
Le prix du sang partagé
Chapitre 4
Mes parents ont détourné la tête, prenant enfin conscience de ma présence, avec une légère gêne sur le visage.
Mais en entendant clairement mes mots, ma mère s'est fâchée et a dit :
« Qu'est‑ce que tu racontes ? Ce n'est qu'un simple test de médicament, ne dis pas de telles choses de mauvais augure ! »
Mon père m'a aussi lancé un regard froid.
« Tu veux encore te rétracter ? Le contrat est signé. Tu ferais mieux d'entrer sagement, quand le médicament sera prêt, on viendra te chercher pour rentrer à la maison. »
Lucien m'a alors pris doucement la main.
« Ce sera rapide, juste un mois. Quand tu sortiras, je t'achèterai tout ce que tu voudras. »
J'ai regardé mes parents, puis Lucien, avant de pousser un soupir et de retirer ma main.
Je me suis tournée et j'ai marché résolument vers le laboratoire, sans plus aucune once d'attachement pour eux.
L'expérimentation n'avait rien de normal, la douleur était atroce, comme si des milliers de fourmis rongeaient mon corps jour après jour.
Je me suis grattée avec rage, laissant des traînées de sang et de cicatrices sur ma peau.
Pendant tout ce temps, aucun d'eux n'est venu me voir.
Ils dînaient sans doute dans un grand restaurant, ou regardaient le coucher du soleil sur la Seine.
Je ne savais pas s'ils avaient pensé à moi.
Je savais seulement que mon cœur battait de plus en plus faiblement.
Le dix‑huitième jour, le moniteur cardiaque a affiché une ligne droite, sans la moindre pulsation.
Le médecin est entré, croyant que je dormais, et il m'a tapoté le bras avec impatience.
« Lève-toi, il est temps de passer à la prochaine phase de l'étude. »
Mais en guise de réponse, il n'y a eu qu'un long silence.
Il a froncé les sourcils, puis, apercevant l'écran du moniteur, il a blêmi d'effroi.
Longtemps après, il a pris son téléphone d'une main tremblante et a appelé mes parents.
« Madame Bernard… il y a eu un problème… Mademoiselle Bernard… est morte ! »
Au bout du fil, un silence bref, puis ma mère a éclaté d'un rire moqueur, indifférente.
« Monsieur, ce n'est pas le poisson d'avril aujourd'hui, cessez vos plaisanteries. »
Le médecin, regardant mon corps livide et raide sur la table d'opération, s'est emporté, pris de panique :
« Qui plaisante avec vous ? Elle ne respire plus du tout ! »
De l'autre côté, Lucien a arraché le téléphone des mains de ma mère et a répondu d'un ton calme :
« Monsieur, Léa cherche sans doute à fuir les tests, ne vous laissez pas berner. »
« Vous êtes fous ! Elle est vraiment morte ! »
Avant même qu'il ne termine, Lucien l'a interrompu, agacé :
« Nous avons à faire ici. Quand Léa se réveillera, dites‑lui d'arrêter ses manigances. Nous viendrons la voir dans douze jours. »
Après ces mots, il a précipitamment raccroché.
Le médecin est resté figé, surpris.
Il a rappelé plusieurs fois, en vain.
Il a juré entre ses dents, puis a jeté mon cadavre dans une morgue.
Personne ne savait que ce prétendu laboratoire médical était l'œuvre d'Isabelle elle‑même.
C'était son plan pour entretenir son image fragile, garder l'amour de mes parents et conquérir Lucien.
Mon âme s'est détachée de mon corps, et j'ai observé ma dépouille abandonnée comme un vulgaire déchet.
Bientôt, les fourmis et les rats ont suivi l'odeur, dévorant ma chair, suçant mon sang.
Bien que morte, je semblais encore ressentir la douleur.
De mon vivant, je n'avais reçu l'amour de personne, et dans la mort, nul ne s'est soucié de moi. Ma vie entière n'avait, semble-t-il, aucune signification.
Mon âme restait prisonnière du corps, incapable de s'en éloigner d'un pas.
Les jours passaient, et la petite morgue se remplissait d'une puanteur suffocante.
Enfin, une voix familière s'est élevée derrière la porte.
« Monsieur, la recherche sur le médicament a‑t‑elle réussi ? »
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