique!
Un grand type musclé, qui pourrait être frère avec Kalen tant leur apparence est similaire, mais qui est très soigné de sa personne contrairement à lui, et qui a les cheveux brun caramel au lieu de les avoir noirs... pénètre à son tour dans le salon, ne portant qu’un bas de pyjama, et tout en s’étirant pour se réveiller. Il s’agit de Rufius, autre sorcier druidique tout comme Kalen et Abraxas. Il a lui aussi comme les deux autres celtes du Magisterium, un accent british quand il s’exprime.
— Quoi? Kalen a eu une vision? Est-ce que c’est pour ça que tu viens de m’envoyer un signal télépathique pour un entrainement surprise, un samedi matin de si bonne heure ? insiste-t-il sur ces derniers mots.
Tous les immortels en ce lieu ne sont pas aussi zélés qu’Abraxas et Fenris quand vient le temps de s’entrainer.
Avant que le nouveau venu, qui s’trouve à être aussi son meilleur ami, fourre lui aussi son nez dans ses affaires, Kalen fait disparaitre le carnet de dessins des mains d’Abraxas pour le faire reparaitre dans son bureau de travail personnel.
— Non, mais! Quelles bandes de fouines! C’est privé!
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