
Le Retour Inébranlable de la Reine
Chapitre 3
Alix se tenait dans son dressing, l'odeur de l'eau de Cologne de Benoît flottant dans l'air comme un fantôme. Sa main reposait sur une petite boîte en velours sur sa commode. À l'intérieur se trouvait la première paire de boutons de manchette qu'elle lui avait offerte, de simples nœuds en argent. Il n'était alors qu'un jeune programmeur en difficulté, plein de grands rêves et d'un charme autodérisoire. C'est elle qui avait vu son potentiel. Son père, un professeur d'histoire respecté, l'avait encadré, lui avait ouvert son réseau, l'avait traité comme le fils qu'il n'avait jamais eu.
Elle se souvint de la demande en mariage de Benoît, sur une couverture sous les étoiles, juste après avoir obtenu leur premier financement. « Je passerai toute ma vie à te rendre heureuse, Alix », avait-il promis, ses yeux brillant de ce qu'elle pensait être de l'amour. « Je vous protégerai, toi et notre famille, de tout. »
Un rire amer et sans joie s'échappa de ses lèvres. Quelle idiote elle avait été.
La voix de Benoît résonna depuis le couloir, la tirant du passé. « Alix, tu es prête ? Les gens commencent à arriver pour la veillée. »
Elle enfila la robe noire qu'il avait préparée pour elle, se sentant comme une poupée qu'on positionne pour une pièce de théâtre. Il la conduisit en bas, sa main sur le creux de ses reins, un contact possessif et répugnant.
La veillée se tenait chez eux, une vaste maison moderne qu'elle avait conçue. C'était censé être un lieu d'amour et de rires. Maintenant, c'était une tombe.
La première chose qui la frappa fut la musique. Ce n'était pas le quatuor à cordes classique et sombre qu'elle avait demandé. À la place, une chanson pop forte et entraînante avec une ligne de basse odieuse résonnait dans le salon ouvert. C'était une de ces chansons insipides et stupides que Léo avait entendues à la radio et qu'il détestait.
Ses yeux balayèrent la foule d'invités, leurs visages un flou de sympathie polie. Et puis elle la vit.
Clara Morel.
Elle se tenait près du petit cercueil blanc de Léo, qui était entouré d'une montagne de lys blancs. Elle portait une robe noire moulante et trop courte. Et elle prenait un selfie. Elle leva son téléphone, fit la moue en un classique « duck face », et prit une photo avec le cercueil de son fils en arrière-plan.
Une vague de rage pure et sans mélange déferla sur Alix. Elle se dégagea de l'emprise de Benoît et marcha vers la jeune femme.
« Qu'est-ce que tu fous ? » La voix d'Alix était un grognement sourd.
Clara leva les yeux, son expression d'une innocence écarquillée. « Oh ! Mme Lambert. J'étais juste en train de... présenter mes respects. » Elle posta la photo sur sa story Instagram avec une légende désinvolte : « Au revoir au petit bonhomme. #triste #rip. »
La main d'Alix jaillit et fit tomber le téléphone des mains de Clara. Il tomba bruyamment sur le sol en marbre.
« Dehors », siffla Alix. « Sors de ma maison. Maintenant. »
La lèvre inférieure de Clara se mit à trembler. Des larmes montèrent à ses yeux. C'était une performance magistrale. « Je suis tellement désolée », sanglota-t-elle. « Je ne voulais pas manquer de respect. C'est juste... la façon de faire le deuil de ma génération. Et Léo... il adorait cette chanson. »
« C'est un mensonge ! » cria Alix, le son déchirant la musique de fête. « Il détestait cette chanson ! Tu ne sais rien de mon fils ! »
Benoît fut là instantanément, la tirant en arrière, sa poigne comme du fer sur son bras. Il se plaça entre elle et Clara, protégeant la jeune femme.
« Alix, arrête ! Tu fais une scène ! » lui murmura-t-il durement à l'oreille.
« Elle profane la mémoire de notre fils ! » cria Alix, se débattant contre lui. « Fais-la partir ! »
« Elle fait son deuil à sa manière », dit Benoît, sa voix assez forte pour que les invités à proximité l'entendent. Il jouait pour la galerie. « Clara était très proche de Léo. Peut-être plus proche que toi, avec tes voyages d'affaires et tes réunions. »
Les mots étaient une frappe calculée, conçue pour la blesser et l'isoler. Les murmures commencèrent autour d'eux. Les gens se déplacèrent, mal à l'aise, leurs regards compatissants se transformant en jugements.
« Je n'arrive pas à croire que tu la défendes », dit Alix, sa voix tombant à un murmure choqué. « Regarde-la. Regarde ce qu'elle fait. »
Clara, voyant son opportunité, se mit à sangloter de façon dramatique. « Je suis désolée, M. Lambert. Je n'aurais pas dû venir. C'est juste... je me sens si coupable. Peut-être que si j'avais été une meilleure nounou... mais Mme Lambert disait toujours que j'étais trop douce avec lui. Elle disait qu'il devait être plus indépendant. »
C'était un autre mensonge, une torsion venimeuse d'une conversation qu'ils n'avaient jamais eue.
« Sale menteuse », cracha Alix, se jetant à nouveau en avant.
Cette fois, Benoît la repoussa, violemment. « Ça suffit ! »
La foule haleta. Il avait posé les mains sur elle devant tout le monde.
Clara choisit ce moment précis pour jouer sa carte maîtresse. « J'ai... j'ai une vidéo », dit-elle, la voix tremblante alors qu'elle récupérait son téléphone du sol. « Je ne voulais la montrer à personne, mais... vous devez tous voir à quel point sa mère lui manquait. »
Elle leva le téléphone, orientant l'écran pour que tout le monde puisse voir.
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