
Les Éclats du Passé
Chapitre 3
Son cœur s'était arrêté à ce moment-là, mais pas de la manière dont elle l'avait espéré. Parce que juste après ces mots, il l'avait repoussée. Il avait reculé, refusant de la regarder dans les yeux, sa voix devenant froide, distante.
« Mais ça ne peut pas marcher. On ne peut pas être ensemble. »
Elle se souvenait encore de la douleur lancinante qui avait suivi. Ce rejet brutal, incompréhensible. Comment pouvait-il lui dire qu'il l'aimait, puis la rejeter aussitôt ? Elle n'avait jamais eu de réponse, et cette nuit-là, tout avait changé.
Gabriel avait évité Léa après cet incident, ne lui offrant aucune explication. Elle était restée dans l'ignorance, avec ce sentiment d'abandon qui avait fini par la pousser à fuir la ville, à fuir tout ce qu'elle avait connu.
Revenant au présent, Léa sentit une boule se former dans sa gorge. Ces souvenirs qu'elle avait enterrés depuis si longtemps refaisaient surface, et avec eux, la douleur, la colère, et cette étrange sensation d'inachevé.
Elle ne pouvait plus rester ici, à écouter Sophie parler de banalités alors que son esprit tourbillonnait de questions non résolues.
« Je dois y aller, » dit-elle brusquement, coupant son amie en plein milieu d'une phrase. « Désolée, je... je dois vraiment y aller. »
Sans attendre de réponse, elle se précipita vers la porte, espérant rattraper Gabriel. Le besoin de réponses la consumait.
La nuit commençait à tomber dehors, et l'air frais du soir l'accueillit comme une bouffée d'oxygène. Elle regarda autour d'elle, cherchant désespérément Gabriel.
Là, elle le vit, marchant seul, les épaules voûtées, s'éloignant lentement de la salle communautaire. Sans réfléchir, elle se mit à courir pour le rattraper. Elle devait lui parler. Elle devait comprendre.
« Gabriel ! » cria-t-elle, sa voix trahissant son urgence.
Il s'arrêta, mais ne se retourna pas immédiatement. Léa ralentit en s'approchant, son cœur battant à tout rompre. Quand il se tourna enfin vers elle, son expression était indéchiffrable.
« Qu'est-ce que tu veux, Léa ? » demanda-t-il, sa voix basse, presque fatiguée.
« Je... je veux parler. » Elle sentait sa détermination vaciller, mais elle ne pouvait pas reculer maintenant.
Il la fixa, son regard perçant, avant de hocher la tête, résigné.
« Très bien. Parlons. »
Et, à ce moment précis, Léa sut que rien ne serait plus jamais comme avant.
La pluie tambourinait doucement contre les vitres de la chambre de Léa. Le bruit constant aurait dû l'apaiser, mais son esprit était trop agité pour qu'elle puisse se détendre. Ses yeux scrutaient la pièce qu'elle connaissait si bien, et pourtant, tout lui semblait désormais étranger. Tout ce qu'elle pensait savoir sur son passé commençait à s'effondrer, comme les murs invisibles d'une vie bâtie sur des mensonges.
Après sa confrontation tendue avec Gabriel, elle était rentrée chez elle avec plus de questions qu'avant. La distance froide dans ses yeux, cette barrière impénétrable qu'il avait érigée entre eux, la laissait confuse. Pourquoi avait-il choisi de lui fermer ainsi la porte après lui avoir déclaré son amour ? Et maintenant qu'elle était de retour, pourquoi semblait-il si distant, presque brisé ?
Cherchant à apaiser ses pensées, Léa se leva et se dirigea vers un coin de sa chambre où plusieurs cartons étaient empilés. C'était des affaires que sa mère avait soigneusement rangées pendant son absence. Des souvenirs de son adolescence. Elle ouvrit un carton au hasard, espérant que fouiller dans ces vieilles choses l'aiderait à calmer son esprit.
Des albums photos, des journaux intimes, des objets divers de son enfance se révélèrent sous ses doigts. C'était un voyage à travers le temps. Chaque objet ramenait avec lui un fragment de mémoire, une époque où tout semblait plus simple. Mais alors qu'elle fouillait, un vieux cahier jauni attira son attention. Il était usé, comme s'il avait été manipulé plusieurs fois, et coincé entre les pages, elle trouva une série de lettres pliées soigneusement.
Curieuse, Léa les déplia avec précaution. Le papier était doux au toucher, usé par le temps. À mesure qu'elle lisait les premières lignes, son souffle se coupa.
** »Léa, je sais que je ne devrais pas t'écrire, mais je ne peux m'empêcher de le faire. Chaque jour sans toi est une torture. Je ne peux pas te dire à quel point tu me manques, ni à quel point je regrette tout... »**
Les mots dansaient devant ses yeux, chaque phrase devenant de plus en plus douloureuse. La signature au bas de la lettre était claire : *Gabriel*. Ses mains tremblaient légèrement. Il y avait une dizaine de lettres, toutes écrites par lui, mais elle n'en avait jamais reçu une seule.
Son esprit tourbillonnait. Pourquoi n'avait-elle jamais vu ces lettres ? Pourquoi n'avait-il jamais essayé de la contacter directement ? Elle tourna la tête vers la porte de sa chambre, son cœur battant de plus en plus vite. Il n'y avait qu'une seule personne qui aurait pu faire cela. Hugo. Son propre frère.
Elle se 'eva précipitamment, serrant les lettres contre elle, et descendit les escaliers rapidement. Dans le salon, Hugo était assis sur le canapé, une bière à la main, le regard fixé sur le match de foot qui jouait à la télévision. Quand il la vit entrer avec cette expression déterminée sur le visage, il fronça les sourcils.
« Léa, qu'est-ce qui se passe ? »
Elle ne répondit pas immédiatement, trop furieuse pour former une phrase cohérente. Ses mains tremblaient alors qu'elle brandissait les lettres devant lui.
« Qu'est-ce que c'est, Hugo ?! »
Hugo baissa les yeux sur les lettres qu'elle lui montrait. Son visage pâlit légèrement. Il comprit immédiatement de quoi elle parlait. Il ne tenta même pas de nier.
« Léa... je peux t'expliquer, » commença-t-il, mais elle l'interrompit aussitôt.
« Tu savais que Gabriel m'avait écrit toutes ces années, et tu as gardé ça secret ?! Tu les as cachées pour quoi, exactement ? Pour me protéger ? De quoi ?! »
Hugo se leva du canapé, essayant de calmer sa sœur.
« Oui, c'était pour te protéger ! Tu ne comprends pas. À cette époque, Gabriel n'était pas bien. Il n'était pas stable. Je ne voulais pas que tu sois prise dans tout ça. »
Léa le regarda, ses yeux se remplissant de larmes de colère et de frustration.
« Mais c'était à moi de décider ! C'était mon choix ! Tu n'avais pas le droit de prendre cette décision à ma place. Tu ne m'as même pas laissé la chance de comprendre ce qui s'est passé entre nous. »
Hugo passa une main dans ses cheveux, clairement en difficulté face à la situation. Il n'avait jamais voulu faire de mal à sa sœur, mais à ce moment-là, il croyait sincèrement faire ce qui était le mieux pour elle.
« Écoute, Léa, Gabriel était en pleine descente à ce moment-là. Il était... perdu. Il se battait contre ses propres démons. Si je te laissais entrer dans sa vie à ce moment-là, ça t'aurait brisé encore plus. Je voulais juste te protéger de tout ça. »
« Mais ça m'a brisé quand même ! » cria Léa, ses émotions prenant le dessus. « Tu ne comprends pas, Hugo. J'ai passé des années à me demander pourquoi il m'avait rejetée, à croire que c'était moi qui avais fait quelque chose de mal. J'ai construit ma vie sur ce rejet, sur cette trahison, et tout ce temps, tu savais la vérité. Tu m'as menti. »
Elle s'écroula sur une chaise, le souffle court, ses mains tremblantes. Elle se sentait trahie, non seulement par Gabriel, mais aussi par son propre frère, la personne en qui elle avait toujours eu confiance.
Hugo soupira, se laissant tomber lourdement sur le canapé.
« Je suis désolé, Léa. Je pensais vraiment bien faire. Gabriel était dans un mauvais endroit, et je ne voulais pas que tu te retrouves à souffrir encore plus. Je n'imaginais pas que ça te blesserait autant. »
Elle leva les yeux vers lui, ses larmes menaçant de déborder à tout moment.
« Tout ce que je voulais, c'était des réponses, Hugo. Tu m'as privée de ça. Tu m'as privée de la vérité. »
Un silence pesant s'installa entre eux. Léa était déchirée. Elle aimait son frère, mais la trahison était trop forte. Comment pourrait-elle lui pardonner ? Comment pourrait-elle réconcilier tout cela dans son esprit ?
Hugo baissa la tête, réalisant à quel point ses décisions avaient blessé sa sœur. Il n'avait jamais voulu en arriver là. Mais maintenant, les dégâts étaient faits, et il ne savait pas comment réparer cette relation.
« Je ne peux pas te dire quoi faire maintenant, Léa, » murmura-t-il finalement. « Mais je te jure que je pensais vraiment bien faire. Peut-être que c'était une erreur. Mais c'était une erreur que j'ai faite parce que je t'aime, parce que tu es ma sœur. »
Léa le regarda, ses émotions oscillant entre colère et tristesse. Il était clair que son frère avait agi par amour, mais cela n'atténuait en rien la douleur qu'elle ressentait.
« L'amour ne justifie pas tout, Hugo. »
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