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Couverture du roman Le PDG Qui Ne Sourit Jamais

Le PDG Qui Ne Sourit Jamais

Après une humiliation publique infligée par son ex, une employée doit affronter Walker, son PDG au charisme glacial. Ce dirigeant redouté, dont le silence impose une autorité absolue, observe ses moindres failles. Entre la pression d'un travail précaire et les tensions toxiques du passé, elle plonge dans un jeu dangereux où la crainte se mue en attirance. Elle ignore encore que derrière le masque de ce tyran se dissimule un secret bien plus complexe que le pouvoir.
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Chapitre 2

Warren me lance un sale coup d'œil par-dessus son épaule. Il a toujours le blanc des yeux un peu injecté de sang, c'est flippant. Et pour son âge, il a encore une sacrée carrure. Je me la boucle d'autant plus. À l'arrière, Bishop me jette un regard réprobateur. En bon lèche-bottes, il déteste que j'énerve le chef. Trop peur d'en prendre pour son grade. Pour un secouriste qui risque sa vie tous les jours, ce mec manque sérieusement de cojones1. Alors qu'il est persuadé d'avoir la plus grosse paire qui soit, droit dans ses boots, tête haute et cheveux blonds coupés ras.

L'ambulance freine subitement et se gare en travers de la route, à côté d'une voiture de police déjà sur place. Plus de vannes, plus d'animosité, on redevient des pros à la seconde où les portes s'ouvrent. On s'éjecte tous et on marche groupés vers la victime qui crie à pleins poumons.

–    Rencardez-moi ! beugle Warren aux policiers en service.

–    Plaie par arme blanche à l'abdomen sur homme de 55 ans. C'est assez superficiel mais il braille tout ce qu'il peut. Les voisins s'en sont mêlés, mais ça ressemble surtout à une dispute conjugale qui a mal tourné.

–    Bon Dieu, ils ne peuvent pas se taper dessus à l'ancienne sans foutredu sang partout ? ronchonne le chef.

C'est fou comme toute cette génération d'hommes semble trouver les violences domestiques presque normales. Ça me tend de les entendre banaliser ou minimiser sans scrupule ce qui vient de se passer. Mais pas le temps de réfléchir. Un nouveau coup du menton de Warren et le patient est à nous. Tout en enfilant mes gants, je m'approche de la victime allongée sur le trottoir. Je dépose mon énorme sac à dos à ses pieds. Bishop prend ses constantes, Gibbs examine la plaie, Raffy prépare les médocs, pendant que le chef pianote sur sa tablette reliée à la régulation pour mettre à jour le bilan du patient et notre prise en charge. Tout le monde sait ce qu'il a à faire. Je commence mon interrogatoire, même si mon rôle consiste surtout à parler à la victime, la rassurer, lui rappeler qu'on est là pour l'aider.

–    Où est-ce que vous avez mal, monsieur ?

–    À ton avis ? Une belle gueule et des gros bras mais rien dans le crâne, c'est ça ? Je pisse le sang par le nombril, ça te paraît normal ?

–    Ce qui ne me paraît pas tout à fait normal, monsieur, c'est à quel pointvous sentez le whisky et le vomi à la fois. Je vous conseille de me parler correctement si vous voulez qu'on vous aide...

J'enfouis mon visage dans mon coude pour chasser de mon nez l'odeur immonde de son haleine chargée.

–    Cette connasse m'a planté ! Non mais c'est une vraie folle ! Vingtdeux ans de mariage et elle me fait le coup de l'hystérique qui dégaine son couteau de cuisine ? Dans mon bide ? ! Mais elle se prend pour qui, cellelà ? !

Le type tente de se relever pour cracher sur sa femme, menottée non loin de là. Une policière la tient fermement sous un bras mais elle n'a pas l'air de chercher à fuir où que ce soit. Elle pleure, renifle, tente de s'essuyer le visage en frottant sa joue contre son épaule. Je remarque un ancien bleu devenu jaune sur sa pommette, l'autre œil est cerné de violet, ses avant-bras sont couverts de vieilles cicatrices à peine visibles et sa chemise est en sale état. Je n'aime pas ce que je vois. J'échange un regard entendu avec Rafferty. Il s'approche d'elle pour aller vérifier qu'elle n'a pas besoin de soins.

Alors qu'il s'excite à nouveau, je plaque ma main gantée sur le torse nu de l'homme « blessé ». C'est un bien grand mot.

–    Arrêtez de vous agiter. Vous vous êtes battus, tous les deux ?

–    Elle a pété un plomb mais je ne l'ai pas touchée, moi ! Cette putain ne mérite pas que je me salisse les mains sur elle...

–    Qu'est-ce qu'on a dit sur « parler correctement » ? Vous voulez qu'un de ces policiers vous menotte aussi ou je m'occupe de vous personnellement ?

Mon ton n'était pas exactement professionnel, mais cet ivrogne commence à me taper sur les nerfs. L'un de mes collègues me met une petite tape discrète dans le dos pour me faire comprendre de me tenir à carreau.

–    Me menotter pour quoi ? J'ai rien fait, moi ! Vous n'êtes pas censés me soigner ? J'ai mal, bordel !

–    Vous avez surtout mal à l'ego, je crois, monsieur, intervient Gibbs.

C'est une petite entaille de rien du tout, calmez-vous un peu.

–    T'es qui pour me dire ça, toi, le basané ? !

–    Immobile, on a dit ! sifflé-je.

Je me rapproche un peu de son visage rougeaud pour lui murmurer entre mes dents serrées :

–    Le racisme, ce n'est pas une opinion, abruti, c'est un délit. Tu as de lachance que mon coéquipier accepte encore de te soigner...

–    Laisse tomber, Cruz, j'en ai fini avec lui ! me balance Gibbs en faisant claquer ses gants.

–    Et t'as quoi, toi ? 25 ans à tout casser ? me demande le patient à l'élocution douteuse. Alors arrête de me faire la leçon et retourne faire mumuse. Laisse les vrais professionnels s'occuper de moi, mon petit gars !

Il éructe, ricane, postillonne et rote à la fois, le regard noir et les gestes désordonnés. J'esquive la petite tape condescendante qu'il essaie de me mettre sur la joue et j'applique de nouvelles compresses propres sur sa plaie qui ne saigne presque plus. Je prends sur moi pour ne pas appuyer bien fort là où ça fait mal. Mais je n'ai plus aucun doute : celui ou celle qui a tenté de le planter ne savait pas ce qu'il faisait. Ou n'a pas vraiment osé.

Sept minutes plus tard, mes collègues ont l'air aussi pressés que moi de se débarrasser de ce boulet.

–    Bon, il est stable ? On peut l'embarquer ? demande Rafferty.

–    Les antidouleurs sont passés, mais il faudrait peut-être le sédater si onne veut pas qu'il nous foute le bordel dans le camion, réplique Gibbs.

–    Et pour la femme, on fait quoi ?

–    Les policiers s'en chargent, ce n'est pas notre problème, rétorque Bishop avec un haussement d'épaules.

Mon binôme me contourne tout en me fixant longtemps du regard pour me rappeler de la fermer. Il me connaît mal. Je me relève pour aller voir mon chef.

–    Je pense que le mari bat sa femme et qu'elle a tenté de le poignarderpour se défendre, on ne peut pas la laisser comme ça.

Warren me regarde de travers, le menton en l'air, en signe de mépris.

–    T'es enquêteur ou secouriste, Cruz ? Contente-toi de faire ton boulot, laisse le leur aux flics.

–    Je voudrais juste pouvoir examiner la femme avant de rentrer, chef.

–    Rafferty l'a fait, elle va bien et ce n'est pas pour elle qu'on a étéappelés.

–    On a peut-être loupé un truc.

–    Tu restes à ta place, tu soignes le patient et on le transfère à l'hosto.

Point barre. Fin de la mission.

Je me retourne vers le type alcoolisé qui bafouille de nouvelles insultes.

–    Tu vas voir ce que je vais te faire en échange, espèce de tarée... Attends un peu que je sois sur pied.

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