
Le Parfum De Ma Vengeance
Chapitre 2
Aveline POV:
Un sourire fugace avait effleuré les lèvres de ma belle-mère, Maëlle. Mon père avait soupiré de soulagement, son visage se détendant. Ils avaient échangé un regard complice, pensant que leur mission était accomplie. "Merci, ma chérie," avait dit mon père, sa voix retrouvant une chaleur que je n'avais pas entendue depuis des lustres, mais qui ne m'était pas destinée.
Ils avaient quitté la pièce, me laissant seule avec Précilla. Elle était restée là, un sourire à peine perceptible étirant ses lèvres. "Oh, Aveline," avait-elle dit, sa voix pleine de fausse douceur. "Je suis tellement désolée que tu doives te plier à ça. Mais tu sais, Dorian et moi, on a tellement de projets. C'est vraiment important pour ma carrière." Elle avait fait le tour de la pièce, ses yeux glissant sur mes étagères remplies d'essences rares, de béchers et de fioles. Ses doigts effleuraient mes outils, comme une enfant qui découvre un nouveau jouet. Un frisson m'avait parcourue. Cette pièce n'était pas un simple laboratoire. C'était le sanctuaire de ma mère.
"C'est drôle," avait-elle continué, son regard s'arrêtant sur un cadre photo posé sur mon bureau. C'était une vieille photo de ma mère, souriante, un flacon de parfum à la main. "Je me souviens de cette odeur. Ce parfum que ta mère portait. Tellement démodé. Et toi, tu as toujours gardé cette petite fiole, n'est-ce pas ? Celle qu'elle t'a laissée."
Un nœud s'était formé dans ma gorge. C'était la dernière fiole du parfum unique de ma mère, son "signature", une création qu'elle n'avait jamais commercialisée. Un héritage olfactif, un lien direct avec elle. Chaque goutte était précieuse.
Je m'étais retournée, prête à lui demander de ne pas toucher. Mais c'était déjà trop tard. D'un mouvement maladroit, ou peut-être pas, elle avait fait tomber la petite fiole. Elle s'était brisée en mille éclats sur le sol en marbre. L'odeur douce et complexe s'était répandue, un mélange de jasmin, de santal et d'une note secrète, celle de ma mère.
Un cri aigu avait retenti. Précilla s'était accroupie, secouant sa main. "Aïe ! Je me suis coupée ! C'est ce stupide chat, il m'a fait peur !" Mon chat, Plume, un doux sphynx, était tranquillement endormi sur le rebord de la fenêtre, ignorant le drame.
Au même instant, la porte s'était rouverte avec fracas. Dorian. Son regard avait balayé la scène : Précilla au sol, un flacon brisé à ses pieds, et moi, figée, les yeux rivés sur les restes de ma mère.
"Précilla ! Qu'est-ce qui s'est passé ?" avait-il demandé, se précipitant vers elle. Il l'avait aidée à se relever, examinant sa main. Une petite coupure, un filet de sang perlant sur son doigt.
Précilla avait levé des yeux larmoyants vers lui. "J-je... j'essayais juste de t'aider, Dorian. Je voulais déplacer cette vieille fiole qui traînait. Mais le chat d'Aveline m'a sauté dessus et..." Elle avait sangloté, enfouissant son visage dans son épaule.
Dorian avait serré Précilla contre lui, son regard se posant sur moi. Ses yeux, autrefois remplis de tendresse, étaient glacials. "Aveline," avait-il dit, sa voix dure. "Comment peux-tu être si insensible ? Précilla essaie juste d'être utile. Et tu la laisses te faire ça ?"
Il avait pointé du doigt les fragments de verre, le désordre sur le sol. "Regarde ce que tu as fait. Tu es jalouse, c'est ça ? Jalouse de nous ? Laisse-la tranquille, Aveline. Elle n'a rien fait de mal. Elle a une vie bien plus difficile que la tienne, elle est sous les feux des projecteurs, elle doit faire face à tout ça..."
Mes poings s'étaient serrés. Jalouse ? Insensible ? Mon cœur, déjà endurci, avait senti une nouvelle fissure s'ouvrir. Ces mots, venant de lui, étaient une torture. Nous avions partagé tant de choses, tant de nuits, tant de secrets. Il m'avait juré son amour, sa fidélité. Et maintenant, il me regardait comme une étrangère, une ennemie.
Je m'étais remémoré nos débuts, le laboratoire où nous avions passé des nuits entières à créer, nos rires, nos promesses murmurées. Il m'avait dit que je serais sa muse, sa partenaire. Comment tout cela avait-il pu s'effondrer si vite ? Comment avait-il pu me haïr avec une telle intensité ?
Une larme solitaire avait tracé un chemin brûlant sur ma joue. Je m'étais efforcée de la retenir, de ne pas lui donner la satisfaction de me voir brisée. Mais la douleur était là, vive, lancinante. Une douleur qui n'était pas celle du chagrin, mais de l'injustice, de la trahison la plus profonde.
"Dorian," avais-je commencé, ma voix tremblante. "Tu ne te souviens pas ? C'est le parfum de ma mère. C'est..."
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