
Les chroniques de Macabacia
Chapitre 3
III
« Mais oui on se connaît bien! T’as même voulu t’faire ma mère hein? T’as commencé par ses seins. Et puis du poumon à mon père. Tu t’en souviens? »
« Cancer, cancer, dis-moi quand c’est? Cancer, cancer, qui est le prochain? Cancer, cancer, oh dis-moi quand c’est ».
Elle écoute en boucle cette chanson de Stromaé. « Quand c’est ?».
Et cette phrase qui lui brise le cœur : « Qui est le prochain ? »…ben, malheureusement, c’est elle.
Malgré l’amputation d’une partie de sa jambe gauche (cas extrême!), le cancer a envahi les autres parties de son corps. Les os, les poumons…
Tout est gangrené. Tout est pourri. Elle n’est plus qu’un amas de cellules et d’organes pourris. Bref, une triste fin pour une jeune femme de dix-huit ans.
« Quand c’est ? Cancer…»
Le cancer aime tout le monde, malheureusement. Les bébés, les enfants, les adultes plus ou moins vieux…
« Qui est le prochain ? »
Le cancer a gagné la guerre. Complètement. La Mort va très prochainement prendre le thé avec elle. Dans les prochains jours, quoi…
Comment le sait-elle ?
C’est simple. Son état s’est amélioré d’un coup ! Comme ça ! Après des semaines de déchéance !
Et généralement, c’est ce qui se passe quelques jours ou quelques heures avant le décès. Hop, on va mieux et puis on crève ! Ironie du sort, non ?
— Éva, tu as de la visite.
De la visite ? Sans rire ? Ses parents sont morts dans un accident de voiture il y a dix ans. Elle n’a pas de frère ou de sœur…et le reste de la famille…inexistant.
Alors, de la visite ! À part les infirmières, elle ne voit pas beaucoup de monde qui pourrait lui…
— Salut! C’est toi, Éva ?
Cette présence…cette…
Cela fait des jours qu’elle sent des trucs bizarres, mais vraiment bizarres ! Encore un signe…elle va embrasser la mort. Très prochainement.
— Qui êtes-vous ?
Les yeux fatigués de la malade détaillent le visiteur. Ou plutôt la visiteuse.
Un petit bout de femme haut comme trois pommes. Avec des cheveux très courts et…bleus ? Apparemment oui…bleus comme le bleu des rois de France. En parfait accord avec ses yeux bleu foncé…
— Tu dois le savoir, non ?
L’inconnue porte un jean déchiré au niveau des genoux et une veste courte en cuir noir. Un piercing…ouais, un anneau…dans son nez, comme les taureaux. Et n’oublions pas son irrésistible paire de santiags rouges.
Pas banale, la fille !
— Je…je…
Éva hésite. Elle sent que cette femme a un lien avec…non, elle a complètement perdu la tête ! Le cancer lui a rongé le cerveau ! Ou l’a réduite en bouillie ! Au choix…
— Vas-y, crache le morceau.
Non, ce n’est pas possible ! La fille ne peut pas être…elle est en train de faire des bulles avec son chewing-gum, là ! Elle mâche comme une vache et elle fait des bulles !
Rien à voir avec la…celle qu’on appelle la…
— Je suis arrivée trop tard ? Le cancer t’a bouffé la langue ?
Non. Ce ne peut être elle ! Elle serait bien plus délicate que ça, non ? Elle lui dirait d’une façon plus sympatoche, non ?
— Non, je peux encore te cracher des insultes à la gueule, Grande Faucheuse.
Un sourire amusé étire les lèvres de Tivilanadocé. Cette Éva a son petit caractère. Cool…
— Je ne suis pas la Grande Faucheuse.
Le regard de la malade se fait plus insistant. La Grande Faucheuse, pas elle ? Ah ouais? Ben, son instinct lui dit le contraire !
— Je suis une de ses représentantes. T’imagines si elle devait se déplacer à chaque fois qu’une humaine crève ? Elle n’aurait pas fini, la pauvre !
Éva ignore qui est ce Talyandre, mais ce qui est sûr, c’est que cette folle a l’intention de l’emmener de l’autre côté.
— Donc, c’est pour aujourd’hui ? Il me reste combien de temps ? J’aimerais bien passer le maximum de niveaux sur Farm Heroes Super Saga avant de clamser.
Caractérielle et sarcastique. Décidément, Tivilanadocé adore cette humaine !
— Pas aujourd’hui, ma vieille. Pas aujourd’hui, je suis en RTT.
Les RTT existent chez les Faucheurs ? Première nouvelle !
— RTT ? Sans rire…alors, qu’est-ce que tu fiches ici ? Tu contemples l’œuvre de ton seigneur ? siffle Éva.
— Les feux de l’amour, c’est pas trop mon truc, tu vois, mais 24h chrono, oui !
Hein, c’est quoi cette métaphore ? Pourquoi mettre « les feux de l’amour » et « 24h Chrono » dans le même sac ?
À moins que…oh… oh, d’accord.
— Cool, il me reste vingt-quatre heures…je vais pouvoir passer une trentaine de niveaux…
— J’ai un autre truc à te proposer.
Sans crier gare, le Chevalier de la Mort jette un sac à dos sur le lit d’hôpital. Éva la dévisage.
— C’est quoi ? Une collection de films cochons ?
— Nan, pour ta dernière journée de vivante, j’ai mieux. Cela te dit de te barrer de ce mouroir ?
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