
L'Épouse Rescapée, Revanche Servie
Chapitre 2
La grande villa des Lefèvre, d'habitude si calme, baignait dans une atmosphère de tension.
Antoine Lefèvre, mon mari, se tenait au centre du grand salon, un bras possessif autour de la taille d'une jeune femme que je ne connaissais pas.
Il rayonnait, imbu de lui-même, comme un roi présentant son dernier trésor.
« Mes chères, je vous présente Chloé Moreau. »
Sa voix résonait, pleine d'une fausse chaleur.
Il nous regardait, moi, son épouse, et les sept autres femmes assises autour de la table de bridge, ses sept « fleurs d'or », comme il aimait les appeler. Ses anciennes maîtresses.
Celles qu'il avait collectionnées, puis jetées, et que j'avais, une par une, recueillies. Nous avions formé une sororité étrange, unie par le même homme et par la trahison.
« Chloé est différente, dit Antoine, son regard balayant les visages impassibles des femmes. Elle n'est pas comme les autres. »
Il y avait un mépris à peine voilé dans sa voix.
Chloé Moreau, la neuvième, se pavanait à ses côtés. Elle était jeune, belle, et nous regardait de haut, un petit sourire suffisant aux lèvres. Elle pensait avoir gagné le gros lot. Elle ne savait pas que le gros lot était déjà vide.
Je n'ai pas bougé. J'étais assise, les cartes en main, le dos droit.
Mon visage était une toile blanche, sans aucune émotion. J'ai simplement hoché la tête, un geste lent et mesuré.
« Enchantée, Chloé. »
Ma voix était calme, presque monotone, contrastant violemment avec l'excitation d'Antoine.
À côté de moi, Isabelle, la deuxième « fleur », une experte en finance redoutable, a levé un sourcil. Un simple mouvement, mais qui en disait long.
Sophie, la cinquième, avocate de son état, a échangé un regard rapide avec elle. Un accord silencieux. Une confirmation.
Elles connaissaient toutes le plan. Elles en faisaient toutes partie.
Antoine a semblé un peu déçu par notre manque de réaction. Il s'attendait sans doute à des larmes, des cris, une scène de jalousie. Il n'a eu que notre silence collectif, lourd et puissant.
Chloé, mal à l'aise, a resserré sa prise sur le bras d'Antoine.
« Antoine, chéri, elles ne sont pas très accueillantes, tes... amies. »
Sa voix était mielleuse, calculatrice.
Antoine a ri, un son désagréable.
« Ne t'en fais pas, mon amour. Elles vont s'habituer. Elles n'ont pas le choix. »
Il nous a jeté un regard dominateur, s'attendant à notre soumission.
J'ai reporté mon attention sur le jeu. Les cartes dans ma main étaient claires. La partie était presque terminée.
« C'est à toi de jouer, Léa », a dit doucement Élodie, la quatrième, une actrice dont Antoine avait failli briser la carrière.
Je l'ai regardée et j'ai souri pour la première fois de la soirée. Un vrai sourire.
J'ai posé ma dernière carte sur la table. Un as de pique. Le coup de grâce.
« J'ai gagné. »
Mon annonce était simple, factuelle. Mais dans le silence du salon, elle avait le poids d'une prophétie.
Je me suis levée lentement. Mon regard a croisé celui des sept autres femmes. Elles ont toutes compris. C'était le signal.
Je me suis tournée vers Antoine, dont le sourire commençait à se figer.
« Tu as raison, Antoine. Chloé est différente. Et puisque c'est le cas, nous allons vous laisser. »
Il a froncé les sourcils, ne comprenant pas.
« Qu'est-ce que tu racontes ? »
J'ai eu un petit sourire.
« Nous partons. Toutes. Et nous emportons tout ce qui nous appartient. Tout ce que nous avons accumulé ici au fil des ans. »
Le visage d'Antoine est passé de l'arrogance à l'incrédulité.
« Tu plaisantes ? C'est une mauvaise blague. »
« Pas du tout », ai-je répondu, ma voix toujours aussi calme. « La partie est terminée, Antoine. Et tu as perdu. »
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