
Les cicatrices indéniables d'une épouse
Chapitre 3
Le téléphone de Damien n'arrêtait pas de vibrer, la vibration insistante étant une troisième présence dans le silence étouffant de la pièce. Il ne jeta même pas un coup d'œil aux papiers que je lui tendais.
« Quoi que ce soit, mets-le simplement sur ma carte, » dit-il d'un ton méprisant, attrapant un stylo sur la console de l'entrée. Il griffonna son nom au bas de la dernière page sans réfléchir. « Je dois y aller, Élise. C'est important. »
Il pensait que c'était une liste de souhaits. Une liste de courses. C'est tout ce que mes besoins étaient devenus pour lui. Quelque chose à payer et à oublier.
Il déposa un baiser rapide et distrait sur mon front. « Achète tout ce que tu veux. Ne t'inquiète pas du prix. »
Puis il partit.
Je restai là, fixant la porte fermée, les papiers de divorce signés serrés dans ma main. Il venait de signer la fin de notre mariage comme s'il s'agissait d'un reçu de carte de crédit. L'absurdité de la situation était si profonde que c'en était presque drôle.
Le chiot dans mes bras gémit, blottissant sa petite tête contre ma poitrine, et la fragile digue qui retenait mes émotions se fissura. Mais je n'ai pas pleuré. Je ne pouvais pas.
Une partie malade et tordue de moi voulait encore le suivre. Le revoir. Graver la réalité de sa trahison dans mon cerveau jusqu'à ce qu'il n'y ait plus de place pour le fantôme de l'homme que je pensais aimer.
Je les ai trouvés à son penthouse. Chloé l'attendait à la porte, leur fils, Léo, dans les bras.
Le garçon ressemblait tellement à Damien que c'en était un coup physique. Les mêmes yeux sombres et intenses. La même mâchoire volontaire.
« Je suis désolée, Damien, » pleurait Chloé, le visage enfoui dans son épaule. « Léo t'a tellement manqué. Il s'est endormi en pleurant et en appelant son papa hier soir. »
Les bras de Damien l'entourèrent, sa main caressant ses cheveux. C'était un geste de réconfort, de possession.
« Ce n'est rien, » murmura-t-il, sa voix un grondement sourd. Il prit le garçon de ses bras, ses mouvements doux, habitués. Il tenait Léo avec une tendresse que je n'avais jamais rêvé de recevoir. La façon dont il regardait cet enfant... c'était avec un amour pur et simple qu'il ne m'avait jamais montré.
Il berça Léo, le balançant doucement, murmurant des mots doux jusqu'à ce que les yeux du garçon se ferment.
Un rire amer m'échappa avant que je ne puisse l'arrêter.
Je me souvins de ma première grossesse. Il avait été si attentionné. Il avait lu tous les livres, assisté à tous les cours. Il parlait à mon ventre pendant des heures, racontant à notre enfant à naître des histoires sur sa journée, promettant de lui apprendre à naviguer, à construire des choses. Il me massait les pieds enflés et satisfaisait toutes mes envies, aussi ridicules soient-elles. Il était le parfait futur père attentionné.
Tout n'était qu'un mensonge. Une performance pour sa précieuse épouse, pendant que sa vraie famille attendait dans les coulisses.
Je le détestais. Mais à ce moment-là, en le regardant avec Chloé, je la détestais encore plus. Elle avait tout orchestré. Elle m'avait volé mon mari, ma vie, mon enfant.
Maintenant, il tenait son enfant comme s'il était la chose la plus précieuse au monde.
Je me mordis la lèvre si fort que je sentis le goût du sang. Je me forçai à regarder, à graver l'image dans mon esprit. C'était ma réalité maintenant. C'était la vérité.
« Regarde-le, Élise, » me dit une voix froide dans ma tête. « Regarde ce qu'il est. Oublie l'homme que tu as épousé. Il n'existe pas. »
Je fermai les yeux, les larmes coulant enfin, chaudes et silencieuses.
Je me donne cette nuit, pensai-je. Je me permets de pleurer l'homme que j'ai perdu. Et puis, demain, ce sera fini. Je ne regarderai jamais en arrière.
« Je t'aime tellement, Damien, » disait Chloé, sa voix pleine d'adoration. « Léo va bientôt avoir cinq ans. Il va commencer à poser des questions. Les enfants au parc se moquent déjà de lui parce qu'il n'a pas de papa. » Elle laissa échapper un souffle tremblant. « Je sais que je t'ai drogué pour tomber enceinte, et je suis désolée. J'étais juste désespérée. Mais je l'ai fait par amour. »
Elle jouait son rôle à la perfection. La pécheresse repentante, la mère dévouée.
« S'il te plaît, Damien, » supplia-t-elle. « Laisse-moi ramener Léo à la maison. À ta maison. Juste pour un petit moment. Je veux qu'il sache ce que c'est d'avoir un père. »
Je connaissais son jeu. Elle voulait envahir mon espace, planter son drapeau sur mon territoire, me pousser lentement dehors.
Je retins mon souffle, une petite lueur stupide d'espoir s'allumant dans ma poitrine. Il ne le ferait pas. Il ne pouvait pas. Notre maison était notre sanctuaire. Il était pathologiquement privé. Il ne lui permettrait jamais, ni à elle ni à son fils, de franchir ce seuil.
Damien resta silencieux un long moment. J'entendais mon propre cœur battre, un tambour frénétique contre le silence. C'était le test. Le test final et définitif.
S'il te plaît, Damien. Dis non.
Il regarda le visage baigné de larmes de Chloé, puis l'enfant endormi dans ses bras. Son expression était illisible.
Puis, il hocha la tête.
« D'accord. »
Ce simple mot fut un coup de feu dans la nuit calme.
Mon cœur ne s'est pas seulement brisé. Il s'est transformé en poussière.
J'avais perdu. Les sept dernières années, mon amour, mon espoir, ma douleur – tout cela était un pari que j'avais placé sur le mauvais homme.
Et j'avais tout perdu.
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