
Le mensonge de l'Alpha : Le soulèvement de l'Oméga
Chapitre 3
Point de vue de Sélène :
Le cristal de données dans ma poche semblait à la fois lourd et insignifiant. C'était une preuve accablante, oui, mais c'était numérique. On pouvait le rejeter comme étant fabriqué. J'avais besoin de quelque chose de plus. Quelque chose de viscéral, d'indéniable, recueilli au cœur même de leur vie secrète.
Je devais retourner dans ce manoir.
Ma position de guérisseuse de la meute était ma clé. J'ai fabriqué un rapport sur une possible épidémie de fièvre pulmonaire parmi les aînés de la meute et je l'ai utilisé comme prétexte.
« Une des servantes de l'ancienne loge de chasse des Vance est sur ma liste pour un bilan de santé », ai-je dit au chef de la sécurité, en utilisant la désignation officielle et oubliée du manoir. « Elle est trop fragile pour venir à la clinique. »
La permission a été accordée sans la moindre hésitation. Je n'étais que la gentille guérisseuse Oméga, après tout.
Vêtue de ma simple tunique de guérisseuse, j'ai été escortée jusqu'au manoir par un garde stoïque qui m'a laissée à la porte. À l'intérieur, j'ai été accueillie par une servante Oméga à l'air nerveux. Elle s'appelait Marie.
« Je suis ici pour voir Elara », ai-je dit, ma voix calme et professionnelle.
« Elle est dans sa chambre », a chuchoté Marie en se tordant les mains. « Mais... la maîtresse et le maître sont sortis avec le jeune seigneur. Ils ne seraient pas contents de trouver une étrangère ici. »
« Ça ne prendra pas longtemps », l'ai-je assurée, mes yeux balayant déjà le hall opulent. « Mes devoirs envers la santé de la meute passent avant tout. »
Après un rapide examen de santé inventé sur la vieille louve, je suis passée à l'action.
« J'ai besoin d'un verre d'eau », ai-je dit à Marie, la guidant vers le salon principal. « Et j'ai remarqué que vous ménagiez votre main gauche. Ceci pourrait aider avec l'arthrite. » Je lui ai offert une petite bourse d'herbes rares de Pétales de Lune.
Ses yeux se sont écarquillés. Les Pétales de Lune étaient hors de prix. Alors qu'elle l'acceptait, j'ai orienté la conversation.
« C'est une belle maison. Le Futur Alpha doit en être très fier. »
La gratitude et notre statut commun d'Oméga lui ont délié la langue.
« Il l'est », a-t-elle confié à voix basse. « L'Alpha Richard lui-même vient deux fois par semaine pour enseigner les formes de combat au jeune Seigneur Léo. Et la Luna Éléonore... elle apporte à Dame Lyra les plus beaux bijoux en pierre de lune. Je l'ai entendue appeler Lyra la Luna qu'elle a toujours voulue, celle qui apporterait l'honneur à la meute. »
Chaque mot était une confirmation de la vérité que je connaissais déjà, mais l'entendre prononcé à voix haute rendait la trahison à nouveau vive et crue. Mon regard s'est porté sur la chambre principale, la porte légèrement entrouverte.
« Puis-je utiliser les toilettes ? » ai-je demandé.
Marie a hoché la tête, distraite par les précieuses herbes. Je me suis glissée dans la chambre. C'était un sanctuaire qui leur était dédié. Son odeur était partout, mêlée à la sienne — un mélange écœurant de rose et d'ambition. Sur le mur, un projecteur holographique géant était actif, affichant une image fixe.
C'était Damien et Lyra, vêtus des robes de cérémonie blanches et scintillantes d'une cérémonie d'union. Sa main était sur sa taille, la sienne sur sa poitrine. Ils souriaient, ayant l'air d'un véritable Alpha et d'une véritable Luna. Ils avaient tenu leur propre cérémonie secrète. Ils s'étaient moqués de la Déesse Lune elle-même.
Une vague de vertige m'a submergée, l'audace pure de leur acte me coupant le souffle. J'ai reculé en titubant, ma main trouvant le cadre de la porte pour me soutenir juste au moment où le bruit d'une voiture crissant sur l'allée de gravier a envoyé une décharge d'alarme à travers moi.
« Ils sont rentrés plus tôt ! » a sifflé Marie depuis le couloir, son visage pâle de terreur.
Avant que je puisse réagir, elle m'a poussée dans la cachette la plus proche — un grand garde-manger sombre près de la cuisine, tirant la porte juste au moment où la porte d'entrée s'ouvrait.
Mon cœur battait à tout rompre dans l'obscurité suffocante. Je pouvais entendre leurs voix, fortes et claires, depuis la cuisine attenante. Léo bavardait sur sa journée. Puis, Lyra a parlé.
« J'en ai tellement marre de ça, Damien », s'est-elle plainte, sa voix tranchante. « Marre de faire semblant. Je veux que tu me Marques. Je veux que tu te tiennes devant la meute et que tu Rejettes formellement cette Oméga pathétique. »
L'air dans le garde-manger est devenu rare, difficile à respirer.
J'ai entendu le tintement de verres, puis la voix basse et apaisante de Damien.
« Patience, Lyra. Le traité est presque signé. J'ai besoin de la stabilité du lien prédestiné encore un peu de temps. Mon loup est agité avec le changement de pouvoir. »
Il a soupiré, un son de résignation lasse.
« La nuit de la prochaine pleine lune, après la signature, je le ferai. Je la rejetterai devant tout le monde. Ensuite, toi et moi achèverons le marquage, et tu prendras ta place légitime en tant que ma Luna. »
Puis sont venus les mots qui ont arrêté mon cœur.
« Toi et Léo êtes mon avenir, ma dynastie », a-t-il dit, sa voix dénuée de toute émotion. « Sélène... elle n'était qu'une blague de la Déesse Lune, un outil sur le chemin du pouvoir. Un moyen pour parvenir à une fin. »
Un outil. Une blague.
Des larmes que je ne savais pas qu'il me restait ont coulé sur mon visage dans l'obscurité silencieuse. J'en avais assez entendu.
J'ai attendu que leurs pas se déplacent vers le salon. Puis, retenant mon souffle, je suis sortie du garde-manger. Marie m'a lancé un regard terrifié, et je lui ai fait un petit signe de tête rassurant avant de glisser silencieusement par la porte arrière.
En contournant le coin de la maison, mon chemin a croisé celui de Lyra, qui était sortie sur la terrasse, son communicateur à l'oreille. Elle portait une robe de soie, son visage illuminé par la lueur de l'appareil.
Ses yeux se sont plissés, balayant ma simple tunique de guérisseuse et ma cape à capuche. Elle ne m'a pas reconnue, mais j'ai vu la lueur de suspicion dans son regard. Une guérisseuse, ici, à cette heure ? C'était inhabituel.
Elle n'a rien dit, mais son regard calculateur m'a suivie jusqu'à ce que je disparaisse dans la lisière des arbres.
J'ai su alors, avec une certitude glaçante, que mon temps était compté.
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