
L'Épouse invisible : Amour immortel
Chapitre 3
Camille revint le lendemain après-midi.
Il n'était pas seul.
Chloé descendit et trouva Cassandre Moreau recroquevillée sur le canapé, enveloppée dans une couverture en cachemire, l'air pâle et fragile.
« Chloé, » dit Cassandre, sa voix un murmure doux et innocent. « J'espère que ça ne te dérange pas. Le médecin a dit que j'avais besoin de quelqu'un pour s'occuper de moi, et Camille a insisté pour que je reste ici. »
Chloé savait que c'était un mensonge. Camille n'aurait jamais « insisté » pour quelque chose d'aussi ennuyeux. C'était l'œuvre de Cassandre.
« Ça ne me dérange pas, » dit Chloé doucement.
Camille descendit alors les escaliers, ajustant la couverture sur les épaules de Cassandre avec une tendresse qui tordit l'estomac de Chloé.
« Chloé, » dit-il sans la regarder. « Cassandre a besoin de se reposer. Tu peux t'occuper d'elle. »
Ce n'était pas une demande. C'était un ordre.
Cassandre sourit doucement. « Oh, je ne pourrais pas abuser. Je suis sûre que Chloé est encore faible après... tout ça. »
« Elle va bien, » dit Camille, d'un ton méprisant. « De toute façon, elle n'a rien de mieux à faire. »
Les mots furent un coup de poing décontracté en plein ventre. Il la voyait comme rien de plus qu'une servante, une commodité.
Chloé se mordit la lèvre, sentant le goût du sang. Elle hocha la tête en silence.
« J'ai un peu faim, » dit Cassandre, levant vers Chloé des yeux grands et innocents. « Pourrais-tu me faire du porridge ? Celui que tu fais pour Camille. Il dit que c'est son préféré. »
Les mains de Chloé se serrèrent en poings. Elle n'avait jamais cuisiné pour personne d'autre que Julien et, par extension, Camille. Elle était une artiste, une peintre. Elle avait été choyée et soignée toute sa vie.
Elle voulait dire non. Elle voulait hurler.
Mais elle sentit alors les yeux de Camille sur elle, froids et menaçants.
Elle desserra les poings et se dirigea vers la cuisine sans un mot.
Il lui fallut une demi-heure pour préparer le porridge. Quand elle l'apporta, Camille était parti, ayant pris un appel professionnel dans son bureau.
Cassandre était seule dans le salon. Le masque doux et fragile avait disparu. Ses yeux étaient vifs et moqueurs.
« Tu es vraiment un chien pathétique, tu sais ça ? » ricana-t-elle. « Dix ans, et il te traite toujours comme de la merde. »
Chloé posa le bol sur la table basse.
Cassandre plissa le nez de dégoût. « C'est trop chaud. Je ne peux pas le manger. Refais-le. »
Chloé hésita. Elle prit le bol, avec l'intention de retourner à la cuisine.
Soudain, Cassandre lui arracha le bol des mains et renversa délibérément le porridge brûlant sur son propre bras.
Elle poussa un cri perçant.
« Aah ! Ça brûle ! »
Camille sortit de son bureau en trombe, le visage sombre de fureur. Il vit Cassandre serrant son bras rouge et ébouillanté et Chloé debout au-dessus d'elle avec le bol vide.
Il ne demanda pas ce qui s'était passé. Il se jeta en avant et attrapa le poignet de Chloé, sa poigne un étau.
« Qu'est-ce que tu as foutu, bordel ? » rugit-il.
Cassandre pleurait déjà, sa voix étranglée par de fausses larmes. « Ce n'est pas sa faute, Camille ! J'ai juste dit que c'était un peu chaud... Je ne voulais pas la mettre en colère. »
« Je n'ai pas... » commença Chloé, mais Camille la secouait déjà, les yeux flamboyants.
« Tais-toi ! Je t'avais prévenue. Je t'avais prévenue de ne pas la toucher. »
Il rejeta sa main avec une telle force qu'elle trébucha en arrière, heurtant le mur. Le choc lui fit claquer les dents.
Il souleva délicatement Cassandre dans ses bras, sa voix s'adoucissant. « Ce n'est rien. Je vais chercher un médecin. »
Alors qu'il l'emportait, Cassandre regarda Chloé par-dessus son épaule. Ses lèvres se courbèrent en un sourire triomphant et vicieux.
Chloé glissa le long du mur, son corps tremblant. Toute combativité l'avait quittée, ne laissant qu'un épuisement immense et creux.
Elle enlaça ses genoux, se faisant toute petite.
« Julien, » murmura-t-elle dans le silence. « S'il te plaît... viens me chercher. »
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