
Le Magnat Célibataire
Chapitre 2
La nuit avait été longue, mais Maximilien Moretti n'était pas homme à laisser une rencontre intrigante sans réponse. Assis dans son bureau, dominant les lumières de New York à travers la baie vitrée, il parcourait les informations qu'il avait fait rassembler sur Sofia Blackwood.
Rien.
Ou plutôt, trop peu pour une femme qui prétendait vouloir faire son entrée dans le monde impitoyable des affaires. Pas de grandes écoles prestigieuses, pas de réseau familial connu, pas de parcours qui expliquait comment elle avait pu se retrouver à ce gala parmi l'élite des investisseurs. Une ascension récente, fulgurante, mais sans les traces habituelles d'un héritage ou d'un mentor puissant.
Elle sortait de nulle part.
Il fit tourner son verre de whisky entre ses doigts, pensif. Une femme aussi intelligente et assurée ne pouvait pas surgir du néant. Elle cachait quelque chose. Et maximilien n'aimait pas les mystères qu'il ne maîtrisait pas.
Il appuya sur l'interphone.
- Dites à Sofia Blackwood que je veux la voir demain à 10 heures dans mon bureau. Pas d'excuses.
Le lendemain, à l'heure exacte, elle franchit les portes du gratte-ciel Moretti Corp, son pas aussi assuré que la première fois. Elle savait qu'il la testait. Elle ne pouvait pas ignorer qu'un homme comme Maximilien Moretti ne convoquait pas sans raison.
L'ascenseur la mena jusqu'au dernier étage, où un assistant la guida vers le bureau immense. Lorsqu'elle entra, Maximilien était assis derrière son immense bureau en bois sombre, un dossier ouvert devant lui.
Elle referma la porte derrière elle, calme, posée.
- Impressionnant, dit-elle en balayant la pièce du regard.
Maximilien referma doucement le dossier et la fixa, son regard acier aussi perçant que la première fois.
- Pas autant que votre capacité à exister sans passé.
Sofia haussa un sourcil, un sourire effleurant à peine ses lèvres.
- Vous avez fait des recherches.
- Évidemment. Et je n'ai trouvé que des fragments. Une apparition soudaine dans certains cercles, des négociations réussies, mais rien avant. C'est troublant.
Elle avança vers le bureau, posant une main sur le dossier fermé.
- Peut-être que certaines choses méritent de rester dans l'ombre.
Il tapota du bout des doigts la couverture du dossier, un silence s'étirant entre eux.
- Ou peut-être que les ombres sont là pour dissimuler quelque chose.
Elle ne broncha pas, mais il vit la lueur d'amusement dans ses yeux.
- Vous voulez me tester, Maximilien ?
Il se leva lentement, contournant le bureau pour s'asseoir sur le bord, réduisant la distance entre eux. Il voulait voir si elle reculerait. Elle ne bougea pas.
- Disons que je veux comprendre si vous êtes aussi compétente que vous le laissez croire.
Il sortit un document et le lui tendit.
- Voici un contrat de fusion entre deux sociétés concurrentes. La négociation est tendue, les enjeux sont énormes. Dites-moi en cinq minutes ce que je devrais faire.
Elle prit le document, le parcourut rapidement. Pas de précipitation, pas de panique. Elle analysait. Maximilien observa ses yeux parcourir les lignes, son esprit manifestement en pleine ébullition.
Quand elle releva la tête, son regard brillait d'une lueur de défi.
- Vous refusez cette fusion, dit-elle.
Il haussa un sourcil.
- Vraiment ?
- Ces deux sociétés ont des actifs complémentaires, mais elles sont dirigées par des hommes aux visions opposées. L'une privilégie une expansion agressive, l'autre un développement organique. Si vous forcez cette fusion, elle explosera dans les deux ans.
Maximilien croisa les bras, l'écoutant avec plus d'attention.
- Et si j'ai déjà investi dedans ?
- Alors vous influencez discrètement l'un des dirigeants pour qu'il prenne le dessus sur l'autre, jusqu'à ce que la fusion devienne une absorption. Vous ne perdez rien, et vous gagnez une entité plus forte sous votre contrôle.
Le silence s'installa.
Un sourire s'étira lentement sur les lèvres de Maximilien.
- Intéressant.
Sofia reposa le document, croisant les bras.
- C'était un test, n'est-ce pas ?
- Tout est un test, Sofia.
Elle sourit, mais son regard resta sérieux.
- Et alors, ai-je réussi ?
Maximilien la détailla un instant avant de se redresser et de retourner s'asseoir dans son fauteuil.
- Peut-être.
Il la fixa, un silence s'étirant entre eux. Puis, sans préambule, il lâcha :
- Je vais vous faire une proposition.
Elle haussa un sourcil, intriguée.
- Laquelle ?
Il s'adossa, son regard aussi perçant que tranchant.
- Une relation sans attachement.
Sofia cligna des yeux, surprise par la brutalité de l'offre. Mais Maximilien continua, impassible.
- Pas de promesses, pas d'attentes. Juste... du plaisir. En échange, je vous offre ce que peu de gens pourraient vous donner : ma protection.
Elle ne répondit pas tout de suite. Il vit la lueur de calcul dans ses yeux.
- Vous me proposez une alliance, en somme.
- Une alliance pragmatique. Nous avons tous les deux des objectifs, des ambitions. Ce que je vous propose, c'est de supprimer les distractions inutiles. Vous évoluez dans ce monde, et je vous assure que rien n'est plus difficile pour une femme ambitieuse que d'être seule au sommet. Avec moi, vous n'aurez pas ce problème.
Elle le fixa, son regard indéchiffrable.
- Et vous, qu'y gagnez-vous ?
Maximilien eut un sourire lent, presque carnassier.
- J'obtiens ce que je veux.
Le silence s'éternisa entre eux.
Puis, Sofia laissa échapper un rire léger, mais sans amusement.
- Vous êtes direct, je vous l'accorde.
Elle croisa les bras, le jaugeant comme il l'avait fait avec elle.
- Et si je refuse ?
Il haussa un sourcil.
- Vous êtes libre de le faire. Mais vous savez aussi bien que moi que dans ce monde, avoir un allié puissant peut faire toute la différence.
Elle réfléchit, ses doigts effleurant légèrement le dossier qu'il lui avait donné quelques instants plus tôt.
Maximilien n'était pas un homme qui faisait ce genre d'offre à n'importe qui. Il voulait voir jusqu'où elle était prête à aller, à quel point elle était capable de maîtriser ses émotions, de séparer l'ambition du reste.
Enfin, Sofia leva les yeux vers lui.
- Je vais y réfléchir.
Il sourit légèrement, appréciant la prudence de sa réponse.
- Faites donc cela. Mais ne prenez pas trop de temps, Sofia. Dans ce monde, les opportunités ne restent jamais longtemps sur la table.
Elle soutint son regard, puis tourna les talons et quitta le bureau d'un pas mesuré.
Maximilien la regarda s'éloigner, un sourire à peine visible sur les lèvres.
Elle était encore plus intéressante qu'il ne l'avait imaginé.
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