
Les clés du bonheur
Chapitre 2
2-
~Intermède entre Sharonna et Kenneth~
« Comment vas-tu ce matin, Sharonna ? »
C’est Kenneth qui me pose la question. Ce type est tellement gentil et prévenant qu’il réussit à chaque fois à me faire oublier mes soucis.
« Je vais bien. Enfin, la journée a bien commencé. »
Il est 10 heures. Comme les salaires de fin de mois sont encore présents dans les comptes en banque, les clientes défilent dans le magasin. Ce matin, je m’occupe d’une maman très prévoyante, qui est là pour acheter les tenues de baptême pour ses deux enfants, de 2 et 4 ans. Les petits seront baptisés à Noël ; elle s’y rend tôt pour éviter le rush en fin décembre.
Bientôt Noël, donc, bientôt nous seront tous réunis pour le mariage de Sunita. Au moins, cela fait un évènement heureux qui me permettra d’oublier, ne serait-ce que le temps d’un week-end, la tristesse dans laquelle j’ai été plongée pendant la période des obsèques de Big Wave. Ma mère m’a utilisé comme courroie de transmission, s’attendant à chaque fois que je lui fasse le compte rendu de tout ce qui se disait ici. Le corps est arrivé accompagné par l’entraineur du club de basket de notre cher ami. L’entraineur en question m’a remis une valise très grande, envoyée par ma mère. Il y avait beaucoup d’affaires à l’intérieur. Il a fallu que ce type meurt pour que sa dignité de père soit quelque peu restaurer. Dans la valise, il y avait des robes, des poupées, des nounours. Sur chaque robe, chaque poupée, chaque nounours, était écrit un prénom. J’ai dû faire appel à la perspicacité de Jileska pour tout comprendre. Big Wave avait pensé au Noël de ses enfants, rien que des filles, et leur avait acheté tout cela en espérant les leur apporter pendant un séjour ici, au mois de janvier. La mort l’en aura empêché. Une lettre accompagnait les affaires. Elle venait de ma mère. C’est en la lisant que nous avons enfin pu mettre de la lumière là où il n’y avait que du flou : le basketteur chéri de POG avait au total, le jour où Dieu l’a rappelé à lui, 9 enfants, sans compter les filles de Pupuce. Donc, avec les jumelles et mon petit frère qui sera là début mars, cela donne : 12. Bref, de quoi avoir mal à la tête ! De plus, aucun de ses enfants ne porte son nom. Vraiment dommage. C’est donc avec l’enfant qu’attend ma mère que sa vie de papa allait commencer. Jileska et moi avons fait des paquets pour les envoyer sur Port-Gentil. Nous les avons remis dans la valise et envoyé à Sunita, par l’entremise de Kenneth qui allait à Pog pour le week-end. Ce qui s’est passé là-bas, ce sont les échos de Sunita qui nous l’a raconté. Des voix ce sont levées pour demander pourquoi la femme fang qui a envouté Big Wave jusqu’à le tuer, n’est pas venue d’Espagne pour l’enterrement. Quand les gens ne savent pas quoi inventer, ils racontent n’importe quoi. Et mon pauvre papa a encore été éclaboussé par le scandale. La vie est difficile. Le mort est parti mais les vivants restent là avec l’amour qu’il ressentait pour lui, avec le regret de ne pas tout lui avoir dit… et la rumeur qui se demande comment la dame de Shell qui a abandonné son époux pour aller suivre le jeune basketteur à Malaga, va accoucher de son enfant.
« Mon père me demande de ne pas trop me mêler des histoires de ma mère. Il me dit de prendre des distances. Comment dois-je agir ? », fais-je à Kenneth.
« Il s’inquiète pour toi. C’est normal. Il aimerait peut-être que tu penses plus à toi, à ton départ prochain. Au lieu de te focalisé corps et énergie sur ce que vit ta mère. Combien de temps as-tu passé avec elle au téléphone ces derniers jours ? Je parie qu’ensuite, tu as du mal à dormir ! »
« Oui ! t’as raison. Mais je ne sais pas comment faire pour comme il dit prendre mes distances ! J’ai peur qu’elle se sente isolée et rejetée. »
« C’est une grande fille ! Je pense que tout ira bien pour elle, même si ce n’est pas évident, je pense, de perdre la personne que l’on aime alors qu’on et enceinte. »
« Il m’arrive encore la nuit, de me réveiller et de me dire que tout cela est un mauvais rêve et que ma famille n’a pas éclaté à cause de cette histoire. Mais bon…le temps se chargera de remettre de l’ordre dans tout ça ! »
« Et toi, tu ferais mieux de te trouver quelqu’un dont tu pourras t’occuper. Je veux dire, quelqu’un à aimer, si tu vois de quoi je parle ! »
« Monsieur Kenneth, ne me dis pas que tu vas jouer au marieur comme mes copines ! Si c’est ça ton intention, je préfère te le dire : j’ai déjà 3 copines qui me prennent la tête parce qu’elles en ont marre de me voir toute seule. Je pense que la pression, je l’ai déjà. Donc, monsieur, prière de me parler d’autre chose/ »
« Pourtant, c’est bien de cela dont je veux te parler. Si tu avais un amoureux, tu te laisserais moins bouffer par tout ce stress ambiant. Et tu aurais une épaule sur laquelle reposer ta tête. »
« C’est quand même marrant ! C’est monsieur je ne suis pas prêt à me remarier qui me donne des conseils ! Cher monsieur, je pourrais attendre de toi aussi, que tu appliques ce conseil ! »
« Touché ! Tu m’as eu. Mais, c’est de toi dont on parle, ma chère Sharonna. Ne renverse pas la situation. Puis-je savoir pourquoi tu as autant de mal à te mettre en couple, alors que toutes tes copines sont macquées ? Je veux savoir ? »
Aïe ! Je le regarde sans trop savoir quoi dire. C’est vrai que maintenant, ça devient un peu problématique. Les filles ont toutes leurs vies, leurs petits rituels amoureux. J’ai de la chance car leurs chéris sont loin. Mais je sais qu’à Noël, quand Patrick et Alec seront là, je vais devoir tenir la chandelle ou me retrouver toute seule. Mais bon…
Je ne sais pas. Gaëlle dit que je chasse les prétendants rien qu’avec mon regard. Pourtant, je n’ai pas l’impression d’être méchante quand un garçon ’approche. Je n’ai simplement pas envie qu’un rigolo m’approche. Et puis, je n’ai tellement pas envie de me faire embrouiller par l’amour juste au moment où je vais commencer mes études, que là, franchement, je ne sais pas quoi penser. Je ne suis pas pressée et je ne veux pas que le fait de voir les autres TELLEMENT HEUREUSES, me pousse à choisir n’importe qui. Bref ! Je sais. Ma mère Tania viendra encore me faire la leçon en me disant que je suis trop difficile et que je dois me montrer plus souple. Je compte les jours jusqu’à son arrivée ici. Et je prépare mes arguments pour pouvoir lui répondre quand elle viendra encore me tanner avec toutes ses questions. J’ai hâte que nous nous retrouvions toutes et que nous fassions la fête.
« Je ne veux pas te foutre la pression, ma chère Sharonna, mais moi, je serai accompagné le soir de Noël ! »
« Tu nous cache des choses, Kenneth ! Raconte. Qui est cette fameuse personne qui t’accompagnera le soir de Noël ! »
Là, il sourit et me répond :
« Un splendide sénégalaise, aux jambes longues, fines, interminable ; à la peau ébène satinée et bien sûr, à la conversation très intéressante ! »
« Hum ! Tout pour nous donner des complexes, je suppose. J’aimerais bien voir cette fille. Je parie que tu l’as rencontré pendant ton séjour à Dakar. »
Il sourit.
« En fait, il s’agit d’une amie. Je l’ai invitée à passer quelques jours ici car elle vient de se voir souffler son époux. Une histoire compliquée ! »
« Et c’est à moi que tu fais la leçon, Kenneth ! je pense que bientôt, Shanelle va commencer un casting pour te trouver une copine. Je crois que nous sommes tous les deux dans la même barque. »
Le type se contente de sourire. Il est tellement beau quand il sourit, que y a de quoi se demander pourquoi aucune femme ici ne l’a encore pris dans ses filets. Mais, en même temps, il est tellement fin et maniaque dans ses relation aux autres, qu’il sera bien difficile à une gabonaise de lui passer la corde au cou en usant d’autre chose que ses charmes.
Je me retourne vers lui et lui demande :
« Tu seras là demain, à la petite fête que l’on organise pour dire au revoir à Pupuce ! Je compte sur toi. »
« Je suis obligé d’y être. Urielle arrive demain. Monsieur mon frère me charge de la chaperonner pendant ce week-end. Il est bloqué à Port-Gentil pour une réunion de travail toute la journée samedi. »
« Cool !
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