
Le Prénuptial : Mon arme à un milliard de dollars
Chapitre 3
Point de vue d'Adèle Fournier :
« Toi », râlai-je, le mot écorchant ma gorge à vif.
Le feu dans mon estomac était un enfer maintenant, chaque terminaison nerveuse hurlant de protestation. « C'est toi qui as fait ça. »
Le sourire narquois de Cassie s'élargit. « Fait quoi, Adèle ? T'aider dans ton parcours de bien-être ? Certaines personnes ne supportent tout simplement pas une petite détox. »
J'essayai de me relever, de me jeter sur elle, mais mon corps me trahit. J'étouffais, mes voies respiratoires se fermant à cause de la violente réaction allergique. Des points noirs dansaient dans ma vision.
François-Xavier apparut derrière elle, son visage un masque d'alarme. « Qu'est-ce qui ne va pas avec elle ? »
« Je crois qu'elle a une de ses crises », dit Cassie, sa voix teintée de pitié. « La pauvre. Elle est si… fragile. »
« Appelle… le 15 », haletai-je, les mots à peine audibles.
François-Xavier hésita. Il regarda mon corps se tordant sur le sol, puis le visage calme et composé de Cassie. Il voyait un inconvénient, un désordre qui perturberait sa soirée parfaite.
« Elle fait juste du cinéma », apaisa Cassie, posant une main sur sa poitrine. « Elle fait ça pour attirer l'attention. Laissons-la juste passer la crise. Je vais appeler le médecin de la maison. »
Le monde s'estompait en gris. Ma dernière pensée consciente fut le visage de François-Xavier, non pas rempli d'inquiétude pour sa femme de dix ans, mais d'agacement. Il était agacé que je sois en train de mourir sur le sol de sa cuisine.
Je me suis réveillée au bip rythmé d'une machine et à l'odeur âcre et antiseptique d'un hôpital. Pas la clinique privée de François-Xavier, mais un hôpital public. Une infirmière ajustait ma perfusion.
« Vous avez beaucoup de chance », dit-elle, sa voix gentille mais sévère. « Un choc anaphylactique. Quelques minutes de plus et nous n'aurions pas pu vous ramener. Qu'est-ce que vous avez bien pu ingérer ? »
Je ne pouvais pas parler. Ma gorge me semblait tapissée de papier de verre.
Du couloir, j'entendis des voix. Un médecin parlait à voix basse et en colère.
« Je me fiche de qui il est ! Cette femme était à quelques minutes de la mort, et sa première préoccupation était de savoir si la presse l'apprendrait. Il a essayé d'empêcher les ambulanciers de l'emmener à un hôpital public ! Il voulait la transférer dans son établissement privé, contre avis médical. Incroyable. »
Puis j'entendis la voix mielleuse de Cassie. « Mais le docteur essaie juste de protéger notre vie privée. Adèle a ces… épisodes dramatiques. Elle est mentalement instable. Elle a probablement pris les mauvaises pilules exprès pour attirer l'attention de FX. »
Et puis, la voix de François-Xavier, froide et finale. « Ma fiancée a raison. Ma femme est… souffrante. Nous nous occuperons de ses soins à partir de maintenant. »
Fiancée. Le mot me frappa avec la force d'un coup physique. Il m'avait déjà remplacée, non seulement dans son lit, mais dans son avenir. Je n'étais plus sa femme. J'étais juste un problème à gérer.
Une vague de nausée, cette fois née d'une pure dévastation émotionnelle, m'envahit. Je tournai la tête et vomis dans la bassine à côté du lit. C'était comme si je purgeais les dix dernières années de ma vie, les derniers vestiges de la fille stupide qui croyait que l'amour pouvait tout conquérir.
Je l'avais tellement aimé que c'était devenu mon identité. Je m'étais modelée en la femme dont il avait besoin, la partenaire parfaite pour une étoile montante. J'avais organisé ses fêtes, charmé ses investisseurs, défendu ses excentricités. J'avais renoncé à mes propres rêves, à mes propres amis, à ma propre santé. Pour quoi ? Pour être qualifiée de « souffrante » et jetée comme un meuble cassé.
François-Xavier apparut dans l'embrasure de la porte, son visage un masque d'inquiétude soigneusement arrangé. « Adèle. Tu es réveillée. Tu nous as fait une belle frayeur. »
« Nous ? » murmurai-je, ma voix un croassement brisé.
Il eut la décence de détourner le regard. « Cassie et moi. »
Il resta assis près de mon lit pendant les jours suivants, une présence silencieuse et maussade. Il n'était pas là pour moi. Il était un geôlier. Il attendait que je sois assez bien pour être ramenée sous son contrôle, dans la maison où Cassie et son régime de bien-être empoisonné attendaient.
« Tu sais, il y a un gala de charité ce soir », dit-il un après-midi, faisant défiler son téléphone. « Au chalet de ce baron du pétrole, Machin-chose, à Courchevel. C'est une affaire ridicule, mais Cassie est honorée pour son militantisme animalier. C'est important pour sa marque. » Il fit une pause. « Je pense que tu devrais venir. Ce serait bien pour toi de sortir. Et ça montrerait un front uni. Pour arrêter les rumeurs. »
Il voulait me parader comme un accessoire pour calmer les ragots sur sa nouvelle fiancée. L'audace était à couper le souffle.
« Mon père est en soins intensifs, FX », dis-je, ma voix morte.
« Il est stable », rétorqua-t-il avec dédain. « Rester assise à son chevet ne changera rien. C'est important. »
Je regardai son visage, l'homme que je ne reconnaissais plus, et je sus. C'était ma seule issue. Si j'étais à un événement public, entourée de ses riches pairs, il ne pourrait pas me faire disparaître.
« Très bien », dis-je. « J'irai. »
Le gala se tenait dans un chalet tentaculaire et ostentatoire dans les montagnes de Courchevel. L'air était vif et froid. L'événement principal était une présentation de la collection privée d'animaux exotiques de l'hôte, y compris plusieurs ours bruns massifs gardés dans un grand enclos ultramoderne. C'était une démonstration grotesque de richesse et de pouvoir, et Cassie, la prétendue amoureuse des animaux, était au centre de tout cela, rayonnante.
Les ragots me suivaient comme une ombre. Des chuchotements et des regards de côté. « C'est elle… la première femme. » « J'ai entendu dire qu'elle a fait une dépression complète. » « La pauvre, il est déjà passé à autre chose. »
Je me tenais au bord de la foule, une coupe de champagne intacte à la main, me sentant comme un fantôme à un festin. Je me souvins d'un temps où François-Xavier aurait été à mes côtés, son bras solidement autour de moi, défiant quiconque de me regarder de travers. Maintenant, il était de l'autre côté de la pelouse, son bras autour de Cassie, riant à quelque chose qu'elle disait. Il lui passa publiquement une bague en diamant au doigt, une pierre si grosse qu'elle en était vulgaire. La foule éclata en applaudissements.
Soudain, il y eut une agitation près de l'enclos des ours. Un grand craquement, suivi de cris de panique. L'un des ours massifs, agité par le bruit et les lumières, avait brisé une section du verre renforcé. Il était sorti.
Le chaos éclata. Les gens criaient et couraient, une débandade de smokings et de robes de soirée. Mon sang se glaça.
Instinctivement, je cherchai François-Xavier. Il bougeait déjà, son visage un masque de terreur. Mais il ne courait pas vers moi. Il courait avec Cassie, son bras enroulé protecteur autour d'elle, la pressant vers la sécurité du chalet principal.
Il ne jeta même pas un regard en arrière.
Dans la panique qui s'ensuivit, quelqu'un me poussa violemment par derrière. Je trébuchai, ma cheville se tordant sous moi, et tombai sur le sol dur et froid. Une douleur fulgurante me parcourut la jambe. J'essayai de me relever, mais ma cheville ne supportait pas mon poids.
J'ai été piétinée. Le talon d'une chaussure heurta ma tempe, et le monde explosa dans un éclair de douleur blanche et brûlante.
À travers le chaos, je l'ai vu. François-Xavier. Il avait atteint les portes du chalet avec Cassie. Il s'arrêta, et pendant un moment à couper le souffle, il se tourna et nos yeux se croisèrent à travers la foule terrifiée. Il m'a vue. Il m'a vue au sol, blessée, directement sur le chemin de l'animal paniqué et enragé.
Son visage était un tourbillon d'émotions. La peur. L'indécision. Et puis… rien. Un vide froid et délibéré.
Il me tourna le dos et disparut à l'intérieur du chalet, tirant les lourdes portes en chêne derrière lui.
Il m'a laissée là pour mourir.
La dernière chose que j'ai vue avant que l'obscurité ne m'engloutisse fut l'ombre massive et imposante de l'ours, se dressant sur ses pattes arrière, son rugissement un tonnerre assourdissant qui couvrit le son de mon propre cœur se brisant pour la toute dernière fois.
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