
Le Pacte de la Luna
Chapitre 2
Le choc de ces mots fit vaciller Madame Ferlay. Elle recula d'un pas, comme si son mari venait de lui porter un coup. « Livia ? Mais... ce n'est qu'une enfant ! Elle n'est pas prête pour... pour tout ça !»
« Elle n'a pas besoin d'être prête, » répliqua Monsieur Ferlay avec une froide détermination. « Tout ce qu'elle a à faire, c'est jouer le rôle. Personne ne doit savoir. Nous prétendrons que c'est Solenne, et une fois le mariage scellé, il sera trop tard pour que l'Alpha se rétracte.»
« Et si Livia refuse ? » s'insurgea Madame Ferlay, les larmes lui montant aux yeux. « Elle n'est pas comme Solenne, elle n'a pas cette force... cette ambition... Elle ne supportera pas ce poids !»
« Elle n'aura pas le choix, » trancha Monsieur Ferlay, son ton sans appel. « C'est ça, ou nous perdons tout. Tu veux que notre famille soit jetée dans l'opprobre ? Que nos terres soient saisies ? Que nos noms soient rayés des alliances ?»
Madame Ferlay serra les poings, ses ongles s'enfonçant dans ses paumes. Elle savait qu'il avait raison, mais l'idée de sacrifier Livia la déchirait. Elle avait toujours protégé sa cadette, la plus douce, la plus fragile de ses enfants. Lui imposer un tel fardeau était une trahison envers tout ce qu'elle avait juré de faire pour ses filles.
« Laisse-moi lui parler, » finit-elle par dire, la voix tremblante. « Je... je veux au moins lui expliquer.»
Monsieur Ferlay acquiesça, bien qu'il doutât que Livia ait besoin de beaucoup de persuasion. Elle était loyale envers sa famille, peut-être trop.
Quelques instants plus tard, Livia fut convoquée dans la salle. Elle entra doucement, jetant des regards inquiets à ses parents. Sa silhouette frêle et son visage empreint de candeur contrastaient douloureusement avec le poids des attentes qui allaient bientôt s'abattre sur elle.
« Maman ? Papa ? Vous vouliez me voir ?» demanda-t-elle, sa voix douce trahissant une pointe de nervosité.
Madame Ferlay s'approcha de sa fille et prit ses mains dans les siennes. Elle inspira profondément, cherchant les mots justes. « Livia, ma chérie, il y a quelque chose de très important dont nous devons te parler. C'est... c'est une situation difficile, et nous avons besoin de toi.»
Livia fronça les sourcils, perplexe. « Que se passe-t-il ? Est-ce à propos de Solenne ?»
Madame Ferlay hocha lentement la tête. « Oui, ma douce. Solenne a eu un accident, et... et elle ne peut plus...» Sa voix se brisa, et elle serra les mains de Livia plus fort. « Elle ne peut plus épouser l'Alpha.»
Les yeux de Livia s'élargirent de stupeur. « Quoi ? Mais... mais c'est impossible ! Le mariage est prévu dans quelques jours !»
« Justement, » intervint Monsieur Ferlay, se levant pour faire face à sa fille. « C'est pour ça que nous avons besoin de toi. Livia, nous voulons que tu prennes la place de ta sœur.»
Un silence abasourdissant suivit cette déclaration. Livia regarda tour à tour ses parents, cherchant une explication, un démenti, quelque chose qui prouverait qu'elle avait mal entendu.
« Moi ? » souffla-t-elle finalement, la voix tremblante. « Vous voulez que je... que je me fasse passer pour Solenne ? Que j'épouse l'Alpha à sa place ?»
Madame Ferlay hocha la tête, les larmes coulant librement sur ses joues. « Je sais que c'est beaucoup te demander, ma chérie, mais nous n'avons pas d'autre choix. Si ce mariage n'a pas lieu, notre famille sera détruite.»
« Mais... mais c'est un mensonge ! » protesta Livia, reculant d'un pas. « Et si l'Alpha découvre la vérité ? Vous savez ce qu'il fera !»
« C'est un risque que nous devons prendre, » répliqua Monsieur Ferlay avec fermeté. « Et c'est un risque que toi seule peux assumer pour nous tous.»
Livia resta figée, les mots de son père résonnant dans son esprit. Elle sentit une boule se former dans sa gorge, une panique sourde mêlée à un sentiment d'impuissance. Elle n'avait jamais été préparée à une telle responsabilité. Solenne était la forte, la brillante, la digne représentante de la famille. Pas elle.
« Je... je ne sais pas si je peux le faire, » murmura-t-elle, la voix étouffée par les sanglots.
Madame Ferlay la prit dans ses bras, caressant doucement ses cheveux. « Tu es plus forte que tu ne le crois, ma chérie. Et nous serons là pour t'aider, chaque pas du chemin.»
Livia ferma les yeux, se laissant aller un instant contre sa mère. Mais au fond d'elle, une tempête faisait rage. Comment pouvait-elle faire face à une telle tromperie ? Et pourtant, en levant les yeux vers ses parents, elle vit la détresse dans leurs regards. Ils comptaient sur elle. Toute leur survie en dépendait.
« D'accord, » dit-elle finalement, d'une voix faible mais résolue. « Je le ferai.»
Madame Ferlay éclata en sanglots, embrassant sa fille avec une gratitude infinie, tandis que Monsieur Ferlay acquiesçait lentement, une lueur d'espoir à peine perceptible dans ses yeux.
Mais au fond d'elle, Livia savait qu'elle venait de sceller un pacte qui changerait sa vie à jamais.
Le manoir de la famille Rayven, habituellement un lieu où règnent l'élégance et la discipline, était devenu le théâtre d'une tension presque insupportable. La lumière tamisée du salon, qui baignait les murs ornés de portraits familiaux, semblait incapable de dissiper l'obscurité qui pesait dans l'air. Les voix basses des parents, entrecoupées de soupirs lourds, contrastaient avec le silence assourdissant de la maison.
Assise sur le canapé de velours bleu, Evelyne, la mère des deux jeunes filles, avait les traits tirés et les yeux cernés d'inquiétude. À côté d'elle, Marcus, son mari, maintenait une posture droite, mais son visage était un masque d'angoisse.
- "Nous n'avons pas le choix, Evelyne," murmura Marcus, sa voix rauque. "Tu sais aussi bien que moi que si cet accord échoue, c'est toute la famille qui sera ruinée."
Evelyne serra les mains sur ses genoux, cherchant une force qu'elle ne trouvait pas. Elle jeta un coup d'œil vers l'escalier, où des bruits de pas résonnaient faiblement.
- "Et Lila ? Tu as pensé à ce que ça lui fera ? Elle n'est pas prête à supporter tout ça. Ce mariage... ce mensonge... ce n'était jamais censé être son fardeau !"
- "Ce n'est pas un choix que je fais de gaieté de cœur," répondit Marcus, le regard dur mais empreint d'une tristesse sourde. "Mais regarde où nous en sommes. Après l'accident de Clara, le clan Stormridge commence déjà à douter. Si nous ne faisons rien, ils annuleront l'union et tourneront leur influence contre nous."
À ces mots, Evelyne baissa la tête. Les Stormridge. Leur nom seul suffisait à faire trembler les plus puissants. Des alliés redoutables, mais des ennemis encore plus terrifiants.
Lila entra dans la pièce à ce moment-là, attirée par les éclats de voix de ses parents. Ses longs cheveux bruns tombaient en cascade sur ses épaules, et son regard clair cherchait des réponses qu'elle n'était pas sûre de vouloir entendre.
- "Qu'est-ce qu'il se passe encore ?" demanda-t-elle en s'approchant prudemment, son ton empreint d'une méfiance mêlée de fatigue.
Evelyne leva les yeux vers sa fille cadette, mais sa voix semblait lui faire défaut. Ce fut Marcus qui parla.
- "Lila, assieds-toi. Nous avons quelque chose d'important à te dire."
Le cœur de Lila se serra. Elle s'assit face à eux, les mains jointes sur ses genoux, comme une écolière attendant une sentence.
- "C'est à propos de ta sœur," commença Marcus, pesant chacun de ses mots. "Tu sais que son mariage avec l'Alpha était crucial pour nous... pour notre famille."
Lila acquiesça, mais elle sentit son estomac se nouer. Elle savait où cette conversation allait mener, et elle n'aimait pas ce qu'elle entrevoyait.
- "Avec ce qui lui est arrivé," reprit Evelyne, la voix tremblante, "les Stormridge ne veulent plus honorer l'accord. Ils pensent que Clara n'est plus apte à devenir la compagne de leur Alpha."
- "Et qu'est-ce que ça a à voir avec moi ?" répliqua Lila, bien qu'elle sente déjà la réponse.
Marcus inspira profondément, son regard perçant celui de sa fille.
- "Nous avons besoin de toi pour prendre sa place, Lila. Tu devras te marier avec l'Alpha à sa place."
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