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Couverture du roman Les chroniques du perroquet à poil

Les chroniques du perroquet à poil

Coco, un perroquet gris du Gabon de cinquante ans, sombre dans la dépression et perd son plumage. Pour redonner goût à la vie à son fidèle compagnon, son propriétaire vétérinaire décide de lui narrer ses propres souvenirs de jeunesse. À travers le récit d'aventures professionnelles insolites, touchantes et souvent drôles, le praticien finit par se confier intimement. Ce recueil d'anecdotes vécues tisse un lien unique entre l'homme et l'oiseau, dévoilant la vulnérabilité de chacun.
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Chapitre 3

Chapitre 2Point de pardon

Elle m’aime, un peu, beaucoup, passionnément, pas du tout.

Elle m’aime, un peu, beaucoup, passionnément, pas du tout.

Elle m’aime, un…

« Mais arrête Coco ! »

Vaine tentative qu’était la mienne, d’essayer d’interrompre ce pauvre Coco dans son inexorable entreprise de déforestation massive. Une à une, elles succombaient toutes sans exception sous les puissants assauts de son bec crochu. Comme les pinces acérées de ces monstrueuses machines qui dévorent bois et forêts, le rostre massif de notre Psittacidé préféré broyait ses belles plumes, avant de violemment les arracher à sa chair meurtrie. Après élagage et débardage en règle, les fûts clairsemés ne virevoltaient que peu, avant de choir au fond d’une cage envahie. Une très fine poussière grisâtre, ultime résidu de cette luxuriante couverture, tapissait tous les environs jusqu’aux meubles les plus hauts.

« Mais enfin arrête Coco, je t’en prie ! »

Elle m’aime, un peu, beaucoup, passionnément, pas du tout.

Comme enflammé on effeuillerait cette pâquerette, pétale par pétale, sans autre forme de procès, Coco, méthodiquement et avec une détermination sans pareille, était en train de littéralement se plumer. Marina était partie et jamais ne reviendrait. Pourrait-il un jour seulement lui pardonner ? Abandon, trahison ou passion impossible ? Au fil de chaque rémige patiemment décortiquée, le pauvre oiseau glissait inexorablement dans une profonde dépression.

« Ça suffit Coco, stop !

— Salaud ! »

Courte, efficace, sans appel, bien qu’à moitié étouffée dans la barbule de son bec, la seule insulte que ce petit ventriloque connaissait me laissa sans réponse. Tout en gravissant, un à un, les solides barreaux de son duplex métallique, Coco continua à la proférer à tout va.

« Salaud, salaud, salaud…

— C’est bon Coco, ça va, j’ai compris. Tu crois que tu as l’air fin maintenant ? »

Il est vrai qu’à ce stade de la manœuvre, Coco n’avait laissé sur son corps de mini poulet à rôtir, qu’une longue plume rouge, unique, intacte, qui ornait fièrement son ridicule croupion dégarni. La tête évidemment, elle aussi, avait mécaniquement été épargnée du fait de l’inaccessibilité logique du duvet qui l’habillait. Entre, c’était un désert absolu, le théâtre d’une attaque nucléaire massive, d’un chantier sans nom, d’une reconstitution vivante d’une terrible bataille en somme.

« Tu sais à quoi tu ressembles maintenant, sans vouloir te vexer, avec ta plume au cul ? À une vieille meneuse de revues sur le retour », riais-je un peu honteusement je dois le confesser.

« Salaud, salaud, salaud…

— Je ne sais pas qui t’a appris ce juron, mais là ça commence à bien faire de se faire insulter par un oiseau débile… non, excuse-moi Coco, je ne voulais pas dire ça, mais avoue que tu ne devrais pas te mettre dans un état pareil. Et puis on est là nous.

— COCO ! »

Le guttural et sonnant « COCO » qu’il venait de proférer était caractéristique du changement d’humeur ou de situation. Il invitait la plupart du temps à l’échange, ou mieux, à la petite conversation autour d’une cacahuète.

— OK Coco, je t’attrape ça de suite. Tu as besoin d’un petit remontant mon ami, le petit câlinou aussi peut-être ?

Lorsqu’il réalisa que je fouillais la boîte contenant le stock d’arachides, Coco se rapprocha lentement, d’un délicat pas chassé sur son perchoir de bois. À la vue d’un premier fruit, il ne put contenir son célèbre hochement de tête, ou plutôt son ondulation d’avant en arrière, signe spécifique d’un irrésistible désir sur le point d’être assouvi. Si tôt glissée avec grande prudence à travers les barreaux, la cacahuète était déjà aux griffes de notre gourmand. En équilibre sur une jambe, il porta habilement la seconde jusqu’à son intraitable casse-noix. Ainsi accueillie, la gousse fit instantanément l’objet d’un très méticuleux décorticage et il ne fallut pas plus de dix secondes, pour voir apparaître les précieuses graines. Du bout du bec, il les fit tourner en un éclair pour les libérer l’une après l’autre, de leur fine peau brunâtre. L’opération terminée, les restes tombèrent au pied de la cage.

« COCO !

— Attends un peu Coco, tu as vu la vitesse à laquelle tu les gobes ? Il ne faudrait pas non plus que tu deviennes obèse, en plus d’être à poil ! »

« À poil »… cette image comme son origine populaire me laissèrent, quelques secondes, perplexe et, réalisant tout le paradoxe de cette constatation et son potentiel comique, je rebondis aussitôt, ravi de pouvoir peut-être remonter le moral de mon ami.

« Coco, tu es un Magicien !

— COCO !

— Hier encore, tu étais un perroquet à plume et aujourd’hui, tu es un perroquet à poil.

— COCO !

— Ah mais non, mon ami, ne sous-estime pas ton tour. C’est même tout à fait extraordinaire et je suis sûr que si Marina te voyait, elle regretterait doublement son départ.

— Pardon ?

— Eh bien oui, Coco, doublement, d’abord parce qu’elle prendrait de face la vérité nue, celle de l’immense chagrin qu’elle t’a causé, non pas en te quittant, mais par l’illusion de sa présence passée ; et puis également, parce qu’elle réaliserait certainement qu’elle a quitté un grand magicien. Elle n’aurait d’ailleurs jamais pu le reconnaître caché sous ses plumes d’apparat. Seul son départ pouvait le réveiller.

— Pardon ?

— Ce n’est peut-être pas très clair, j’en conviens, mais ta désillusion t’est peut-être salutaire, vieille branche. »

Je me permettais ce type de familiarité avec lui, car Coco et moi avions sensiblement le même âge, si je m’en tenais aux vagues informations que son ancienne propriétaire m’avait données, avant de me le confier. Je n’avais jamais parlé avec mon ami des circonstances de son adoption. Un jour, probablement, nous aurions cette incontournable discussion, mais ce n’était point le sujet pour l’instant.

« Et puis Coco, maintenant que j’y pense, j’ai déjà eu une expérience assez comparable à ton… à ce… et bien, disons à ce petit désagrément. Non pas personnellement Coco, houlà, je t’arrête tout de suite ! Je te parle d’une expérience professionnelle, il y a quelques années de cela, dans mes premiers temps d’exercice. Je n’étais plus vraiment étudiant et pas encore praticien au sens de l’expérience, j’entends, un peu entre chenille et papillon si tu vois ce que je veux dire. Bref, il m’a été donné de faire la connaissance d’une poule…

— Pardon ?

— Ah mais non Coco, pas ce type de poule, enfin ! Une vraie poule avec des plumes comme toi. Ah ben non, que je suis bête pas comme toi justement… et si finalement comme toi puisqu’elle n’en avait presque plus, des plumes ! Et puis zut tais-toi, je m’en fiche, je la connais moi l’histoire. Laisse-moi raconter si tu veux savoir de quoi il s’agissait

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