
Les Lunes de l'Enchantement
Chapitre 2
Nathan serra les poings une dernière fois avant de quitter la pièce. Il avait l'impression de suffoquer sous le poids de cet héritage, de cette famille qui contrôlait chaque aspect de sa vie. Et maintenant, il allait devoir lier son existence à celle d'une étrangère, une femme qui, tout comme lui, n'avait probablement rien demandé à cette vie.
De retour dans son appartement modeste, Aurélie fixait toujours la lettre. La réalité de cette situation lui semblait encore lointaine, irréelle. Mais bientôt, très bientôt, elle allait rencontrer cet homme, Nathan Montclair,
Les jours qui suivirent la révélation d'Aurélie furent marqués par une étrange torpeur. Chaque matin, elle se réveillait avec l'espoir que tout cela n'était qu'un mauvais rêve, mais la réalité s'imposait à elle, implacable. Le mariage était fixé. Tout semblait déjà orchestré autour d'elle, comme si son avenir ne lui appartenait plus.
Assise sur son lit, elle contemplait sa petite chambre, ce refuge qui, bientôt, ne serait plus le sien. Son père n'avait pas cessé de s'excuser, mais Aurélie sentait bien qu'il était aussi pris au piège qu'elle. Ce qu'elle ignorait encore, c'était comment cet homme, ce Nathan Montclair, réagirait à cette situation. Avait-il accepté tout cela avec résignation ou était-il tout aussi furieux qu'elle ?
Un coup résonna à la porte. Elle se leva lentement, traversant l'appartement, et ouvrit. Une femme élégante, vêtue d'un tailleur noir, se tenait devant elle.
« Mademoiselle Moreau ? Je suis Hélène, l'assistante de Monsieur Montclair. Il vous attend dans sa voiture. »
La bouche d'Aurélie s'assécha instantanément. « Quoi ? Maintenant ? » Elle n'était pas prête. Elle imaginait que leur première rencontre serait une réunion formelle, planifiée des jours à l'avance. Là, c'était soudain, imposé.
Hélène, une femme d'une quarantaine d'années avec des cheveux blonds strictement tirés en arrière, hocha la tête sans émotion. « Oui, mademoiselle. Nous avons rendez-vous chez lui, et il préfère que vous le rencontriez dans un cadre privé. Je suis désolée pour le manque d'avertissement, mais monsieur Montclair est un homme très occupé. »
Aurélie sentit son cœur s'accélérer. Une voiture noire aux vitres teintées était garée en bas, et à travers la fenêtre ouverte, elle aperçut une silhouette masculine à l'arrière. Ce devait être lui. L'angoisse monta en elle, mais il n'y avait pas d'échappatoire. Sans un mot, elle attrapa son manteau et suivit Hélène jusqu'à la voiture.
Une fois la porte ouverte, elle entra dans l'habitacle. L'odeur du cuir neuf et du parfum boisé l'enveloppa immédiatement. Assis à côté d'elle, Nathan Montclair la regardait de ses yeux perçants. Ses cheveux noirs étaient soigneusement coiffés, et il portait un costume sur mesure qui mettait en valeur sa carrure imposante. Il était plus intimidant qu'elle ne l'avait imaginé.
« Mademoiselle Moreau, » dit-il d'une voix grave et assurée. « Enchanté de faire enfin votre connaissance. »
Aurélie se figea un instant, déstabilisée par l'aura de l'homme en face d'elle. Elle avait lu des articles sur lui, entendu des rumeurs, mais le rencontrer en chair et en os, c'était autre chose. Il dégageait une force brute, une assurance presque suffocante.
« Enchantée, » répondit-elle, la voix plus faible qu'elle ne l'aurait voulu. Elle se redressa, essayant de retrouver contenance.
Il resta silencieux un moment, l'observant avec attention. « J'imagine que cette situation doit vous paraître aussi déplaisante qu'à moi. »
Elle serra les poings, cherchant à garder son calme. « C'est un euphémisme, monsieur Montclair. Je n'ai jamais souhaité être mêlée à une telle... transaction. »
Il esquissa un sourire, mais il n'y avait rien de chaleureux dans cette expression. « Je comprends. Mais il est clair que nos familles nous ont mis dans une position délicate. Et nous n'avons pas beaucoup d'options. »
Aurélie fronça les sourcils. « C'est tout ce que vous avez à dire ? Que nous devons accepter cette situation comme un fait accompli ? »
Nathan la fixa, son regard perçant la défiant. « Aurélie, je ne suis pas ravi de ce mariage arrangé. Mais la réalité est simple : nous sommes tous les deux enfermés dans ce piège. Mon père a ses raisons de vouloir cette union, tout comme le vôtre. Nous devons jouer notre rôle. »
« Et vous, vous êtes d'accord pour être un simple pion dans leurs jeux de pouvoir ? » répliqua-t-elle avec une pointe de défi dans la voix.
Nathan détourna les yeux vers la fenêtre, regardant la ville défiler à toute vitesse. « Je suis un Montclair. Depuis toujours, ma vie est régie par des règles qui m'échappent. Ce mariage n'est qu'une formalité de plus dans un ensemble de responsabilités que je n'ai pas choisies. »
Aurélie se tut, réalisant que malgré sa colère, Nathan était aussi prisonnier qu'elle. Pourtant, cela n'effaçait pas l'amertume qui lui nouait l'estomac.
« Où allons-nous ? » demanda-t-elle finalement, brisant le silence qui s'était installé.
« Chez moi, » répondit-il calmement. « Il est important que nous discutions des termes de cet arrangement avant que les choses ne deviennent publiques. »
Aurélie hocha la tête, essayant de ne pas montrer l'appréhension qui la gagnait. Cet homme, malgré son allure froide et détachée, semblait avoir une complexité qu'elle n'avait pas encore cernée. Mais une chose était claire : ils allaient devoir coexister dans ce mariage de convenance, que cela leur plaise ou non.
La voiture ralentit alors qu'elle traversait les grilles imposantes d'un domaine privé, surplombé par une immense villa. Le bâtiment en pierre blanche, avec ses colonnes majestueuses et ses vastes jardins, donnait à Aurélie l'impression d'entrer dans un autre monde, un univers qui n'avait rien à voir avec son modeste appartement parisien.
« Bienvenue chez moi, » déclara Nathan, tandis que la voiture s'immobilisait devant l'entrée principale.
Aurélie inspira profondément avant de sortir de la voiture, sentant déjà le poids de ce nouvel environnement peser sur ses épaules. Hélène les précéda jusqu'à l'entrée, ouvrant la porte avec la précision d'une horloge bien réglée.
L'intérieur de la villa était aussi grandiose que l'extérieur. Des lustres en cristal pendaient du plafond, et les murs étaient ornés de tableaux d'artistes célèbres. Les tapis moelleux étouffaient le bruit de leurs pas tandis qu'ils traversaient le hall jusqu'à un salon spacieux. Nathan indiqua un canapé en cuir noir à Aurélie, et elle s'y installa, mal à l'aise dans un cadre aussi somptueux.
Il s'assit en face d'elle, le regard toujours aussi perçant.
« Nous devons établir des règles, » commença-t-il, croisant les mains devant lui. « Ce mariage sera avant tout un accord pratique. Nous n'avons pas besoin d'être... proches. Je vous laisserai votre espace, et vous me laisserez le mien. »
Aurélie l'observa, essayant de comprendre l'homme derrière ce masque de froideur. « Vous pensez vraiment que cela fonctionnera ? Que nous pourrons vivre dans une telle distance, sans jamais nous impliquer l'un dans l'autre ? »
Nathan haussa légèrement les épaules. « Ce n'est pas un mariage d'amour, Aurélie. Nous avons chacun nos propres vies. Je n'attends rien de vous, et je ne veux rien attendre de moi non plus. »
Ses paroles la frappèrent comme un coup de fouet. C'était un arrangement si froid, si calculé. Et pourtant, elle savait qu'il avait raison. Il n'y avait aucune raison d'espérer plus de cette union. Mais quelque chose en elle se rebellait contre cette idée, contre la perspective de vivre une vie vide de tout sentiment.
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