
Le Vide de l'Amour Interdit
Chapitre 3
J'ai appelé mon amie la plus extravertie de Bordeaux, Sophie.
« Ce soir, on sort. L'endroit le plus cher, le plus bruyant, le plus décadent que tu connaisses. »
Sophie a poussé un cri de joie.
« La Comtesse de Valois sort de sa tour d'ivoire ? C'est un événement ! »
J'ai fouillé dans ma garde-robe, ignorant les robes sages que Louis approuvait. J'ai sorti une robe rouge, courte, moulante, celle que j'avais achetée avant de le connaître. J'ai mis des talons vertigineux et un maquillage audacieux. Dans le miroir, je ne voyais plus la Comtesse, mais Éléonore Dubois, la femme que j'avais mise de côté pour lui.
Le club était un assaut pour les sens. Musique assourdissante, lumières stroboscopiques, odeur de champagne et de parfum. Je me suis jetée sur la piste de danse, laissant mon corps bouger avec une frénésie que je n'avais pas ressentie depuis des années. Je riais, je buvais, je flirtais.
Sophie m'a attrapée par le bras, criant pour couvrir la musique.
« Léo, ne te retourne pas, mais ton mari est là. Carré VIP, à l'étage. Il te regarde. »
J'ai jeté un coup d'œil. Il était là, assis dans un fauteuil en velours, un verre d'eau à la main, son visage une forteresse impénétrable. Il observait mes mouvements, mais aucune émotion ne filtrait. Un de ses amis s'est penché vers lui. J'ai pu lire sur ses lèvres : « Ta femme s'amuse. »
La réponse de Louis a été tout aussi lisible, froide et dédaigneuse : « Elle sait se tenir. »
La rage m'a envahie. Même là, il me jugeait, me contrôlait. Je me suis rapprochée d'un homme qui me dévorait des yeux et j'ai dansé de manière encore plus provocante. Mais le regard de Louis restait le même. Vide.
Puis, la porte du club s'est ouverte et une silhouette délicate est apparue. Camille. Elle portait une robe blanche, innocente, qui contrastait avec l'ambiance sulfureuse du lieu. Son regard a balayé la foule et s'est posé sur Louis. Un léger sourire a étiré ses lèvres.
À peine avait-elle fait quelques pas qu'un homme, clairement ivre, l'a agrippée par le bras.
« Tu danses, ma jolie ? »
Le visage de Louis s'est transformé. La façade de l'ascète s'est fissurée, révélant une fureur volcanique. En un éclair, il a quitté le carré VIP, a descendu les escaliers quatre à quatre et a arraché Camille des mains de l'homme. Il l'a projeté contre le mur avec une violence inouïe.
« Ne la touche pas. »
Sa voix était un grondement sourd. La musique s'est arrêtée. Tout le monde nous regardait. Il a pris Camille, tremblante, dans ses bras, la protégeant de son corps. Son regard, quand il a croisé le mien, n'était plus vide. Il était rempli d'une possessivité terrifiante. Mais cette possessivité n'était pas pour moi.
J'ai senti la nausée monter. La dernière once d'espoir, la dernière illusion que je pouvais le faire réagir, venait de mourir. Je n'étais rien. Un fantôme dans sa vie.
Le lendemain, Camille s'est installée au château, sous prétexte d'être trop "traumatisée" pour rester seule. Elle jouait parfaitement son rôle de victime fragile.
« Louis, j'ai si peur, » murmurait-elle, blottie contre lui sur le canapé du salon.
Il lui caressait les cheveux, un geste d'une tendresse que je n'avais jamais reçue.
J'ai compris alors que mon mariage n'était pas seulement un rempart, c'était une prison. Et elle, elle était la gardienne. La gifle est venue quelques jours plus tard. J'étais dans mon atelier, tentant de trouver un semblant de paix dans ma peinture. Camille est entrée, un verre de vin rouge à la main.
« Oh, Éléonore, c'est... intéressant ce que tu fais. »
Elle s'est approchée de ma toile maîtresse, celle sur laquelle je travaillais depuis des mois. D'un geste faussement maladroit, elle a trébuché, renversant le vin sur mon œuvre. Le rouge sang a maculé le blanc pur.
J'ai crié. Pas de douleur, mais de rage.
« Comment as-tu osé ? »
Elle m'a regardée, un sourire triomphant dans ses yeux.
« Ce n'est qu'une peinture. Louis peut t'en acheter dix autres. »
« Ce n'est pas une question d'argent ! C'est mon travail ! »
« Ton travail ? Tu n'es qu'une usurpatrice. Tu as pris ma place, ma maison, mon... »
Je ne l'ai pas laissée finir. Je l'ai giflée. La surprise a traversé son visage, vite remplacée par une fureur calculée. Sa main a claqué contre ma joue, bien plus fort. Le choc m'a fait vaciller.
Louis est entré à ce moment-là. Il a vu la scène, ma joue rouge, la toile ruinée. Il a attrapé le bras de Camille.
« Ça suffit, Camille. Tu es punie. Tu ne sortiras pas du château aujourd'hui. »
Une journée. C'était ça, ma justice. Une journée de punition pour avoir détruit mon travail et m'avoir frappée. Ce n'était pas une punition. C'était une protection déguisée, une façon de la garder près de lui, loin des tentations extérieures.
J'ai éclaté d'un rire hystérique. Un rire qui venait des profondeurs de mon désespoir. Ils m'ont regardée comme si j'étais folle. Peut-être que je l'étais devenue.
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