
Les larmes d'Andromaque: Tome II - Promenades napolitaines
Chapitre 3
Au bout d’un moment, il finit par déplier son corps pour se lever et enfiler la veste de son pyjama. Il sortit de la chambre en évitant de faire du bruit et en contournant les meubles et les objets dispersés n’importe où. Il se dirigea aussitôt vers la salle de bain.
Il évita de se regarder dans le miroir et commença par asperger son visage d’eau tiède plusieurs fois, avant d’effectuer véritablement sa toilette avec un gant de crin et du savon. Après s’être séché rapidement avec une serviette de bain, il avisa de s’examiner devant la glace. Le visage un peu fatigué que lui renvoya le miroir le laissa perplexe. Sans être vraiment très beau, Hisham n’était pas laid, mais son nez qu’il trouvait un peu disgracieux l’empêchait d’avoir ce visage fin et élégant qui convient aux romantiques.
Il soupira, puis commença à se raser soigneusement, en prenant son temps. Après s’être suffisamment vaporisé d’eau de toilette, et coiffé correctement, il se sentit tout à fait bien.
Il descendit avec précaution l’escalier en colimaçon qui était assez étroit et qui menait au grand salon. Les marches en bois vernis craquèrent doucement sous ses pieds nus.
Le luxueux canapé de cuir anglais, Chesterfield, couleur bordeaux, entièrement capitonné, trônait au milieu de la pièce. Il considéra un moment l’ordre bourgeois et ordonné de l’appartement qui correspondait assez bien au caractère sobre et exigeant de Cécile. Un magazine de mode était déployé sur le divan. Il prit négligemment la revue féminine, écarta la table basse pour mieux allonger ses jambes, attrapa un coussin et le cala contre son dos.
Il se plongea sur la mode des maillots de bain prévue pour l’été très proche. Cette lecture intéressante l’absorba pendant un certain temps. Tout à sa lecture, il n’entendit pas Cécile s’approcher.
Moulée dans son peignoir bleu très court et très seyant, Cécile enroula amoureusement ses bras fermes et élancés autour de son cou. Elle commença à le couvrir de petits baisers. Hisham sentit contre lui un corps souple, ferme et tendrement voluptueux. Il ne songea pas à résister. Il approcha ses lèvres de son cou gracile et goûta sa peau fraîche et lisse.
Il sentit la jeune fille devenir plus malléable, plus câline. Avec la souplesse et la mobilité d’un chat, elle le harcelait avec ses agaceries d’une sensualité affolante et ses gamineries de petite fille espiègle. Secrètement flatté, Hisham résistait mollement. Pourtant une timidité étrange, une pudeur ridicule le tenait éloigné de ce badinage.
Au bout d’un moment, il marqua un geste d’agacement.
— On ne peut pas remettre ces jeux à plus tard, on n’a pas encore pris notre petit déjeuner.
Cécile le considéra avec étonnement.
— Qu’as-tu mon petit chéri ? Tu n’apprécies plus mes petits baisers ?
Elle passa sa main fraîche dans ses cheveux.
— Qu’est-ce que tu peux être ronchon, le matin ! Je prends soin de toi, je m’emploie à te satisfaire et voilà comment tu me parles. Tu n’es qu’un ingrat et moi une petite sotte amoureuse. Mon problème, c’est que je t’aime trop. Tu le sais, et forcément tu en profites.
Hisham la tira vers lui.
— Tu parles trop ! Quand on est réellement amoureux, on ne parle pas.
Cécile le gratifia d’un sourire éclatant qui découvrit une magnifique rangée de dents blanches.
— Mais toi, comme tu ne prononces pas un mot le matin, j’en déduis que tu dois être un grand amoureux.
Hisham glissa sa main sous le peignoir et caressa les jambes longues et nerveuses de la jeune femme. Il s’attarda plus longuement sur les cuisses rondes et chaudes, puis passa ses doigts amoureux sur ses cheveux courts et mouillés. Hisham éprouvait une attirance particulière pour les cheveux de Cécile. Il aimait les caresser, les ébouriffer. Il éprouvait un plaisir étrange et sensuel à les faire couler entre ses doigts nerveux. Il étudiait leurs ondulations gracieuses, s’émerveillait sur leurs reflets scintillants.
Cécile s’étirait comme une chatte paresseuse.
— Continue... j’aime ça...
Il l’écarta gentiment.
— Assez joué ! Je n’aime pas ces enfantillages. Surtout le matin, et à jeun en plus.
Cécile éclata de rire. Un rire chaud et sensuel.
— Oui, je vois ça ! Tu es un bel hypocrite.
— Tu ne vois rien du tout.
Hisham observa le beau visage, tendre et doux qui le regardait avec attention. Il y avait une pointe de malice au fond des yeux clairs et perspicaces. Il se sentait captif de cette fille raisonneuse et moqueuse.
Cécile continua :
— À d’autres, mon chéri ! Je t’ai bien étudié. Je te connais par cœur, maintenant. Tu aimes me voir habillée comme une odalisque, allongée sur le lit comme une Orientale repue et passive, n’est-ce pas mon amour ? Mais tu préfères agir la nuit en secret, c’est plus torride et plus sensuel. Au fond, tu n’es qu’un petit pervers qui ne s’assume pas.
À court d’arguments, Hisham préféra changer de sujet.
— Si tu nous préparais un café, au lieu d’essayer vainement de m’analyser. Tu sais bien que le matin, je ne suis jamais en forme. Tant que je n’ai pas pris mon café, je ne suis bon à rien.
Elle demanda ironiquement :
— Le café de Monsieur ! Avec sucre ou sans sucre ? Avec du lait ou sans lait ? Il faut être précis quand on demande quelque chose.
Hisham ne répondit pas. Cécile savait parfaitement que Hisham prenait chaque matin un café au lait avec deux morceaux de sucre, à jeun. Mais c’était un jeu auquel elle se livrait quand elle voulait l’agacer.
Hisham se leva aussitôt et lança sur un ton un peu sec :
— Je vais le faire, ce café, Finalement, on n’est jamais mieux servi que par soi-même. Tu fais trop d’histoire pour un café. Tu sais, je ne t’oblige pas à me servir.
Cécile le retint par la manche et le força à se rasseoir.
— Ne soit pas aussi susceptible, mon chéri. Je voulais juste te taquiner un peu, mais tu es trop grognon. Je vais te le préparer ton café. Je t’apporterai même la petite cuillère et le sucre. Tu vois comme je suis gentille avec toi.
Cécile se souleva et laissa échapper un petit soupir qui ressemblait à un gémissement. Hisham sourit maladroitement. Il se sentit soudain confus de sa mauvaise humeur.
Il la saisit par la taille et l’attira contre lui. Sa poitrine souple gonflait la soie de son peignoir. Il l’enveloppa d’un regard charmé et chargé de désir.
Il dit d’une voix un peu altérée :
— Approche-toi. J’ai envie de t’embrasser.
— Je croyais que tu n’étais pas en forme, le matin.
Cécile levait vers lui un visage très jeune, frais et rafraîchissant. Ses yeux clairs brillaient d’une joie malicieuse. Il murmura en rapprochant ses lèvres :
— Ça dépend des matins.
Se penchant doucement, Cécile posa sa tête contre son épaule. Sur un ton sérieux, elle demanda :
— Est-ce que tu m’aimes, au moins ?
Hisham desserra son étreinte.
— Prépare d’abord le café. Je te répondrais ensuite.
Cécile lui lança une tape.
— Tu exagères vraiment ! Décidément, tu n’es qu’un sale macho ! J’aurais dû me méfier la première fois que je t’ai rencontré. Finalement, sous ton air civilisé, tu es très primaire
Il sourit.
— Ah oui... Et c’est maintenant que tu le découvres. Je suis Arabe, ne l’oublie pas. Et c’est bien connu, tous les Arabes sont des machos, violents et incultes.
— Oui, mon chéri ! Je sais que tu es un Arabe. Mais tu n’es ni violent ni inculte. Tu es seulement un macho un peu spécial. Un macho qui aime trop reluquer les femmes.
Tel un gros chat, Cécile étira longuement ses membres engourdis, puis se dirigea vers la cuisine.
Hisham la suivit des yeux, admirant son dos droit, ses hanches arrondies, ses jambes magnifiques. La vision de ce corps vigoureux, parfaitement proportionné déclenchait toujours une émotion étrange. Un mélange curieux de satisfaction et de crainte.
Au fond de lui-même, Hisham avait conscience de la chance extraordinaire qu’il avait de vivre auprès d’une fille aussi splendide que Cécile, mais en même temps, il ressentait une crainte sourde qui rampait silencieusement autour de lui comme un serpent à l’affût.
Depuis quelque temps, Hisham faisait souvent le point sur sa situation. Il n’arrivait pas à se défaire de cette crainte que lui inspirait ce confort bourgeois et douillet dans lequel il s’était installé. Par prudence, Hisham avait gardé une relative distance avec cet univers occidental, courtois et poli dans lequel il évoluait pourtant avec une admirable aisance.
Depuis presque deux ans qu’il sortait avec Cécile, il avait pris beaucoup d’habitudes qui devenaient, peu à peu et à son insu, autant de chaînes et de boulets dont il lui serait difficile de se défaire le moment venu,
Malgré les précautions qu’il avait prises au début de leur relation, il devinait que les choses évoluaient dans un sens qu’il redoutait. Mais comment faire ?
Cécile s’intéressait trop à sa religion, à ses traditions. Elle faisait trop de concessions, alors qu’Hisham ne demandait rien. Elle négligeait sa propre religion pour apprendre le soufisme. Ce n’était pas du goût d’Hisham qui n’aimait pas ceux qui abandonnent trop facilement leur religion pour adopter celle de leurs partenaires.
Cécile insistait trop pour lui présenter ses parents. Elle voulait connaître les siens. Tout cela, c’étaient des signes qui ne trompaient pas ! Elle souhaitait officialiser leur relation
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