Suivre
Chapitres
Partager
Couverture du roman Le Monde des Esprits

Le Monde des Esprits

À Baya, village reculé de l'Est du Cameroun, Josias manque à son poste de mécanicien. Son patron révèle alors une vérité troublante : le jeune garçon participe à une cérémonie rituelle familiale. Si ces offrandes aux ancêtres visent habituellement la protection du clan, cette séance bascule dans l'horreur. L'officiant invoque par erreur une entité occulte dans l'existence de Josias. Désormais lié à cet esprit, l'enfant entame malgré lui une initiation vers un monde inconnu.
Chapitres
Partager

Chapitre 1

_ toc toc

_ oui, qui est là ?

_ c'est moi maman, c'est Maëva

La dame sortit retrouver son visiteur.

_ bonjour ma fille, comment tu vas ?

_ je vais bien maman

_ ok... Qu'est-ce que ta mère a dit ?

_ maman m'a envoyé te dire de ne pas oublier sa fête demain matin

_ ah oui, c'est encore où là ?

_ au carrefour "sans détour"

_ d'accord, dis lui que je vais être là

_ d'accord. Bonne journée maman

_ bonne journée ma belle

Maëva répartit en sautillant.

Au fait, de son nom complet Maëva FEUDJIO, Maëva est une petite fille d'environ 12 ans. Elle est élève en classe de 5e. Troisième née d'une famille de 3, sa mère l'a envoyé ce matin rappeler à maman Agathe, sa meilleure amie, la cérémonie qu'elle organise le lendemain.

En effet, ça fait bientôt 6 mois que la famille FEUDJIO prépare un évènement qui sera très grand: le sacrifice. C'est une cérémonie avec laquelle on ne blague pas en peuple camerounais, et Bamileke en particulier. C'est une cérémonie au cours de laquelle, le prêtre officiant qui peut être un marabout ou un Nkam-Sî comme on les appelle, entre en contact avec les ancêtres, et leur présente les doléances de la famille. Si la famille FEUDJIO a décidé de le faire maintenant, c'est parce que Josias, leur premier enfant, est sur le point d'aller à Douala, où il va devenir apprentis menuisier. Au village il apprend la menuiserie depuis bientôt un an, et ses parents ont voulu qu'il aille se perfectionner en ville.

Titulaire d'un CAP en bois, Josias est âgé de 17 ans. Après son diplôme, il n'a pas voulu continuer les études. Ne pouvant pas le laisser vagabonder au quartier, son père l'a envoyé travailler avec l'un de ses amis. C'est un métier que Josias aime beaucoup, il s'y donne avec coeur joie. Comme demain est le jour où il va assister à une cérémonie de sacrifice pour la première fois, du moins depuis qu'il est conscient, il se donne à coeur joie.

Maëva est arrivée à la maison, où la famille était en plein dans les préparatifs.

_ tu l'as vu? Demanda sa mère

_ oui maman, elle a dit qu'elle sera là le matin

_ d'accord...vas aider ton frère à ramasser le bois que ton père a fendu dans la cours là

Maëva alla retrouver son grand frère à l'extérieur, pendant que papa Thomas, son père, venait s'assoir à côté de sa femme.

_ mince, je ne pouvais pas imaginer que ça allait être une si grande cérémonie hein, yeuchhhh, il n'y a pas de petite fête, lui dit-il

_ je te dis. C'est plus que ce que je pensais

_ il ne faut pas seulement qu'on dépense comme ça et il part à Douala s'amuser et oublier sa famille hein, hummmm

_ tu connais bien ton fils pour savoir qu'il ne peut pas faire ce genre de choses. Tu vois bien comment il aime ses frères et nous... espérons seulement que les ancêtres vont accepter notre sacrifice et prendre soin de lui

_ je sais qu'ils vont accepter, mon fils est un gentil garçon, donc

_ en tout cas

Maëva et son frère avaient fini de ramasser le bois. Elle vint retrouver sa mère à la cuisine, pendant que papa Thomas allait se coucher pour se reposer après avoir beaucoup travaillé. Il profita pour passer un coup de fil à son ami, qui a dû se rendre d'urgence à Yaoundé voir son fils dont la femme venait d'accoucher. Après avoir discuté un peu, il déposa le téléphone et se coucha.

Maman Marie continua les préparatifs avec ses enfants. Lorsque tout fut prêt, ils rangèrent les choses dans la grande cuisine, et rentrèrent à l'intérieur se coucher aussi, pour attendre le lendemain.

Très tôt le matin, papa Thomas se réveilla en premier, et réveilla sa femme. La cérémonie devait avoir lieu à 10h, donc il fallait que tout soit en ordre avant l'arrivée du prêtre officiant. Comme Maëva l'a dit à la copine de sa mère, la cérémonie allait se dérouler au petit carrefour qui est à environ 1km de leur maison. Il fallait donc y être à temps, question d'inviter les voisins du lieu. Maman Marie très rapidement organisa ses enfants. Les paquets avaient déjà été faits la veille, il fallait donc juste les transporter pour le lieu de fête.

Pendant qu'ils rassemblaient les effets dans la cour, maman Agathe arriva

_ eh, bonjour les enfants

_ bonjour maman, répondirent les enfants en chœur

_ tout est prêt ?

_ oui

Comme maman Agathe discutait avec les enfants, maman Marie est sortie

_ ah, tu es déjà là?

_ je viens juste d'arriver

_ d'accord... On peut y aller alors

_ ok

Papa Thomas était déjà devant avec une damejeane de vin blanc, qu'il s'était fait livrer très tôt le matin. Les enfants se chargèrent de tout ce qui avait été apprêté, et partirent à la suite de leur père. Maman Marie portât le panier dans lequel se trouvait le coq qui allait être utilisé pour la cérémonie, et maman Agathe transporta le bidon d'huile rouge.

Le lieu de la cérémonie n'était pas très éloignée de la maison. Ils sont donc arrivés en une vingtaine de minutes. Papa Thomas était déjà arrivé depuis un instant, et discutait avec celui qui allait faire office d'agent de liaison avec les ancêtres de la famille. Lorsque tout le monde se fut installé, le prêtre prit la parole, et parla dans une langue que seul les habitants du village, ou du moins ceux qui y ont vécu longtemps pourraient comprendre. Il invita ensuite la famille à se rapprocher de lui. Aux alentours, on pouvait voir plusieurs spectateurs qui s'étaient arrêtés pour voir ce qui se passait. Bien qu'ils le sachent, ce n'est pas tous les jours que des sacrifices avaient lieu ici.

Papa Thomas et sa famille s'approcha du Nkam-Sî, qui toucha chacun à tour de rôle, en prononçant des incantations. Ensuite, il prit le coq qu'ils avaient apporté et l'égorgea. Il rependit une partie du sang par terre en faisant des cercles. L'autre partie, il recueillit dans un canaris, et à l'aide de son doigt, il en mit quelques gouttes sur le front de chacun. Après cela, il prit du sel et en versa tout autour d'eux, sous forme de cercle toujours en prononçant des incantations. Lorsqu'il eut fini tout ce qu'il avait à faire, il prit la nourriture que la famille avait apporté, et distribua à tous ceux qui étaient présents.

La cérémonie se déroulera dans de bonnes conditions.

_ les ancêtres ont accepté ton sacrifice Thomas, dit le Nkam-Sî à la fin, tu as de la chance

_ vraiment ? Merci beaucoup

_ oui, vous êtes tous blindés.... Et toi mon petit Josias, je t'ai confié en particulier à ton arrière grand-père, il va exceptionnellement veillé sur toi.

_ ok, merci

_ tu devrais avoir fait ça depuis Thomas

_ laisse, c'est ma grande sœur avec ses histoires d'église là qui me décourage depuis. Elle me dit que c'est mauvais, pourtant c'est toujours elle qui demande d'honorer ses parents

_ akah, il faut les laisser comme ça. C'est une tradition qui existe depuis longtemps...bref, c'est bien comme tu l'as fait. Si tu l'avais fait depuis, tu aurais pu éviter ce qui est arrivé là. Tu vas voir que ton fils sera protégé, les opportunités vont se présenter à lui .

_ c'est ce que je souhaite...tu sais qu'il part en ville bientôt, continuer sa formation, il fallait qu'on le fasse pour que les ancêtres veillent sur lui.

_ et tu as bien réfléchi...bon, on a fini, vous pouvez y aller

_ d'accord.

Papa Thomas retourna à la maison avec sa famille, satisfait du déroulement de la cérémonie. Ce qu'il ignorait, c'est qu'il venait de conclure une alliance qui allait le faire souffrir.

Ce sont les coups répétés à la porte qui ont signalé à Josias que le jour s'était levé. C'est sa sœur qui venait le réveiller. Josias se leva et s'étira. En une fraction de seconde, Josias revit ce qu'il avait vécu dans la nuit. Le goût accre lui revint encore à la bouche. Josias se rendit à la douche où il brossa énergétiquement sa langue dans l'espoir de faire disparaitre ce goût, mais c'était peine perdue. Après sa toilette, il revint trouver ses parents dehors, déjà prêts pour le champ

_ tu ne voulais plus te réveiller ? Demanda sa mère

_ ...

_ bon, on part au champ. Ta nourriture est dans la marmite, ne viens pas en retard au travail, il ne faut pas que ton patron bavarde alors que tu pars bientôt

_ ok

Maman Marie et Maëva s'engagèrent sur la route du champ, suivi par papa Thomas qui devait encore finir de limer sa machette.

_ dis à ton patron que je vais passer le voir demain, ou lundi

_ d'accord papa

Papa Thomas alla rejoindre son épouse et sa fille.

Josias se rendit à la cuisine où il trouva sa nourriture que sa mère avait laissé. Il s'assit et mangea lentement, en pensant à ce rêve qu'il avait fait la nuit. Après avoir mangé, il alla se changer pour mettre son habit de travail, et sortit après avoir fermé la porte et laissé la clé là où ils ont l'habitude de laisser, et se rendit au travail.

Comme convenu, le papa de Josias arriva à leur attelier le lendemain en journée, afin de discuter avec son patron.

_ Tu sais que Josias a déjà fait plus d'un an ici, on a jugé bon qu'il aille se perfectionner à Douala

_ je comprends père, ce n'est pas un problème.

_ d'accord, merci. Mais ne te dérange pas pour l'argent de ce mois, il va t'apporter ça avant de partir

_ ah, ok. Merci, répondit le jeune homme en souriant.

Quelques échanges encore et papa Thomas prit congé du patron et alla continuer à vaquer à ses autres occupations.

Deux semaines plus tard, Josias était prêt pour quitter son petit village. C'est demain mardi qu'il va partir. Déjà la veille, son père a tenu sa promesse en envoyant à son patron les frais pour sa formation de ce mois. Sa mère avait déjà presque tout apprêté, surtout les denrées alimentaires que Josias devait transporter pour remettre à la famille qui allait l'accueillir à Douala, un sac bien chargé

_ Marie, pardon ne fais pas ce qu'on va aller en route me trimbaler l'enfant à cause d'un sac, c'est très gros

_ oui, mais il le faut. Tu sais comment les gens ont souvent faim à Douala, il ne faut pas qu'il manque de travailler parce qu'il n'y a pas de quoi manger.

_ Henri n'est pas un mendiant, il va s'occuper de lui

_ c'est vrai, mais il faut qu'il sache que ses parents ne l'ont pas seulement jeté. On va lui envoyer ça régulièrement

_ même si on passe tout la journée ici, je sais que je ne peux pas te faire changer d'avis, vas-y, charge le sac

Papa Thomas connaissait sa femme, elle aimait faire les choses bien. Après avoir tout rangé dans le sac et ficeler, elle le fit porter à la cuisine. Ensuite, elle apprêta ce qui devait servir de casse-croûte à Josias pendant le voyage, pour éviter les dépenses. Elle fit des frites de plantain mûr qu'elle emballa soigneusement. Tout ce travail occupa maman Marie toute la journée. Heureusement que Maëva était là pour lui donner un coup de main. Josias était là au début, mais à un moment son père l'a appelé pour discuter sérieusement avec lui.

_ tu sais que tu es le seul garçon dans cette maison, c'est toi qui doit être le leader. Comme tu pars là, je ne veux pas que Henri me dise que tu as changé stp. Reste l'enfant soumis et obéissant que tu as toujours été, respecte le, aisin que sa femme et ses enfants, apprends ton travail et finis tu pars. J'espère que tu me comprends

_ oui papa

_ je compte sur toi Josias, ne me déçois pas. Ta formation c'est deux ans, donc si tu t'appliques bien, tu ne verras pas le temps passé. Je vais te rendre visite de temps en temps pour me rassurer que tout va bien, d'accord ?

_ d'accord papa

_ si tu as le moindre souci, parles-en à Henri, c'est lui ton nouveau père, c'est ton oncle, il saura veiller sur toi et s'occuper de toi. Emilie sa femme est aussi très calme, donc ne les dérange pas stp

_ je te promets que je vais te faire honneur papa

_ merci mon fils.

Papa Thomas sortit un objet de sa poche

_ bien, ça c'est le talisman que le Nkam-Sî a donné, tu dois le porter sur toi.

Dès que Josias entendit Nkam-Sî, les évènements qu'il avait vécu la nuit de la cérémonie de protection lui revinrent à la tête. Il regarda son père avec un air de supplications, comme pour dire stp cet homme n'est pas bien. Papa Thomas remarqua

_ ne t'inquiètes pas, c'est juste une protection, tu vas attacher ça à ton rein et ça va te protéger des mauvais gens qui vont vouloir te faire du mal.

Josias aurait bien voulu refuser, mais pour faire honneur à son père, il prit le talisman, constitué d'un cauris enfilé dans une corde tissée, et devant son père, il passa l'objet autour de son rein et l'attacha derrière en faisant un nœud. Aussitôt que Josias ait fait le nœud, il sentit comme si quelque chose était entré en lui. Son regard changea, il ressentit comme une légère nausée. Son père continua

_ n'oublie pas aussi de réciter tes prières chaque jour, que la vierge Marie veille sur toi, évite les problèmes, je n'ai pas l'argent pour venir te sortir des problème. J'espère que tu me comprends très bien

_ oui papa

_ ok.

Papa Thomas discuta longuement avec son fils, lui prodiguant les conseils qui allaient lui être utiles pendant son séjour à Douala. Lorsqu'il eut fini de discuter avec lui, les deux retournèrent retrouver les femmes qui continuaient d'emballer les choses.

Le lendemain matin, il était 8h lorsque Josias et son père sont partis de la maison. Papa Thomas avait tenu à accompagner son fils jusqu'à l'agence. Il emprunta une moto qui devait venir à la maison porter les effets de Josias. La moto arriva et le conducteur chargea les sacs derrière et les attacha solidement. Connaissant déjà leur destination, il partit avec les sacs pendant que papa Thomas et Josias devaient suivre sur une autre moto.

_ sois sage et obéissant stp, lui dit sa mère en l'embrassant. Je ne veux pas de problème, reste calme et suis ta formation

_ d'accord m'man

_ bien

Josias embrassa aussi sa petite sœur, avant de s'installer derrière la moto où se trouvait déjà son père.

Vous aimerez aussi

Couverture du roman Amoureuse de la mauvaise personne
8.4
Cynthia quitte le cocon familial pour se lancer dans des études de médecine au sein d'une ville inconnue. Portée par un désir d'indépendance, elle croise la route de Dayane et succombe à son charme. Elle ignore toutefois que cet homme, incapable de résister à sa beauté, mène une double vie : il est déjà marié et père de famille. Entre ambitions professionnelles et désillusions sentimentales, suivez le parcours mouvementé de cette jeune femme face à la trahison.
Couverture du roman Amours atypiques
9.0
Cinq lignées voient leurs destins s'entremêler dans une spirale de tourments. Au cœur de ce chaos, un frère est prêt à commettre l'irréparable pour venger l'honneur de sa sœur, quitte à sacrifier son propre bonheur amoureux. En parallèle, une jeune femme endure le pire en silence afin de protéger les crimes de son frère. Entre vengeance, secrets et profonds regrets, l'ordre entre famille, honneur et amour vacille. Sortiront-ils indemnes de ce jeu dangereux ?
Couverture du roman IMPOSTURE
8.2
Issue d'une famille pauvre, Mira se sacrifie pour les siens avant d'être bannie par son père. Elle rejoint alors un réseau d'escrocs qui la transforme en une redoutable manipulatrice de riches héritiers. Cependant, elle finit par s'éprendre de l'une de ses cibles. Malgré un mariage clandestin, son passé la rattrape. Entre trahisons, mensonges et déceptions, elle doit désormais lutter pour sa survie quand ses secrets éclatent, menaçant de détruire sa vie entière.
Couverture du roman La Déshéritée de la Famille
8.1
Isabella Sinclair est l'héritière d'une lignée prestigieuse, pourtant elle vit dans le dénuement. Après le bannissement de son père et le décès de ses parents, la jeune femme de 22 ans perd tout face aux dettes. Alors qu'elle survit à la rue, une lettre inattendue l'invite à une croisière familiale organisée par les Sinclair. Sans aucune autre issue, elle accepte ce voyage de deux semaines, ignorant si ces retrouvailles marqueront son salut ou sa ruine définitive.
Couverture du roman La petite prisonnière de la tour L
9.1
Le 23 décembre 2020, à Drancy, l'ambiance est aux festivités. Près de la mairie, une famille se rassemble dans l'allégresse pour clore l'année en beauté. Entre rires et éclats de joie, les enfants s'isolent dans la chambre d'Inaya et Saysay, transformée en repaire mystérieux. C'est là que les deux fillettes décident d'entraîner leurs camarades dans leur univers fantastique. Elles s'apprêtent à leur révéler une découverte insolite qui bouleversera le cours de leurs vacances.
Couverture du roman La pluie de sang
7.9
Lors d’une tempête toxique, la famille d'Ailith Ying subit une mutation effrayante en vampires. Pour les guérir, l'étudiante doit trouver la pilule Lumin, un remède unique. Son destin bascule quand deux amis l'enlèvent vers Miami pour fuir les monstres. Alors que le fléau des Eaux Noires dévaste l'Amérique, Ailith entame un périple héroïque. Elle doit rejoindre les siens et stopper cette apocalypse pour sauver un monde à l'agonie. Une quête de survie désespérée commence.